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Procès de Frank Stronach : la juge ne peut le condamner au sujet d’une plaignante

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Nouveau rebondissement au procès de Frank Stronach à Toronto : la juge affirme qu’elle n’est pas en mesure de le condamner sur la foi du témoignage de l’une des plaignantes, puisque son récit n’est pas fiable. Les accusations auxquelles fait maintenant le milliardaire de 93 ans ne concernent plus que trois plaignantes après le retrait de sept chefs concernant quatre autres femmes. Les faits reprochés remontent jusqu’en 1977.

ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

Ce revirement de situation est survenu avant que la Couronne ne reprenne ses arguments finaux mercredi matin.

La juge Anne Molloy déclare que le témoignage de la plaignante no 1 est irrémédiablement vicié pour obtenir un verdict de culpabilité sur les deux accusations qui sont liées aux allégations que la femme a formulées contre l’accusé.

Je ne peux absolument pas le condamner sur la foi d’un témoignage aussi peu fiable, a-t-elle déclaré.

Le témoignage de la 1re plaignante

La plaignante no 1 avait dit au début du procès qu’elle avait 20 ans lorsqu’elle travaillait pour Frank Stronach au début de l’été 1980. La femme était palefrenière dans l’un des haras de l’accusé dans la région torontoise.

Elle avait affirmé que deux collègues féminines l’avaient invitée au club Rooney’s que possède l’homme d’affaires à Toronto sans savoir qu’il y serait présent.

La plaignante avait mentionné qu’elle avait bu quelque chose qui goûtait le vinaigre et qu’elle avait commencé à se sentir mal lorsqu’elle est allée danser avec l’accusé, laissant entendre qu’elle avait peut-être été droguée.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure de la Couronne, Jelena Vlasic, interroge la première plaignante à l’ouverture du procès de Frank Stronach le 12 février 2026 au palais de justice de Toronto. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Elle avait déclaré que Frank Stronach lui avait fait de premières avances en la pénétrant avec un doigt sous sa robe.

Elle avait conclu qu’elle s’était réveillée sur un lit dans l’appartement de Frank Stronach et que l’accusé était en train de la violer.

La défense a toujours soutenu que son témoignage était incohérent, que la femme avait même fabulé et qu’elle avait changé de date lorsqu’on lui a rappelé que l’accusé était au Kentucky en juin 1980 et qu’il ne pouvait donc pas se trouver à Toronto.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense, Leora Shemesh, contre-interroge la plaignante numéro 1 à la barre des témoins le 13 février 2026. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Dans ses conclusions, la défense a rappelé mercredi que la plaignante no 1 avait inventé une histoire absurde alors qu’elle n’a jamais travaillé dans le haras de Frank Stronach.

La Couronne a tenté de minimiser les incohérences de dates, en arguant que la femme n’avait jamais été ferme sur la date de l’agression sexuelle présumée, sans toutefois convaincre la juge, qui a pris la nuit pour penser à la suite des choses.

Après mûre réflexion, la magistrate a donc décidé d’écarter cette plaignante, mais sa décision ne signifie pas que Frank Stronach est acquitté des deux accusations, qui se rapportaient jusqu’ici à cette plaignante en particulier.

Dans sa décision, la juge a expliqué qu’elle ne pensait pas nécessairement que la plaignante ait menti à la cour, mais que les détails incohérents qu’elle a ajoutés au fil des années dans ses déclarations la préoccupaient déjà au début du procès quant à la fiabilité globale de son récit.

Frank Stronach ne fait plus face qu’aux allégations des plaignantes nos 2, 3 et 7.

Fin des conclusions de la Couronne

Malgré ce revers, la Couronne persiste à dire que les allégations des femmes étaient solides et crédibles et que le traumatisme qu’elles ont subi a pu affecter leur mémoire au moment de témoigner lors du procès.

Me Jelena Vlasic s’est surtout attardée aux allégations de la plaignante no 7, en soutenant que  la femme avait peut-être présenté l’un des récits les plus clairs parmi les victimes, et que son témoignage n’a pas été entravé par d’importants trous de mémoire.

