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Procès d’un membre d’Atomwaffen : il n’est pas illégal d’être suprémaciste, dit la défense

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À Toronto, la défense d’un Ontarien de 32 ans inculpé pour une accusation à caractère terroriste affirme qu’il n’est pas interdit d’appartenir à une association de suprémacistes au pays. Kristoffer Nippak est accusé d’avoir participé à une activité terroriste de la Division Atomwaffen et qu’il est un membre d’Active Club Canada.

Kristoffer Nippak est accusé relativement à des faits reprochés qui se seraient produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022.

Jusqu’ici, le procès a montré que l’Active Club Canada attire des hommes qui s’intéressent à la forme physique, au combat et au survivalisme.

La Couronne cite un expert américain en mouvements d’extrême droite pour montrer que le club est un groupe terroriste déguisé sous les traits d’un club d’arts martiaux.

Matthew Althorpe faisant le salut nazi.

Matthew Althorpe a écopé, la semaine dernière, de 20 ans de prison pour son association à la Division Attomwaffen. Il avait été arrêté en même temps que Kristoffer Nippak. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Dans son interrogatoire, Matthew Kriner a expliqué, mercredi, que ce groupe promeut la supériorité des Blancs, que ses membres appartiennent à la mouvance accélérationniste et qu’ils se préparent à un effondrement de la société qu’ils croient imminent et à une guerre raciale.

Selon lui, le combat représente le moyen le plus efficace pour se préparer à cet événement et faire en sorte que les Blancs puissent l’emporter sur les autres groupes de la société.

Contre-interrogatoire de l’expert

L’avocat de Kristoffer Nippak a fait répéter à M. Kriner qu’il existe au Canada des groupes odieux, mais qui ne sont pas illégaux pour autant.

Me Carlos Rippell suggère que son client s’identifie comme un guerrier engagé dans les arts martiaux et que s’il est prouvé qu’il adhère à Active Club Canada, son adhésion ne serait pas illégale, puisque ce groupe n’est pas une entité terroriste au Canada.

Le gouvernement fédéral s’est inquiété en mars dans un rapport que ces clubs d’entraînement (nouvelle fenêtre) représentent un risque de violence extrême contre la sécurité publique.

Un homme masqué faisant le salut nazi à côté d’une photographie d’Adolf Hitler.

Un membre de la Division Atomwaffen photographié à côté d’une photo d’Adolf Hitler dans une forêt en juillet 2019; la Couronne croit qu’il s’agit de Kristoffer Nippak. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Me Rippell projette sur grand écran une vidéo du groupe Okanagan Active Club, une branche régionale d’Active Club Canada en Colombie-Britannique.

On y voit des hommes en tenue de camping en train de marcher ou de courir dans une forêt en montagne. Les différentes scènes sont entrecoupées par des images de loups et on entend des chants vikings païens.

M. Kriner, qui témoigne depuis la Virginie sur une plateforme numérique, reconnaît que l’enregistrement n’est ni violent ni menaçant et qu’il a pour but de recruter de nouveaux membres.

Un membre masqué de la Division Atomwaffen en train de lire contre un arbre avec un fusil d’assaut à ses côtés.

Un membre de la Division Atomwaffen pris en photo durant l’été 2019 dans une forêt non identifiée. La Couronne pense qu’il s’agit de Kristoffer Nippak. (Photos d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Je ne vois aucun signe de mouvance accélérationniste, poursuit-il en précisant toutefois qu’il faut être blanc pour y être accepté.

Il ajoute néanmoins que le loup est, en tant que prédateur, un symbole de guerre chez certains extrémistes de droite. Il reconnaît en revanche, comme le suggère la défense, que ce ne sont pas tous les suprémacistes qui appartiennent à cette mouvance.

M. Kriner assure que le groupe White Lives Matter (WLM) est aussi lié à la même mouvance. « Un membre de WLM pourrait en revanche ne pas s’associer aux accélérationnistes », dit-il.

Il affirme toutefois que WLM est une filiale d’Active Club Canada, laquelle est en voie d’être absorbée par le club.

Une ruse pour éviter l’attention

La défense projette ensuite le site web d’Active Club Canada, qui explique que ses membres sont contre l’usage des drogues et le style de vie sédentaire.

 Leur bonne condition physique n’invalide toutefois pas leurs vues extrémistes, on parle toujours d’un groupe radical, réplique l’expert américain.

