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Le gouvernement fédéral affirme désormais avoir simplement mal estimé dès le départ la complexité des services informatiques à remplacer par le système de paiement des prestations Cúram, faisant en sorte que la facture de l’implantation du logiciel doit passer de 1,75 milliard à 6,6 milliards de dollars.
Ottawa ne reconnaît toujours aucun tort pour ce bond spectaculaire du montant à débourser, hormis de n’avoir pas vraiment compris le système à changer au moment d’estimer le montant du projet, en 2017.
De hauts fonctionnaires du ministère Emploi et Développement social Canada (EDSC) ont fourni jeudi aux journalistes quelques explications sur la facture qui doit être passée aux contribuables d’ici cinq ans pour le traitement de différentes prestations, en premier lieu celle de la Sécurité de la vieillesse.
Un responsable a précisé que « le principal exemple » d’ajout au projet consiste en une modernisation de 14 centres d’appels vers une seule nouvelle plateforme. Des documents montrent que les entreprises privées IBM et Rogers fourniront la note.
Le ministère mentionne aussi « d’autres travaux » sur le logiciel Cúram, rendu nécessaire par la mauvaise surprise de la complexité du démantèlement du système qu’il remplace, vieux de 60 ans. La nouvelle estimation prend aussi en compte une meilleure protection pour la cybersécurité, comme en matière de vérification de l’identité, vu les menaces qui ont émergé depuis le lancement du programme en 2017.
« Il y a eu des changements à ces contrats [accordés au secteur privé], mais toujours selon les règles », a assuré un haut responsable que le ministère interdit de nommer, en guise de condition pour les quelques journalistes qui ont participé au breffage technique jeudi.
Ottawa parlait d’ajout
En février, le premier ministre Mark Carney a plutôt justifié tous ces milliards par un « élargissement de ce projet à d’autres services canadiens, entre autres à l’assurance-emploi. » La ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, la responsable de ce projet informatique, avait aussi parlé d’une « confusion » quant à la portée de Cúram.
« On a ajouté des fonctionnalités au cours du développement de ce logiciel-là », avait ajouté le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
Le Devoir tentait, depuis le 26 février dernier, de savoir de quelles nouvelles fonctionnalités il était question. Sans succès.
Vérification faite, un rapport d’audit de la vérificatrice générale du Canada rapportait en 2023 des estimations de coût du programme Cúram pour toutes les prestations que doit encore gérer le projet, soit d’abord la Sécurité de la vieillesse, puis le Régime de pensions du Canada et l’Assurance-emploi.
L’estimation approximative initiale de 1,75 milliard de dollars — pour toutes ces prestations — a été révisée à plusieurs reprises, pour atteindre une fourchette de 2,7 à 3,4 milliards de dollars en 2022. Selon les explications fournies jeudi par le ministère, cette évaluation initiale n’a jamais été fiable, et a été modifiée à 6,6 milliards de dollars vers 2023.
Il n’a toujours pas été possible d’obtenir une ventilation des 4,85 milliards de dollars qui ont apparu dans l’estimation du projet au fil des ans.
Impossible de faire maison
Tant l’estimation initiale que la nouvelle estimation incluent l’ensemble de la transition qui doit s’achever en 2030-2031. Il s’agit de prévisions, et non de dépenses déjà effectuées. Les fonctionnaires n’ont pas davantage été en mesure de fournir une estimation des coûts d’opération de Cúram pour la suite.
Le gouvernement a confié au secteur privé le soin de mener son « plus grand projet technologique de l’histoire du Canada », puisque le ministère sentait qu’il était « trop risqué » de créer lui-même un logiciel.
L’affaire, d’abord révélée par le quotidien La Presse, a été qualifiée en Chambre par le Bloc québécois de « plus gros scandale financier de l’histoire du Canada ». Le Parti conservateur du Canada considère aussi qu’il s’agit d’un cas de « gaspillage libéral ».
EDSC considère que les retards dans le versement des prestations de Sécurité de la vieillesse ne sont pas imputables à une faille dans le système Cúram. Le ministère a rapporté jeudi que 69 000 aînés sont en attente leur premier chèque, un chiffre en basse par rapport au 85 000 retards de janvier.


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