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Procès pour tracts homophobes : William Whatcott est cette fois-ci coupable

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William Whatcott a été reconnu coupable mercredi d’une accusation d'incitation à la haine contre les homosexuels à l’issue de son second procès à Toronto. L’Albertain de 58 ans avait distribué des tracts homophobes durant le défilé de la Fierté en 2016. La juge n'a pas cru à son interprétation de la Bible au sujet de l'homosexualité.

À l’époque, William Whatcott avait fait croire au comité organisateur de la Fierté de Toronto qu’il voulait faire la promotion du sécurisexe sous l’influence du cannabis et qu’il souhaitait marcher dans le défilé pour distribuer des informations à ce sujet.

Or, les dépliants affirmaient que l’homosexualité était une abomination incompatible avec la nature humaine et que les hommes gais allaient périr en enfer pour leurs péchés.

Une femme danse dans les bulles de savon au défilé de la Fierté de Toronto en 2016.

William Whatcott était accusé d’avoir distribué des tracts haineux durant le défilé de la Fierté de Toronto le 3 juillet 2016. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Les brochures contenaient des représentations explicites d’infections sexuellement transmissibles et affirmaient que les relations homosexuelles exposent le public au risque de contracter le sida.

On pouvait y lire notamment que la promotion de l’homosexualité à l’école causera la mort des enfants ou que les gais mourront d’une horrible mort causée par le sida.

Les tracts comparaient en outre les gais à des obsédés sexuels, des sodomites, des prédateurs et des pédophiles.

Après avoir reçu une plainte d’un participant, la police avait déposé, en 2018, une accusation criminelle contre William Whatcott pour promotion délibérée de la haine contre un groupe de la société.

Acquittement au premier procès

William Whatcott avait été acquitté au terme de son premier procès, en 2021. Le juge Robert Goldstein, de la Cour supérieure de l’Ontario, avait statué que les tracts, bien que répréhensibles, ne revêtaient aucun caractère haineux comme l’avançait la Couronne.

La Couronne avait interjeté appel avec succès en 2023, si bien que la Cour d'appel de l'Ontario avait ordonné un nouveau procès, qui s'est tenu le printemps dernier.

Dans son verdict, le plus haut tribunal de la province avait expliqué que le juge Goldstein avait commis une erreur de droit en refusant le témoignage d’un expert de la Couronne, qui se spécialise en matière de discrimination contre les homosexuels.

Le magistrat de première instance avait statué que l'expertise du professeur Nick Mulé n’était ni pertinente ni nécessaire.

Justin Trudeau et ses enfants Xavier et Ella-Grace, la première ministre ontarienne Kathleen Wynne. Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin sont à l'arrière.

L’ancienne première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne, ouvertement lesbienne, était citée dans les dépliants de William Whatcott. (Photo d’archive)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La Cour d’appel avait au contraire jugé que le contexte social et historique de la discrimination dont les gais ont été victimes dans leur histoire était nécessaire pour analyser les tracts de M. Whatcott dans leur ensemble.

Le professeur Mulé avait cette fois-ci été autorisé à témoigner pour la Couronne au second procès.

Il avait identifié trois domaines dans lesquels des stéréotypes sont utilisés pour rabaisser les hommes homosexuels, soit la religion, le droit et la criminalité, ainsi que la santé.

En fonction de ces préjugés, les homosexuels sont vus ou traités, selon lui, comme des sodomites, des prédateurs, des pédophiles et des hommes atteints de troubles psychiatriques.

Le professeur Mulé avait expliqué que tous ces stéréotypes se retrouvaient bien dans les dépliants de l'accusé.

Condamnation au second procès

Dans son jugement, la juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, affirme mercredi que la Couronne a réussi à prouver hors de tout doute raisonnable que les dépliants étaient bien haineux à l'égard des gais et que l'accusé savait intentionnellement qu'il faisait la promotion de la haine en les distribuant durant le défilé.

La magistrate mentionne que les propos de William Whatcott allaient bien au-delà du simple fait de qualifier les hommes gais de personnes en infraction avec les enseignements divins sur les mœurs sexuelles.

Elle ajoute que l'accusé savait que ses écrits seraient considérés comme un discours haineux, mais qu'il a choisi de les diffuser malgré tout.

Ses dépliants visaient à vilipender l'ensemble de la communauté homosexuelle et ils ont été distribués dans le but de susciter la haine à son encontre, déclare-t-elle.

La défense affirmait que les dépliants de son client reflétaient son interprétation de la Bible sur l'homosexualité et qu'ils n'avaient rien de violent, bien que blessant.

Une femme dont le dos est peint aux couleurs de l'arc-en-ciel.

L’organisme Pride Toronto croit que William Whatcott a causé bien du tort à la communauté gaie en 2016. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

William Whatcott, qui est aujourd'hui chauffeur d'autobus scolaire, avait témoigné à son second procès.

Il avait notamment expliqué qu'il s'identifie comme un évangélique conservateur qui croit que la Bible est la parole de Dieu qui fait lieu d'autorité.

Il avait ajouté que tout ce qu'il avait écrit dans les dépliants était vrai et juste.

La défense avait appelé son propre expert pour défendre son client : le professeur en théologie Douglas Farrow.

Il avait expliqué que la loi naturelle exige de rechercher le bien et d'éviter le mal. Puisque le dessein de Dieu inclut le mariage monogame, procréateur et pour la vie, toute autre pratique est considérée comme un péché contre Dieu et la nature.

Un témoignage peu convaincant

La juge Molloy a toutefois rejeté l’argument de la religion comme défense en précisant que ces tracts n'avaient pas pour but de provoquer une discussion pour l'intérêt du public sur le programme d'éducation en matière de sexualité, par exemple.

Elle ajoute que la crédibilité de l'accusé à la barre des témoins était discutable et que son témoignage reposait sur des opinions et des interprétations subjectives et déraisonnables.

Ses croyances n'excusent pas sa conduite criminelle et il ne peut donc suggérer qu'il agissait de bonne foi en exprimant ses idées ou en tentant d'établir par l'argumentation une opinion sur un sujet religieux, déclare-t-elle.

Il n’est pas surprenant que les convictions religieuses, même les plus sincères, ne constituent pas un moyen de défense contre une infraction inscrite au Code criminel, conclut-elle.

L’audience sur la détermination de la peine aura lieu le 3 décembre.

William Whatcott restera en liberté jusque-là en vertu de la caution qu'il a déboursée à son arrestation en 2018. La Couronne a toutefois réussi à faire amender l'une des conditions de sa remise en liberté surveillée.

Il lui est dorénavant interdit de quitter le Canada, ce qui signifie qu'il n'a plus le droit de passer par les États-Unis pour se rendre de l'Alberta à l'Ontario comme auparavant.

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