M. Kriner affirme que l’Active Club Canada est très conscient qu’il n’a pas une bonne image et qu’il s’est défait de tout symbole fasciste pouvant nuire à sa réputation dans le public.

Trois hommes masqués et vêtus de noir assis dans une forêt devant un drapeau nazi.

Trois membres allégués de la Division Atomwaffen devant un sanctuaire nazi édifié dans une forêt non identifiée. La Couronne soupçonne que l’un d’eux est Kristoffer Nippak. (Photo d’archives)

Photo : AVEC L'AUTORISATION DE LA COUR SUPÉRIEURE DE L'ONTARIO

Il souligne que ce groupe a tenté d’édulcorer son image, de la rendre plus positive et d’obtenir le soutien de la communauté, toujours à des fins de recrutement, mais aussi afin de passer plus inaperçu des autorités.

L’expert cite par exemple l’un des critères d’adhésion qui spécifie que tout candidat ayant commis des activités illégales se verra refuser l’entrée dans le club.

 C’est une tactique qui consiste à éviter la surveillance des agences du maintien de l’ordre public ou un rappel pour les intéressés de s’abstenir de faire quelque chose de stupide , explique-t-il.

Des personnes masquées armées autour d’un feu.

Un extrait de l’une des vidéos diffusées au tribunal montre un groupe d’hommes masqués en tenue de combat devant des drapeaux en feu. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de justice de l'Ontario

M. Kriner reconnaît du bout des lèvres qu’il n’a jamais vu dans le matériel vidéo qu’il a consulté sur Active Club Canada de vraies armes à feu, mais qu’il existe des preuves que d’autres clubs aux États-Unis en possèdent.

 Active Club Canada est lié à la filiale Vinland Battlewear, qui compte parmi ses marchandises en vente des armes à feu , rappelle-t-il.

Il répète que le club n’affiche aucune arme sur son site Internet ou ses vidéos, parce qu’il cherche à échapper à la surveillance des autorités.

Des masques à tête de mort

Contrairement aux vidéos de la Division Atomwaffen où les membres sont toujours masqués et vêtus de tenues de camouflage, les vidéos de l’Active Club Canada montrent ses membres le visage découvert.

M. Kriner mentionne que le recours aux masques n’est pas propre aux groupes comme la défunte Division, puisqu’ils sont utilisés dans des jeux vidéos, dans les armées américaine, française et ukrainienne, dans des milices paramilitaires russes, et même dans la police d’immigration (ICE) aux États-Unis.

 Il y a des suprémacistes américains qui aiment ce que ICE représente aux États-Unis et qui tentent de se joindre à elle, dit-il en rappelant néanmoins qu’il n’a aucune expertise sur le rôle de ces masques dans des organisations fascistes.

Il accepte l’assertion de la défense selon laquelle ces masques à tête de mort sont aujourd’hui disponibles sur des sites de vente en ligne ou dans des magasins grande surface.

Trois membres masqués et armés de la Division Atomwaffen en forêt devant un drapeau nazi.

Trois membres de la Division Atomwaffen qui prennent la pause pour le photographe en novembre 2023 dans une forêt dont l’endroit n’a pas été spécifié. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

On comprend que la défense veut montrer que son client n’est pas un terroriste, puisqu’il aurait pu se procurer pareil masque assez facilement, s’il est prouvé qu’il en ait porté un dans les vidéos de la Division Atomwaffen.

M. Kriner affirme en revanche que des logos comme HH ou les croix celtiques sont bien associés à l’extrême droite, mais il admet, là aussi, qu’un individu qui les arborerait ne ferait pas de lui un fasciste pour autant.

 Un individu devrait porter plus d’un symbole pour conclure qu’il est fasciste, dit-il en soulignant que d’autres symboles nazis sont en revanche plus difficiles à trouver sans soulever la suspicion.

Visiblement lassé par les réponses de l’expert, Me Rippell a lancé directement que Matthew Kriner est poursuivi pour plagiat et que son expertise n’est pas du tout crédible.

M. Kriner se défend d’avoir copié le travail d’une consœur ou d’avoir caché à la Gendarmerie royal du Canada (GRC) le fait qu’il est poursuivi pour garantir un contrat de 40 000 $ que la police fédérale lui avait proposé pour étudier la Division Atomwaffen et le groupe Active Club Canada avant son témoignage au procès.

 Je vois que vous cherchez à me discréditer avec vos insinuations, mais j’ai mérité l’obtention de ce contrat avec la GRC, conclut-il.

Le procès reprendra le 20 mai.

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