Depuis plus d’une dizaine d’années, certaines entreprises prétendent que les analyses génétiques peuvent aider à sélectionner des traits souhaités pour les enfants, qu’il s’agisse de santé, de physique ou d’intelligence. La revue d’une prestigieuse université étasunienne est revenue sur cette quête de l’enfant parfait, potentiellement signe d’une nouvelle ère à venir.
Des motivations initiales touchant à la santé
Récemment, nous évoquions la start-up étasunienne Preventive, promettant une prévention des maladies génétiques en intervenant directement sur l’ADN des embryons. Cette société aurait déjà trouvé un couple anonyme porteur d’une maladie génétique héréditaire, qui serait prêt à participer à l’expérience. Si l’objectif officiel touche à la santé, il se pourrait que cette société puisse aller plus loin en proposant à terme d’influencer certains traits de l’enfant à venir, notamment l’intelligence.
Ces recherches s’inspirent clairement d’une affaire datant de 2018. Cette année-là, le scientifique le chinois He Jiankui avait été à l’origine d’une controverse mondiale pour avoir donné naissance aux premiers bébés génétiquement modifiés, des jumelles dont l’ADN a subi des modifications au stade embryonnaire. L’intéressé avait utilisé les célèbres ciseaux génétiques CRISPR afin de rendre les enfants résistants au virus du SIDA. Néanmoins, le chercheur a été condamné à trois ans de prison avant de se voir écarté à vie de la communauté scientifique.
Source: DR
Une méthode pas encore totalement prouvée
Dans un article paru en octobre 2025, la MIT Technology Review revenait sur la naissance d’un phénomène qui sans surprise, est source d’interrogations sur le plan éthique. Depuis quelques temps déjà, il n’est plus seulement question de repérer, au sein des embryons, des gènes potentiellement responsables de maladies, afin d’éviter de les propager aux générations suivantes. En effet, certains sociétés – pas seulement Preventive – proposent désormais de sélectionner des gènes avec la promesse d’une optimisation de l’apparence physique, de l’intelligence et même peut-être, de la personnalité de l’enfant à naître.
« Certains des pionniers les plus zélés de cette technologie appartiennent à l’élite de la Silicon Valley, dont des milliardaires de la tech comme Elon Musk, Peter Thiel, et le PDG de Coinbase [plateforme de cryptomonnaies, ndlr], Brian Armstrong. », peut-on lire dans l’article.
Comme l’explique la revue étasunienne, les riches clients ayant recours à ces services pourraient ne jamais obtenir satisfaction. Pour l’heure, l’efficacité diagnostique (diagnostic préimplantatoire) des modifications génétiques au stade embryonnaire reste encore hypothétique, dans la mesure où il n’existe aucun essai clinique faisant office d’évaluation. Dans le cadre de plusieurs études réalisées par le St Thomas’ Hospital de Londres (Royaume-Uni) en 2021 et par l’Université de Varsovie (Pologne) en 2025, les chercheurs ont indiqué qu’il était primordial que les parents soient informés des limites de cette procédure.
Une notion d’eugénisme à nouveau populaire ?
Au-delà des obstacles techniques et de la fiabilité encore incertaine de la méthode, les entreprises proposant ce service remettent au gout du jour l’eugénisme. Pour rappel, cette notion englobe l’ensemble des méthodes et pratiques visant à sélectionner le patrimoine génétique de l’espèce humaine. Or, l’eugénisme est, pour un nombre incalculable de chercheurs et d’observateurs totalement contraire à la dignité humaine.
Une question se pose alors : si aujourd’hui encore, la prédiction génétique reste hypothétique, que se passera t-il si des sociétés telles que Préventive parviennent réellement à leurs fins ? Entrerons-nous dans une nouvelle ère ? Les autorités réagiront-elles ? Ce type de « service » aura t-il des limites ?


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