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Pour Frédéric Lordon, il n'y a pas de plan B dans l'UE et l'euro

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La sortie de Jean-Luc Mélenchon a fini par relancer le débat sur l’euro et les politiques monétaires. Si je pense qu’un débat sur le frigo aurait été plus habile qu’un débat sur l’incinération, Frédéric Lordon a apporté une nouvelle contribution majeure au débat sur la possibilité, ou non, de la réorientation du projet européen, et ses conséquences, dans un texte que je conseille vivement.

L’impensé de la sortie de l’euro

Le texte de son blog du Monde Diplomatique est remarquable de didactisme et de clarté. La levée de bouclier suscitée par les idées de frigo ou d’incinération se poursuit, le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a jugé l’idée de Jean-Luc Mélenchon « illégale, dangereuse, inutile » sur RTL. On devrait lui objecter qu’il y a un grave problème de neutralité, le nouveau gouverneur ayant été aux manettes de notre politique économique depuis 2017, d’abord comme directeur du cabinet de Bruno Le Maire, puis directeur du Trésor, puis directeur du cabinet du Premier ministre, et enfin secrétaire général de l’Élysée. Bref, même si c’est un technocrate, il est mouillé jusqu’au cou sur notre politique économique et son jugement sur un adversaire de ceux qu’il a servi doit être remis en perspective. Matthieu Pigasse lui a bien répondu sur X, le remettant à sa place, et mettant ses arguments en pièce.

Son intervention, postérieure au papier de Frédéric Lordon, a le mérite de souligner que les plans sur la comète sur le fond méritent une réflexion sur les moyens d’y arriver. C’est ce que j’évoquais le 22 août : « la Banque de France, est, malheureusement, indépendante, et nul doute qu’elle s’opposerait à toute immixtion de Jean-Luc Mélenchon dans la politique monétaire, même s’il était élu président de la République  ». Il est probable qu’Emmanuel Moulin mettrait tous les bâtons dans les roues possibles à un projet d’incinération, ou même de mise au frigo. Frédéric Lordon pousse la réflexion beaucoup plus loin en étudiant pas à pas ce qui pourrait se passer, tout en rappelant utilement l’histoire de la Grèce. Comme il le dit, « la dette est absolument centrale dans le dispositif de coercition politique de l’euro  ». Voilà pourquoi il faut porter le débat sur la monétisation, comme le fait Eric Coquerel, qui critique la démonétisation.

Frédéric Lordon a bien raison de pointer que l’intérêt de la tribune d’économistes favorables à la mise au frigo des dettes, c’est « en appeler sans trop le dire, non pas au frigo déjà là, mais à un plus grand frigo, et surtout – c’est là le point crucial, poser dans toute sa généralité le principe de soustraction de la dette à la circulation des marchés pour desserrer leur pouvoir de coercition ». Pour défendre cette idée depuis plus de 15 ans et avoir même présenté, en 2012, un budget quinquennal à des journalistes qui comportait cette idée, c’est heureux. Malheureusement, il faut bien constater que parler d’incinération a malheureusement empêché de vraiment débattre de cette idée de frigo. Pourtant, depuis 15 ans, avec le Japon, qui a monétisé plus de la moitié de sa dette, ou la France, plus d’un quart, la monétisation des dettes publiques devrait être un des débats majeurs de l’élection présidentielle, avec des taux à 4,5%.

Frédéric Lordon est assez clair sur les possibilités réelles d’une négociation à l’échelle européenne. Pour lui, c’est « le Pays de la Reine des neiges  ». Il se permet même de répondre à Matthieu Pigasse, qui la défend, que « cette stratégie n’a rigoureusement aucune chance  ». En décortiquant l’hypothèse, il souligne que même dans l’hypothèse héroïque, à la quelle il ne croit pas, où la France pourrait imposer un vrai changement de politique monétaire, alors l’Allemagne quitterait l’euro, signant probablement sa disparition. Plus réalistement, la France ne parviendrait pas à trouver une majorité pour changer de politique. Pour lui, dans cette hypothèse, il n’y a que deux issues : Tsipras, ou la fin de l’euro. Il pointe que les travaux d’un laboratoire d’idées, Interêt Général, arrivent finalement à des conclusions assez proches.

Ce texte majeur a le grand intérêt de remettre l’église au milieu du village : aujourd’hui, il n’y a pas de vrai plan B économique dans le cadre de l’euro et de l’UE et il est franchement illusoire de dire vouloir le changer. Dans la réalité, ce n’est que par une rupture que nous pourrons remettre la France dans la bonne direction, et j’ai toujours cru qu’il fallait être le plus transparent possible sur la question.

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