Le titre dit vrai, mais pas comme on l’imagine. Le mur d’acier de 150 mètres planté dans la forêt de Tchernobyl-2 n’a jamais émis le moindre signal : il écoutait. Le vacarme qui a saturé les ondes courtes de la planète partait d’un autre site, à une soixantaine de kilomètres.
Le « pic-vert russe », lui, a bel et bien existé, entre 1976 et 1989.
À retenir
- Le mur d’acier de Tchernobyl-2 était une antenne réceptrice, pas émettrice, partie du système radar Duga-1 soviétique
- Le « pic-vert russe » qui a brouillé les radios mondiales entre 1976 et 1989 provenait d’un émetteur situé à 57 km au nord-est, près de Slavoutytch
- Le radar Duga-1 fonctionnait pendant treize ans sans jamais être formellement adopté par le ministère soviétique de la Défense
Sommaire
Un tambourinement à 10 hertz, sur toutes les bandes
Du mois de juillet 1976 à décembre 1989, les radios à ondes courtes du monde entier ont capté un claquement sec, répété dix fois par seconde. Certaines installations Duga dépassaient 10 mégawatts de puissance, et leurs sauts de fréquence aléatoires brouillaient la radiodiffusion, les radioamateurs, les communications de l’aviation commerciale et même des réseaux d’énergie. Des milliers de plaintes sont parvenues à des gouvernements de plusieurs pays. Certains fabricants de récepteurs ont fini par intégrer un « woodpecker blanker », un circuit dédié à effacer ce tapotement.
Faute d’explication officielle, les hypothèses ont fleuri : expériences de contrôle mental, manipulation de la météo. Les radioamateurs, eux, avaient compris assez vite qu’il s’agissait d’un radar transhorizon, mais la confirmation n’est venue qu’après la chute de l’Union soviétique.
Le principe tient en quelques lignes de physique. Les ondes courtes rebondissent sur l’ionosphère, retombent loin devant, sont renvoyées par le sol vers le ciel, puis reviennent par le même chemin, ce qui permet de repérer des objets jusqu’à 4 500 km. Pour les militaires soviétiques, le calcul était simple : un missile américain atteindrait l’URSS en moins d’une heure, et chaque minute d’alerte gagnée comptait.
Deux sites, un seul mur muet
Duga-1 se composait de deux installations distinctes : les antennes émettrices à Lioubetch-1, les antennes réceptrices à Tchernobyl-2. La structure que les visiteurs photographient aujourd’hui, environ 150 m de haut sur 700 m de long, appartient à ce second groupe, et une antenne plus petite, d’environ 90 m, se dresse à côté. L’émetteur se trouvait à près de 57 km au nord-est, du côté de Slavoutytch, la ville où furent relogés plus tard les habitants de Pripiat.
Le mur de Tchernobyl tendait donc l’oreille, il ne criait pas.
Une confusion tenace consiste à parler de « Duga-3 » pour désigner le site ukrainien. Ce troisième radar n’a jamais été construit : il y avait un prototype près de Mykolaïv, Duga-1 en Ukraine du Nord, et Duga-2 à l’autre bout du pays, à Komsomolsk-sur-l’Amour. Celui de Tchernobyl visait le nord, en direction des États-Unis.
Un secret bien gardé au milieu des pins
Autour de l’antenne vivait une petite ville militaire baptisée Tchernobyl-2, avec écoles, magasins et cinéma, du nom d’une cité voisine pour égarer les espions. Près de 1 500 personnes (militaires, scientifiques, techniciens) y travaillaient, et le site passait aux yeux des riverains pour un camp d’été pour enfants. Selon certaines estimations, l’installation engloutissait environ un tiers de la production de la centrale voisine, un voisinage qui n’avait rien d’un hasard.
D’après le site Chernobylstory, ce système conçu pour repérer les missiles intercontinentaux n’a jamais été formellement adopté par le ministère soviétique de la Défense. Il a pourtant fonctionné pendant treize ans.
Rouillé, mais classé
L’Ukraine a inscrit le radar comme monument immobilier d’importance nationale.
Le visiteur qui l’aborde par la forêt de la zone d’exclusion découvre une muraille d’acier qui domine l’équivalent d’un immeuble de 45 à 50 étages. Les câbles pendent, la rouille a gagné les treillis, et le silence est total.
Reste une zone d’ombre : les dates varient selon les sources. Certaines placent la mise en service en 1976, d’autres parlent d’un fonctionnement officiel en mai 1982, et la construction se serait achevée vers 1979. Les documents techniques sur les radars Duga ont, selon plusieurs récits, été détruits ou verrouillés depuis longtemps, ce qui laisse les historiens avec des archives lacunaires.
Sources : chernobylstory.com | chernobyl.one | urbex.nl


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