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À Toronto, la fille d’une nonagénaire se défend d’avoir abandonné sa mère malgré ce qu’avance la Couronne à son procès sans jury. Eva Samanos est inculpée d’homicide involontaire, de négligence criminelle ayant causé la mort et de refus de pourvoir aux premières nécessités à la suite de la mort de sa mère de 96 ans en 2024.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Eva Samanos admet à la barre des témoins qu’elle a attendu trois jours avant de composer le 911, le matin du 6 janvier 2024, parce qu’elle ne croyait pas que sa mère se sentait aussi mal.
La femme de 73 ans n’a pas d’avocat, si bien qu’un ami de la cour a été nommé pour l’assister et pour répondre aux questions de la juge.
Interrogatoire de l’ami de la cour
L’accusée explique à Me Aaron Wine que sa mère était tombée une première fois et qu’elle avait pu se lever seule sans difficulté, mais qu’elle s’était à nouveau affaissée sans pouvoir cette fois se relever.
Elle aimait s’asseoir par terre de toute façon, elle m’a demandé de l’aspirine et elle ne paraissait avoir aucune douleur, dit-elle.
La Couronne croit que la victime gisait sur le sol depuis trois jours lorsque sa fille l’a découverte inanimée. Elle doute en outre que l’accusée ait vécu avec sa mère depuis quatre ans dans la même maison.
Définition
Un ami de la cour est un avocat nommé par un tribunal pour l’assister en lui apportant une expertise juridique neutre et impartiale dans un procès sans être partie prenante dans la défense d’un accusé.
Source : ministère de la Justice du Canada
Eva Samanos affirme qu’elle était bien avec sa mère lorsqu’elle est tombée, mais qu’elle n’a pas pu la relever en glissant ses bas sous ses aisselles.
Elle ne voulait pas être hospitalisée parce qu’elle avait peur de mourir dans le même hôpital que son mari, poursuit-elle. "Ils vont me tuer", criait-elle.
Elle avoue que son frère au téléphone, puis un voisin, lui ont suggéré d’appeler une ambulance. En vain. Elle me demandait qu’on la laisse seule; je ne voulais pas la contrarier, mentionne-t-elle.
Elle affirme que le voisin, Armando, était venu voir la vieille dame, mais qu’il n’avait pas voulu la soulever. Je l’ai alors assise le dos contre le divan, déclare l'accusée.

Le plancher devant le sofa où Visiliki Atanasovski a été retrouvée inconsciente par les ambulanciers de Toronto le 6 janvier 2024.
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Eva Samanos reconnaît qu’elle a laissé sa mère durant trois jours et deux nuits sur le plancher, qu’elle l’a nourrie et lavée avec une éponge, mais qu’elle n’a pas pu lui passer une couche.
Je lui ai enlevé son pyjama pour lui passer une débarbouillette sur le corps et j'ai glissé un coussin absorbant sous ses fesses, dit-elle.
Elle précise qu’elle retirait le coussin lorsqu’il était imbibé de fluides et qu’elle le jetait dans le jardin. Elle affirme qu’elle a paniqué le samedi suivant en croyant que sa mère faisait une crise cardiaque.
Ses bras étaient bleus, son genou était enflé et elle était incohérente… J’ai alors appelé les secours, dit-elle.
Pièces à conviction accablantes
La Couronne avait présenté au début du procès des photos choquantes de la femme âgée, qui était en état de décomposition et couverte d’escarres purulentes qui lui avaient grugé la peau jusqu’aux os.
Visiliki Atanasovski a été retrouvée sans pouls et le corps froid le matin du 6 janvier 2024 dans sa maison.
Les secours ont découvert la nonagénaire nue gisant sur le sol au milieu de détritus, de boîtes et de sacs formant un amas de quatre pieds.
L’ambulancier Timothy Driver a témoigné au procès en disant que le salon sentait les ordures, la nourriture avariée et les immondices.

