Une promenade au zoo s’accompagne généralement d’effluves de pop-corn, de foin et de crème solaire. Pourtant, de nombreux visiteurs rapportent une odeur beaucoup plus surprenante en traversant certaines allées : celle du cannabis. Loin d’être le fait de visiteurs clandestins, ce parfum entêtant provient en réalité d’un enclos bien précis. Le coupable ? Le loup à crinière, le plus grand canidé d’Amérique du Sud, qui utilise son urine ultra-odorante comme un véritable réseau social.
Ce que vous allez apprendre
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L’anatomie unique du loup à crinière, à mi-chemin entre le renard et le cerf.
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Pourquoi son urine sert d’outil de communication longue distance pour cet animal solitaire.
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La molécule chimique exacte qui a poussé la police à inspecter un zoo en pensant démanteler un trafic.
Un canidé aux proportions de Slender Man
Le loup à crinière (Chrysocyon brachyurus), parfois surnommé « loup puant », est une créature à l’allure presque irréelle. Avec sa silhouette élancée, son pelage roux soyeux, ses grandes oreilles et ses interminables pattes noires, il ressemble à un croisement hybride entre un renard et un cerf. Selon l’Institut de biologie de la conservation du Smithsonian, il est pourtant l’unique représentant du genre Chrysocyon (qui signifie « chien doré ») et n’est donc ni un vrai loup, ni un renard. Sa crinière, une bande de poils noirs dressés sur son cou, lui sert à paraître plus impressionnant face aux menaces.
D’un naturel timide et secret, ce grand canidé vit principalement en solitaire dans les plaines sud-américaines. Vivre à l’écart de ses semblables est un excellent choix de vie, sauf quand vient la saison des amours. C’est là que l’animal déploie son arme de séduction de masse : un marquage urinaire d’une puissance phénoménale.
Crédit : Renaud Confavreux
Quand l’urine remplace les applications de rencontre
Pour un animal qui passe l’année seul, marquer son territoire est le seul moyen de transmettre des messages essentiels à ses congénères sur de très grandes distances. En urinant au pied des arbres, le loup à crinière dépose une carte de visite olfactive. Elle peut signifier aux rivaux de s’éloigner, ou au contraire envoyer une invitation officielle aux femelles pour la reproduction. Chez cette espèce, l’odeur de l’urine est si puissante qu’elle agit comme un déclencheur hormonal direct pour provoquer l’ovulation de la femelle.
Le parfum de cette urine est si caractéristique de celui du cannabis fumé qu’il donne lieu à des quiproquos mémorables. En 2006, la police néerlandaise a été appelée en urgence au zoo de Rotterdam par un citoyen inquiet, persuadé qu’un trafic de stupéfiants géant avait lieu dans l’établissement. Après inspection, les forces de l’ordre n’ont trouvé qu’une bonne dose d’urine de l’animal.
Le secret des hémiterpénoïdes soufrés
La science a fini par élucider le mystère de cette odeur de weed préhistorique. Une étude publiée dans l’ouvrage de référence Chemical Signals In Vertebrates 12 a disséqué la composition biochimique de l’urine du loup à crinière.
Les analyses révèlent une forte concentration de molécules appelées hémiterpénoïdes soufrés :
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Les hémiterpènes : Ce sont de petites molécules organiques volatiles que l’on trouve également chez certaines plantes. Très légères, elles s’évaporent au moindre courant d’air et voyagent très loin.
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Le soufre : En se combinant aux hémiterpènes, le soufre apporte cette note agressive, lourde et piquante.
C’est cette combinaison chimique précise qui donne à l’urine du loup à crinière ses notes aromatiques de houblon, de fruits tropicaux, de moufette et, de manière flagrante, de cannabis. La prochaine fois que vous sentirez cette odeur suspecte lors d’une visite au zoo, ne cherchez pas le fumeur : jetez plutôt un coup d’œil à l’enclos du plus étrange et fascinant des chiens dorés.


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