Entre polémique sur la sainte patronne du Brésil et débat télévisé annulé à la dernière minute, la campagne en vue du premier tour de l'élection présidentielle dimanche au Brésil touche à sa fin dans une ambiance tumultueuse.
Le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, briguera un quatrième mandat et aura pour principal adversaire le sénateur de droite Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils de l'ex-président Jair Bolsonaro (2019-2022).
Donald Trump a dit suivre «de très près» une élection «très importante» dans le plus grand pays d'Amérique latine. Une vague de droite a porté ces derniers temps au pouvoir des candidats soutenus par le président américain dans la région, comme en Colombie et au Pérou.
Lula dispose d'une légère avance dans les sondages, mais les deux favoris apparaissent dans un mouchoir de poche en cas d'éventuel second tour le 25 octobre. Pour un tel second tour, un sondage de l'institut Datafolha donne le chef de l'Etat sortant en tête des intentions de vote avec 48%, contre 45% pour son rival.
Lire aussi: «Père des pauvres», figure de la gauche d’Amérique latine, le Brésilien Lula au défi de sa dernière campagneBolsonaro déplore une «censure» du Tribunal supérieur électoral
TV Globo, la plus grande chaîne du pays, a annoncé jeudi soir à la dernière minute l'annulation de son débat présidentiel, peu après que Flavio Bolsonaro a renoncé à y participer. Lula avait déjà fait savoir qu'il ferait l'impasse, évitant ainsi de se retrouver sous les tirs croisés du fils Bolsonaro et de petits candidats de droite.
Flavio Bolsonaro a dénoncé sur le réseau social X une «censure» du Tribunal supérieur électoral, qui avait décidé que TV Globo ne pourrait pas laisser sur le plateau une chaise vide montrant l'absence de Lula. Selon lui, il s'agit d'une «ingérence de la justice dans les élections», qui crée un «déséquilibre».
Pour échauffer encore un peu plus les esprits, un sac à dos jeté devant la Cour suprême à Brasilia en début de soirée a fait craindre la présence d'un engin explosif. Danger écarté ensuite par les policiers déployés sur place. Le bâtiment se situe sur la place des Trois-Pouvoirs de Brasilia, coeur de la démocratie brésilienne, où se trouvent également le palais présidentiel de Planalto et le Parlement.
Controverse autour de la vénérée sainte patronne du Brésil
La statue de la vierge d'Aparecida, au Brésil, le 23 juillet 2013. — © Andre Penner / AP Photo/Andre Penner
Dans la dernière ligne droite, la campagne a été marquée par une polémique autour de Notre-Dame d'Aparecida, sainte patronne du Brésil, dans l'un des pays comptant le plus de chrétiens au monde. Des publications devenues virales affirmaient que s'il arrivait au pouvoir, Flavio Bolsonaro retirerait à cette Vierge, représentée comme une femme noire, son titre de sainte patronne. Un ordre de supprimer ces publications a été approuvé par la majorité du tribunal électoral lors d'un vote en ligne.
La question est sensible dans un pays où les catholiques, majoritaires et plus enclins à soutenir Lula selon les enquêtes, vénèrent Notre-Dame d'Aparecida. Les évangéliques, en revanche, ne reconnaissent pas son culte. Cette confession n'a cessé de gagner du terrain ces dernières années et est devenue une base électorale majeure pour la droite.
Les publications polémiques s'appuyaient sur un projet de loi présenté en 2007 par un député conservateur, qui visait à limiter le patronage de la Vierge aux catholiques, mais qui avait été enterré l'année suivante. Le candidat conservateur, lui-même évangélique, a démenti tout projet en ce sens et accusé le gouvernement de diffuser des «fake news» (fausses informations).
De son côté, Lula a martelé que «s'en prendre à Notre-Dame d'Aparecida n'est pas acceptable».
Enquête sur des fonds américains destinés à promouvoir un «agenda d'extrême droite»
Durant la campagne, le vétéran de gauche s'est aussi posé en défenseur de la «souveraineté» du Brésil, accusant Donald Trump de chercher à s'ingérer dans l'élection.
L'an dernier, Washington avait imposé au Brésil une lourde surtaxe, invoquant une «chasse aux sorcières» contre Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat contre Lula en 2022.
Lire aussi: La lutte contre le crime, nouveau levier des Etats-Unis contre le Brésil dont les terres rares sont convoitéesL'avocat général de l'Union, Jorge Messias, chargé de défendre les intérêts juridiques de l'Etat brésilien, a demandé jeudi à la police d'enquêter sur un supposé projet du gouvernement américain de destiner des fonds publics à la promotion d'un «agenda d'extrême droite» au Brésil. Motif de cette démarche: un article du quotidien britannique The Guardian selon lequel Washington a destiné un million de dollars au financement d'organisations de la société civile opposées à la Cour suprême du Brésil.


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