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On pensait que les parcs d’attractions étaient nés avec Disney : à 10 km de Copenhague, les foules se pressent dans le même bois depuis plus de 400 ans

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Il suffit parfois de très peu de choses pour qu’un lieu de loisirs disparaisse au fil du temps, concurrencé par des complexes plus modernes. Et pourtant, dans un bois danois situé à seulement dix kilomètres de Copenhague, un parc continue d’attirer les foules avec une régularité déconcertante depuis des siècles. Son nom, Dyrehavsbakken, ou simplement Bakken pour les habitués, ne dira peut-être rien au grand public français. Pourtant, ce lieu niché dans les bois de Dyrehaven serait tout simplement le plus vieux parc d’attractions encore en activité au monde, et il continue chaque année de faire tourner ses manèges pour près de trois millions de visiteurs.

À retenir

  • Bakken est né en 1583 autour d’une source réputée curative, avant de devenir un terrain de chasse royal interdit au public de 1670 à 1756.
  • Le parc a développé son identité au 19e siècle avec le clown Pjerrot, l’arrivée du bateau à vapeur puis du chemin de fer, et la création d’une association de commerçants toujours active en 1885.
  • Aujourd’hui, Bakken compte 33 attractions dont une montagne russe de 94 ans, et accueille environ 3 millions de visiteurs par an, ce qui en fait la deuxième attraction la plus fréquentée du Danemark.

Une source miraculeuse a changé le destin d’une forêt danoise

Une source miraculeuse a changé le destin d'une forêt danoise Dyrehavsbakken en 1840
Crédit : © DR

L’histoire de Bakken commence, selon la légende, par une découverte toute simple mais bouleversante pour l’époque. En 1583, une femme vivant à proximité de la forêt de Dyrehaven aurait mis au jour une source naturelle dont on prêtait à l’eau des vertus curatives. À une époque où la médecine restait balbutiante, une telle nouvelle se répandait vite, et les habitants de Copenhague n’ont pas tardé à se déplacer en nombre pour venir tenter leur chance auprès de cette eau miraculeuse.

Cet afflux de curieux et de malades a rapidement transformé la clairière en un point de rencontre animé. Là où se pressaient des visiteurs venus soigner leurs maux, se sont naturellement installés des artistes ambulants et des marchands venus profiter de cette affluence inattendue. Sans le savoir, cette source a posé la première pierre de ce qui allait devenir, des siècles plus tard, un véritable temple du divertissement populaire.

Quand les rois s’emparent du bois pour en faire leur terrain de chasse privé

La popularité grandissante de ce coin de forêt n’a pas échappé à la couronne danoise. En 1669, le roi Frederick III décide d’y créer un parc animalier, marquant ainsi une première appropriation royale du site. Son fils, devenu roi sous le nom de Christian V, va encore plus loin en 1670 en quadruplant la superficie de ce territoire giboyeux.

Ce changement de statut a eu des conséquences immédiates pour les habitants de la région : de 1670 à 1756, la zone est déclarée terrain de chasse royal et interdite au public. Il faudra attendre près d’un siècle, en 1756, pour que Frederick V décide de rouvrir les lieux à tous. C’est précisément à partir de cette réouverture que Bakken commence véritablement à prospérer et à attirer les foules de manière durable.

Pjerrot le clown et la naissance d’un folklore populaire indétrônable

Au fil du 19e siècle, Bakken se dote d’une figure qui allait devenir indissociable de son identité : le clown Pjerrot. Ce personnage haut en couleur, apparu dans le sillage du renouveau du parc, est rapidement devenu bien plus qu’une simple attraction de foire. Il incarne aujourd’hui encore un véritable morceau de folklore populaire danois, transmis de génération en génération.

Il est frappant de constater que ce clown, né il y a près de deux siècles, continue de faire partie du paysage du parc de nos jours. Peu d’attractions ou de personnages de divertissement peuvent se targuer d’une telle longévité dans le cœur du public.

Vapeur, rails et montagnes russes : Bakken entre dans la modernité

Le 19e siècle marque également l’entrée de Bakken dans l’ère industrielle. L’essor des bateaux à vapeur dès 1820, puis celui des chemins de fer en 1864, ont considérablement facilité l’accès au parc pour les habitants de Copenhague et de ses environs. Ce désenclavement progressif a nourri une fréquentation toujours plus importante.

Face à cette affluence grandissante, les commerçants installés sur le site ont ressenti le besoin de s’organiser. C’est ainsi qu’est née, en 1885, la Dyrehavsbakken Tent Owners’ Association, chargée d’améliorer les conditions générales du parc : collecte des déchets, sanitaires, eau, électricité et publicité. Fait remarquable, cette association existe toujours aujourd’hui, et l’adhésion reste obligatoire pour toute entreprise souhaitant exercer une activité au sein du parc.

442 ans d’histoire ininterrompue : le secret de longévité d’un parc pas comme les autres

 le secret de longévité d'un parc pas comme les autres Dyrehavsbakken en 2016.
Crédit : © Insights Unspoken/Flickr

Ouvert dès 1583 aux abords de Copenhague, Bakken fonctionne ainsi sans interruption depuis 442 ans, une longévité qui en fait officiellement le plus ancien parc d’attractions du monde encore en activité. Le site n’a rien d’un musée figé dans le passé : il compte aujourd’hui 33 attractions, des machines à sous, plus d’une trentaine de jeux et compétitions, ainsi qu’une montagne russe vieille de 94 ans, toujours en service. On y trouve également le Circus Revyen, le plus grand spectacle de cirque du Danemark.

Chaque année, environ trois millions de visiteurs franchissent l’entrée de ce parc forestier, ce qui en fait la deuxième attraction la plus fréquentée du pays. Le secret de cette longévité tient peut-être à cette capacité rare de conjuguer, siècle après siècle, tradition et renouvellement, sans jamais rompre le fil qui relie la petite source curative du 16e siècle aux manèges d’aujourd’hui.

De la légende d’une source miraculeuse aux montagnes russes centenaires, en passant par les caprices des rois et l’arrivée du chemin de fer, l’histoire de Bakken se lit comme un condensé de quatre siècles d’évolution des loisirs populaires. Une question demeure toutefois en filigrane : combien de nos parcs d’attractions actuels, aussi impressionnants soient-ils, pourront un jour se targuer d’une telle constance à travers les âges ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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