Lors de l'incendie d'une boîte de nuit survenu à Crans-Montana (Suisse), le 1er janvier dernier, des vidéos prises au moment du drame montrent des personnes qui filment le début de l’incendie, d’autres qui observent sans broncher, la musique qui continue… Ce drame a fait émerger un concept psychologique méconnu : le bystander effect ou effet du témoin. De quoi s’agit-il ?

En partenarit avec Destination Santé - Aujourd'hui à 17:00 - Temps de lecture :

À Crans-Montana (Suisse), le 9 janvier 2026. 8 jours après l'incendie meurtrier du bar Le Constellation, qui a tué 40 personnes et blessé plus d'une centaine, une journée d'hommage et de deuil national a été décrétée. Photo archive le DL/Tom PHAM VAN SUU

À Crans-Montana (Suisse), le 9 janvier 2026. 8 jours après l'incendie meurtrier du bar Le Constellation, qui a tué 40 personnes et blessé plus d'une centaine, une journée d'hommage et de deuil national a été décrétée. 

Photo archive le DL/Tom PHAM VAN SUU

L’effet du témoin correspond à une forme d’apathie vécue en présence d’un drame qui se noue, au beau milieu d’un groupe, plus ou moins conséquent. Dans la littérature scientifique, il a commencé à être étudié à la fin des années 60.

Aux États-Unis, deux spécialistes en psychologie sociale – John M. Darley et Bibb Latané – ont ainsi lancé une étude centrée sur l’intervention des spectateurs dans une situation d’urgence. Leur principal constat ? Une personne seule témoin d’un drame porte volontiers secours à la victime. Alors que dans un groupe, seuls six témoins sur dix interviennent !

Quelles explications ?

Pour expliquer ce phénomène d’apathie des témoins, plusieurs processus psychologiques sont avancés. A l’image :

– Du sentiment d’avoir moins de responsabilité en présence d’un groupe, où celle-ci apparaît comme diluée entre chacun des membres,

– De la crainte d’être jugé si l’on intervient ;

– D’une croyance ancrée qui repose sur le fait que si personne d’autre n’intervient, cela signifie que la situation ne constitue pas réellement une urgence !

Une part de réflexe

Mais les scientifiques ne se sont pas arrêtés à ces explications. Plus récemment, des équipes ont eu recours à la neuro-imagerie afin d’étudier les mécanismes neuronaux sous-jacents, afin notamment de déterminer si l’absence d’aide relevait d’une véritable décision ou d’un processus réflexe. Il semble que cette dernière hypothèse prenne de l’épaisseur : nous ne choisirions donc pas délibérément l’apathie. Il s’agirait surtout d’un comportement réflexe, d’autant plus si le groupe est considéré comme important en nombre.

Se former aux premiers secours

Pour autant, aucune situation n’est figée. L’un des moyens de dépasser cet effet du témoin et passer ainsi « de l’apathie à l’empathie », expression employée dans une étude hollando-britannique de 2018, pourrait être de se former aux premiers secours. Histoire le jour J de s’appuyer sur quelques automatismes appris à cette occasion. Pour vous renseigner sur les formations existantes, rendez-vous sur le site du ministère de l’Intérieur, ici.

Source : Hortensius R, de Gelder B. From Empathy to Apathy: The Bystander Effect Revisited. Curr Dir Psychol Sci. 2018 Aug;27(4):249-256. – NC State University, site consulté le 23 février 2026

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