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On pensait les combats d’ours anglais nés sous Élisabeth Iʳᵉ : une omoplate datée les fait remonter de 400 ans

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Une simple omoplate, exhumée à Richmond dans le North Yorkshire, vient de bousculer une certitude bien ancrée dans l’imaginaire collectif. On associait volontiers les combats d’ours à l’Angleterre élisabéthaine, à ces arènes bruyantes de Bankside où la noblesse londonienne venait assister au spectacle sanglant de chiens lancés contre des plantigrades enchaînés. Pourtant, cet os retrouvé dans le nord de l’Angleterre raconte une histoire bien plus ancienne, celle d’une pratique qui aurait débarqué avec les envahisseurs normands, quatre siècles avant que la reine Elizabeth Ire n’en fasse un loisir de cour prisé. Cette découverte rappelle à quel point le passé peut réserver des surprises enfouies sous quelques centimètres de terre.

À retenir

  • Une omoplate d'ours datée au radiocarbone à Richmond prouve la présence d'ours en Angleterre juste après la conquête normande de 1066.
  • La Tapisserie de Bayeux comporte dans sa marge une scène de combat d'ours, corroborant cette pratique dès le XIe siècle.
  • Des ossements retrouvés à Londres, Colchester et Carlisle révèlent un réseau d'importation d'ours depuis le continent, attestant une continuité du bear baiting sur environ 400 ans jusqu'à l'époque élisabéthaine.

Une omoplate qui réécrit 400 ans d’histoire anglaise

Une omoplate qui réécrit 400 ans d'histoire anglaise BnF, Latin 3630, f. 79v. Un ours (portant une muselière) et son ourson.
Crédit : © Society & Animals (2026).

Tout part d’un fragment osseux, une omoplate d’ours retrouvée à Richmond, soumise à une datation au radiocarbone. Le résultat est sans appel : cet os témoigne de la présence d’ours vivants en Angleterre juste après la conquête normande de 1066. Un détail qui, à première vue, pourrait sembler anecdotique, mais qui change en réalité toute la chronologie que l’on connaissait du bear baiting, cette pratique consistant à opposer des chiens à des ours attachés par une chaîne ou une corde. Jusqu’ici, on la faisait remonter à l’époque élisabéthaine, période où les combats organisés à Bankside, à Londres, faisaient office de référence historique. Or les ours sauvages avaient disparu de Grande-Bretagne dès l’époque romaine. Ceux utilisés pour ces combats devaient donc être importés depuis le continent européen, une opération coûteuse impliquant transport et entretien des animaux. Le fait de retrouver des traces aussi précoces après 1066, alors qu’aucun reste d’ours vivant n’était attesté avant cette date, suggère fortement que ce sont les nouveaux maîtres normands qui ont introduit ou intensifié cette pratique sur le sol anglais.

La tapisserie de Bayeux cachait déjà la preuve dans sa marge

L’un des indices les plus troublants ne provient pas d’un site archéologique, mais d’une œuvre textile mondialement connue. La Tapisserie de Bayeux, ce monument brodé retraçant la conquête normande, dissimule dans sa marge inférieure une scène représentant un combat d’ours. Ce détail prend une signification toute nouvelle lorsqu’on le met en regard des découvertes archéologiques récentes. Il ne s’agit plus d’une simple illustration décorative, mais d’un témoignage visuel corroborant une pratique bien réelle et déjà présente dans les mentalités de l’époque. Cette convergence entre une source iconographique du XIe siècle et des ossements datés au radiocarbone illustre bien comment l’histoire se reconstruit parfois à partir de fragments épars, qu’il s’agisse d’un fil brodé ou d’un os enfoui.

Londres et Carlisle, deux villes reliées par un trafic d’ours vivants

Les fouilles menées sur une dizaine de sites répartis entre l’Angleterre et la France ont livré des ossements d’ours datant de cette période charnière. Des restes ont ainsi été confirmés dans des lieux aussi éloignés que Colchester et Carlisle, preuve que ce commerce d’animaux vivants ne se limitait pas à la capitale. Londres et le North Yorkshire semblent avoir connu une apparition rapide de ces restes après 1066, ce qui laisse penser à une hausse des importations depuis le continent. Les archives historiques, notamment le Domesday Book, ce grand registre établi sous l’administration normande, viennent compléter le tableau en apportant un éclairage sur l’organisation économique de l’époque. On imagine ainsi un véritable réseau logistique, capable d’acheminer des ours depuis l’Europe continentale jusque dans des villes du nord de l’Angleterre, malgré les difficultés évidentes que représentait le transport de tels animaux sur de longues distances.

De Guillaume le Conquérant à Élisabeth Ire, une pratique ininterrompue

Ce qui frappe le plus dans cette découverte, c’est la continuité de la pratique sur environ 400 ans. Dès le XIIe siècle, le combat d’ours semble déjà bien établi en Angleterre, apprécié aussi bien par l’aristocratie lors de mariages et de festivités que par le grand public, malgré les coûts considérables liés à l’importation et à l’entretien des animaux. Cette popularité transversale, touchant toutes les couches de la société, illustre l’ampleur de cette pratique jusqu’à l’époque élisabéthaine. Loin d’être une invention moderne née dans les arènes de Bankside, le bear baiting apparaît donc comme un héritage direct de la conquête normande, traversant le Moyen Âge pour aboutir aux spectacles fastueux organisés pour la reine Elizabeth Ire.

Cette omoplate retrouvée dans le Yorkshire fait ainsi bien plus que confirmer une date : elle relie deux périodes de l’histoire anglaise que l’on croyait séparées par un vide de plusieurs siècles. Entre les broderies discrètes de la Tapisserie de Bayeux et les os enfouis sous les rues de Londres ou de Carlisle, c’est tout un pan méconnu de la vie médiévale qui refait surface. Reste à savoir combien d’autres pratiques que l’on attribue aujourd’hui à l’époque moderne trouvent en réalité leurs racines bien plus loin dans le passé, patiemment enfouies en attendant qu’on les redécouvre.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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