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En diffusant un cliché de Viking 1 le 31 juillet 1976, la NASA a littéralement lancé des décennies de rumeurs sur une cité martienne

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Une simple photographie en noir et blanc, un peu floue, prise à des millions de kilomètres de la Terre : voilà tout ce qu’il aura fallu pour qu’une partie de l’humanité se convainque qu’une civilisation disparue avait un jour bâti des cités sur Mars. Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que l’agence qui a diffusé le cliché savait déjà, au moment même de sa publication, qu’il s’agissait d’une illusion d’optique. Retour sur l’un des malentendus les plus tenaces de l’exploration spatiale, où la science a mis plus de vingt ans à rattraper l’imaginaire collectif.

À retenir

  • Le 31 juillet 1976, la NASA diffuse un cliché de Cydonia montrant un relief évoquant un visage, tout en précisant dès l'origine qu'il s'agit probablement d'un jeu d'ombres lié à l'illumination solaire.
  • En avril 1998, la caméra de Mars Global Surveyor révèle qu'il ne s'agit que d'une surface érodée sans structure artificielle, mettant fin à vingt-deux ans de spéculations.
  • En juillet 2006, Mars Express confirme grâce à sa Caméra Stéréo à Haute Résolution qu'il s'agit d'une simple mesa façonnée par l'érosion naturelle.

Le 31 juillet 1976, une simple photo de Viking 1 a suffi à faire naître le mythe d’une civilisation martienne, alors que la NASA savait déjà qu’il s’agissait d’un jeu d’ombres

Le 31 juillet 1976, une simple photo de Viking 1 a suffi à faire naître le mythe d'une civilisation martienne, alors que la NASA savait déjà qu'il s'agissait d'un jeu d'ombres La région en couleurs
Crédit : © ESA/DLR/FU Berlin (G. Neukum)

Tout commence le 25 juillet 1976, lorsque l’orbiteur de la sonde américaine Viking 1 capture, presque par hasard, une image de la surface martienne. Quelques jours plus tard, le 31 juillet 1976, la NASA choisit de diffuser ce cliché dans un communiqué officiel. Sur la photo, un relief présente une étrange symétrie évoquant deux yeux, un nez et une bouche, comme un visage figé dans la roche. L’agence évoque alors cette formation tout en précisant, dès cette époque, qu’il s’agit très probablement d’un effet d’illumination solaire combiné à la morphologie du terrain et aux jeux d’ombres. Mais ce détail passera largement inaperçu face à la puissance d’une image aussi frappante.

Un cliché flou, une rumeur planétaire : comment le visage de mars a enflammé les esprits

Il n’en fallait pas plus pour que l’imagination humaine s’emballe. Le « visage de Mars » devient rapidement un phénomène culturel à part entière, alimentant des théories sur l’existence de structures artificielles martiennes : des pyramides, des vestiges architecturaux, voire une cité tout entière ensevelie sous la poussière rouge. La littérature de science-fiction et la culture populaire s’emparent du sujet avec enthousiasme, transformant une formation géologique en symbole d’une possible civilisation extraterrestre disparue. Pendant plus de deux décennies, ce visage énigmatique va nourrir un imaginaire collectif difficile à éteindre, malgré les explications scientifiques déjà avancées dès l’origine.

Cydonia, cette région martienne où le relief joue des tours à notre cerveau

Le fameux visage se situe dans une zone précise de Mars nommée Cydonia, localisée à environ 40,75 degrés Nord et 350,54 degrés Est, dans la région d’Arabia Terra. Ce secteur correspond à une transition géologique particulière, entre les hautes terres méridionales et les plaines du nord de la planète rouge. On y trouve de larges vallées parsemées de débris et de monticules résiduels isolés, aux formes parfois surprenantes. C’est justement cette diversité de reliefs qui, combinée à un éclairage rasant, peut donner naissance à des formes trompeuses pour l’œil humain. Ce relief naturel, façonné par l’érosion, a ainsi pu être perçu comme une forme familière lors de la première observation.

1998, l’année où mars global surveyor a mis fin au mystère en une image

Il faudra attendre avril 1998 pour que la question soit définitivement tranchée. La caméra Mars Orbiter Camera, embarquée à bord de la sonde Mars Global Surveyor de la NASA, survole la région de Cydonia et capture une nouvelle image de la zone. Le verdict scientifique tombe alors sans appel : le fameux visage n’est rien d’autre qu’une surface fortement érodée, sans la moindre trace d’une structure artificielle. Ce que l’on prenait pour des traits sculptés n’était en réalité qu’un jeu de reliefs naturels, mis en valeur par l’angle du soleil au moment de la première prise de vue. Une résolution technique bien plus fine suffit ainsi à dissiper vingt-deux années de spéculations.

Mars express confirme le verdict : une mesa naturelle, rien de plus

Quelques années plus tard, c’est au tour de l’Agence spatiale européenne d’apporter sa pierre à l’édifice. Sa sonde Mars Express parvient, le 22 juillet, à photographier Cydonia grâce à sa Caméra Stéréo à Haute Résolution, après plusieurs tentatives infructueuses entre avril 2004 et juillet 2006, freinées par l’altitude de survol et la présence de poussières atmosphériques. Les données, collectées lors de l’orbite numéro 3253, offrent une résolution au sol d’environ 13,7 mètres par pixel. Résultat : ce relief tant fantasmé n’est en réalité qu’une mesa, autrement dit un plateau rocheux isolé, façonné par l’érosion au fil du temps. Le Dr Agustin Chicarro, chef de projet scientifique de Mars Express à l’ESA, souligne d’ailleurs l’intérêt de ces nouvelles images pour la géologie planétaire, bien au-delà de la simple curiosité qu’elles suscitent auprès du grand public.

Du mythe à la science : ce que révèle vraiment le visage de mars

Cette histoire dit finalement moins de choses sur Mars que sur nous-mêmes. Elle illustre à quel point une image de mauvaise qualité, associée à un contexte propice au mystère, peut suffire à faire naître une légende durable, même lorsque les explications scientifiques existent dès le départ. Le visage de Mars n’a jamais été une porte ouverte vers une civilisation disparue, mais un simple relief martien, victime de son propre éclairage au moment du cliché. Il reste néanmoins un excellent exemple pédagogique pour comprendre comment un jeu d’ombres et de lumière peut créer une illusion, et pourquoi il est essentiel de continuer à observer, mesurer et vérifier avant de conclure. Vingt-deux ans séparent la première photo de sa réfutation scientifique : un délai qui rappelle combien l’exploration spatiale, patiente par nature, finit toujours par avoir le dernier mot sur les rumeurs les plus tenaces.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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