 Elle a témoigné, conformément à notre description d’un viol perpétré avec violence, alors qu’elle protestait en répétant à M. Stronach qu’elle n’était pas venue chez lui pour avoir une relation sexuelle, a-t-elle dit en citant la femme.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure Jelena Vlasic a éprouvé des difficultés à expliquer à la juge son raisonnement dans ses arguments finaux, les 31 mars et 1er avril 2026. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La Couronne a en outre mis en doute les allégations de la défense, qui prétend que certaines femmes, comme la plaignante no 7, avaient des motivations pécuniaires de rapporter son client à la police.

 Si elle avait agi par intérêt financier, elle aurait intenté une action au civil, où le seuil de culpabilité est beaucoup plus moins élevé qu’au criminel , conclut Me Vlasic.

La procureure Vlasic affirme par ailleurs que l’accusé a utilisé la même manière de procéder pour approcher les présumées victimes, même si elle ne peut plus citer les allégations concernant toutes les plaignantes qui ont été écartées dans ce procès.

Me Vlasic rappelle que les faits remontent aux mêmes années, que les plaignantes sont jeunes, qu’elles ont été approchées de la même façon avant d’être invitées au restaurant et qu’elles ont été agressées au même endroit privé et qu’elles ont été reconduites chez elle après l’agression alléguée.

Illustration judiciaire du procès.

La juge Molloy a posé une question ardue à la Couronne au sujet de la démarche sur la similarité des faits : est-ce que ce qui est valable pour la Couronne l’est tout autant pour la défense? (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La procureure laisse entendre que Frank Stronach est probablement coupable, puisque sa façon de faire a été la même pour chacune des plaignantes.

Plusieurs femmes ont effectivement relaté des faits similaires. Elles ont rencontré M. Stronach chez Rooney’s, le restaurant dont l’accusé était autrefois propriétaire à Toronto, et elles ont accepté une invitation au restaurant puis à son appartement pour aller admirer la vue sur le lac Ontario.

Seuls deux des sept plaignantes ont affirmé qu’elles avaient été agressées dans un autre endroit : l’une a déclaré que M. Stronach avait tenté de la violer dans un appartement dans le quartier Davisville, loin des bords du lac, et l’autre, peut-être dans une chambre d’hôtel situé sur le lac, mais lequel est relié par une passerelle à l’immeuble à appartements de l’accusé.

Illustration judiciaire du procès,

L’avocate Leora Shemesh a été la première à présenter ses conclusions dans ce procès, puisqu’elle a appelé ses propres témoins lors des audiences. Son client, Frank Stronach, est assis à gauche. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La Couronne a toutefois abandonné cette avenue après que la juge lui eut expliqué que cette démarche sur la similarité des faits est aussi valable pour la défense.

« Selon leur propre aveu, l’accusé a laissé partir les plaignantes nos 2 et 3, lorsqu’elles ont rejeté ses avances… est-ce donc dire que sa façon de faire consiste à leur faire des avances et à les laisser partir en cas de refus? », s’interroge la magistrate.

« Que dois-je alors penser de la plaignante no 7, qui a également dit qu’elle avait repoussé les avances de M. Stronach, mais qu’il ne l’aurait pas laissée partir, contrairement aux deux autres? », poursuit-elle.

La magistrate laisse ainsi entendre que, si on s’en tient au même raisonnement de la Couronne, il est également possible que M. Stronach ait laissé partir la plaignante no 7 contrairement à ce que la femme a dit à la barre des témoins.

Rebondissement de dernière minute

La défense a confirmé qu’elle ne cherchera plus à faire suspendre les procédures criminelles contre son client pour abus de procédures, comme elle menaçait de le faire depuis le début du procès.

Me Leora Shemesh compte néanmoins présenter les mêmes arguments de sa requête originelle pour, dit-elle, donner du poids aux arguments qu’elle a présentés lors de ses plaidoyers durant le procès et de ses arguments finaux hier.

Sa requête sera entendue le 9 avril.

La défense accuse la Couronne d’avoir entraîné trois des sept plaignantes à répondre aux questions des parties en janvier 2026, soit quelques semaines avant que le procès ne commence.

Elle soutient également que les policiers ont bâclé leur enquête et l’entrevue avec les plaignantes, qu’ils ont pris pour parole d’évangile leur déposition et qu’ils ont manqué à leur devoir de pousser leurs recherches un peu plus loin, au sujet, par exemple des allées et venues de son client au moment des faits reprochés.

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