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En l’espace de quelques jours, environ 60 000 migrants ont franchi la frontière séparant l’enclave espagnole de Ceuta, tout au nord du continent africain, et le Maroc (qui qualifie d’ailleurs l’endroit de « terre occupée »). Qu’est-ce qui explique cette nouvelle crise migratoire ? Le Devoir fait le point.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>De nombreux migrants ont commencé ces derniers jours à entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, qui partage une frontière terrestre avec le Maroc. Mais c’est dans les dernières 24 heures que la majorité d’entre eux ont pénétré dans ce territoire accolé au détroit de Gibraltar.
Ce sont majoritairement des hommes et des adolescents qui ont entamé le voyage par la terre et la mer, et au moins 34 d’entre eux sont morts en tentant de se rendre à Ceuta, a affirmé le président du gouvernement local, Juan Vivas, en conférence de presse vendredi.
La raison exacte de cette ruée est encore inconnue, mais plusieurs témoignages de migrants ont fait état de rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta sur les réseaux sociaux. Des migrants témoignant à des journalistes présents sur place ont aussi mentionné l’espoir d’une vie meilleure en Espagne.
La Cour suprême espagnole a jugé en juillet que les « retours à chaud » de migrants tentant de rejoindre à la nage Ceuta et Melilla (une autre enclave espagnole) étaient interdits. Cette décision n’équivalait toutefois pas à une ouverture de la frontière, puisqu’une entrée irrégulière devait toujours être soumise à une analyse. Dans un communiqué diffusé jeudi, le ministère espagnol de l’Intérieur a dit estimer « que des réseaux de trafic d’êtres humains » exploitaient cette décision de justice « pour encourager l’afflux de migrants sans papiers, majoritairement des jeunes ».
La masse de migrants qui s’est présentée à Ceuta « représente 70 % de la population » de l’endroit, qui compte 80 000 habitants, a soutenu Juan Vivas vendredi. « C’est comme si, en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Évidemment, il est impossible d’absorber cette pression. »
Selon le gouvernement espagnol, plus de 37 500 migrants avaient toutefois déjà quitté l’enclave vendredi. « Il y a trop de monde ici, tout est plein », a notamment lancé à l’Agence France-Presse l’un de ceux qui ont rebroussé chemin.
Tensions politiques
Selon Luna Vives, professeure au Département de géographie de l’Université de Montréal, la théorie de la rumeur sur les réseaux sociaux est plausible, mais n’explique pas à elle seule la ruée observée vendredi. Selon cette spécialiste en migration internationale, des tensions politiques entre le Maroc et l’Espagne pourraient aussi être à l’origine de cette crise migratoire.
« Le 20 juillet, Pedro Sánchez, le président de l’Espagne, est allé à Alger pour essayer d’améliorer les relations de son pays avec l’Algérie », rappelle celle qui est également chercheuse au Centre Jean Monnet de Montréal, qui étudie l’Union européenne. « L’Algérie, c’est le seul pays en ce moment qui appuie ouvertement l’indépendance du Sahara occidental, explique-t-elle. Et puis, si l’Espagne a des relations cordiales, amicales et commerciales avec l’Algérie, le gouvernement marocain a toujours interprété ça comme une menace à ses ambitions territoriales. »
La situation n’est pas sans rappeler la crise migratoire de 2021, lors de laquelle des milliers de personnes avaient franchi la frontière entre Ceuta et le Maroc. À l’époque, cette ruée avait été rendue possible par un assouplissement des contrôles frontaliers du Maroc après un différend diplomatique avec l’Espagne, encore une fois en lien avec la région contestée du Sahara occidental.
Comparé aux autres mouvements migratoires dans la région, « le profil sociodémographique des migrants qui sont passés [vendredi] et en 2021 — qui sont en grande majorité de jeunes hommes marocains —, ça nous indique qu’il y a quelque chose d’autre qui se passe ici », souligne Luna Vives.
Mme Vives estime que le Maroc, en plus de vouloir éviter que les Espagnols ne soutiennent l’Algérie, pourrait vouloir aller chercherr plus d’argent pour sécuriser ses frontières terrestres.
« L’Europe, de plus en plus, dépend de pays partenaires à l’extérieur de l’Union européenne pour sécuriser ses frontières », indique celle qui a longtemps étudié l’immigration aux frontières entre l’Espagne et l’Afrique. « Et ce qu’on a vu, c’est que des pays comme la Libye, la Turquie ou le Maroc se sont aperçus qu’ils peuvent faire du chantage pour en demander de plus en plus. »


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