La cuisine de la maison de Visiliki Atanasovski montre que la femme de 96 ans accumulait toutes sortes de choses.
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Mme Atanasovski a été conduite à l’hôpital Michael Garron, mais les médecins n’ont pu la sauver.
J’aurais dû appeler les secours plus tôt, mais elle était terrifiée à l'idée d’être admise à l’hôpital, explique aujourd’hui l’accusée en s’adressant à Me Wine.
Eva Samanos sera arrêtée à l’hôpital avant d’être inculpée pour négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles, puis d’homicide involontaire, le lendemain, à la mort de Mme Atanasovski.
À la barre des témoins, elle affirme qu’elle n’avait pas remarqué que sa mère avait le dos meurtri. Les secours m’avaient envoyée à l’extérieur, donc je ne les ai pas vus la mettre sur la civière, se souvient-elle.
À l’époque, Eva Samanos avait expliqué aux ambulanciers que son sous-sol avait été inondé et qu’elle avait dû transporter ses affaires chez sa mère à l’étage, mais la procureure de la Couronne n’en croit rien.
Contre-interrogatoire de la Couronne
Me Christine Jenkins revoit, photos à l’appui, les conditions que les policiers ont observées dans la maison ce matin-là.
Il y avait des mouches à fruits dans le réfrigérateur, de la nourriture entamée sur le comptoir de la cuisine, de la vaisselle sale dans l’évier, le bain au sous-sol était rempli de vêtements et celui de l’étage, plein de boîtes.
Eva Samanos mentionne que sa mère accaparait tout son temps et qu’elle avait rarement l’occasion de faire le ménage.
Elle était très stressante et elle nécessitait constamment ma présence à ses côtés, ajoute-t-elle, en refusant toutefois de reconnaître que la maison était insalubre.
Comment faisiez-vous pour la laver, l’accès de la salle de bain étant bloqué et la baignoire du sous-sol étant défectueuse? s’interroge Me Jenkins, qui croit que la vieille dame ne s’était pas lavée depuis un an.

L’hôpital Michael Garron, où Visiliki Atanasovski avait été transportée le 6 janvier 2024 après l’appel au 911 de sa fille, Eva Samanos. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn
Eva Samanos, qui possédait un appartement, souligne que sa mère n’aimait pas se laver chez elle et qu’elle la conduisait à son logement pour la laver dans sa baignoire.
Mais elle criait qu’elle voulait retourner chez elle, parce qu’elle craignait qu’on lui vole ses affaires, dit-elle.
Au sujet des derniers jours de la victime, Eva Samanos mentionne qu’elle ne croyait pas que la chute de sa mère était sérieuse parce qu’elle parlait et chantait après être tombée une première fois.
Elle assure que sa mère voulait intentionnellement rester assise par terre, mais admet qu’elle n’a pas mangé de la journée le vendredi 5 janvier.
Elle affirme qu’elle a néanmoins commencé à avoir des inquiétudes le lendemain, parce que sa mère n’affichait aucune réaction.

Eva Samanos avait été libérée sous caution en attendant son procès. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne
La Couronne relève enfin de nombreuses contradictions dans les déclarations d’Eva Samanos entre ce qu’elle a dit au 911, à la police et au procès.
L’accusée a par exemple dit à la police qu’elle avait bien commis une erreur en n’appelant pas les secours plus tôt, alors qu’elle prétend aujourd’hui que l’état de santé de sa mère avant l’appel au 911 ne requérait pas de soins urgents.
Elle a admis à la police que sa mère s’était souillée, alors qu’elle dit maintenant le contraire. Elle a dit à la police que sa mère sentait les excréments, alors qu’elle affirme maintenant qu’elle avait un terrible rhume qui l’empêchait de sentir quoi que ce soit.
Elle a expliqué à la répartitrice du 911 qu’elle appelait de chez sa mère, alors qu’elle dit aujourd’hui qu’elle vivait avec elle et que la maison était à leurs noms.
Les parties présenteront leurs arguments finaux vendredi.


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