Regardez-la bien : la tour Eiffel n’est plus brune. Pour sa 20e campagne de peinture, commencée en 2019, elle a retrouvé la teinte historique de 1907, un jaune brun. Pendant les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, le monde entier a pu l’admirer sous cette couleur. Gustave Eiffel l’avait lui-même choisie, 117 ans plus tôt.
Pourtant, de 1968 à 2019, elle a porté un brun à son nom.
À retenir
- La tour Eiffel était brune de 1968 à 2019.
- Gustave Eiffel avait choisi un jaune brun en 1907.
- La 20e campagne de peinture, lancée en 2019, a rétabli cette teinte.
Sommaire
Du rouge Venise à l’ocre : un monument qui change de robe
Les premières pièces reçoivent du rouge Venise en 1887 et 1888, et elles sont peintes pendant la construction. En mai 1889, deux mois après la fin du chantier, la Tour passe au brun rouge. Elle devient ocre brun en 1892. Pour l’Exposition de 1900, elle adopte dès 1899 un dégradé jaune-orange.
Quatre teintes en douze ans, de 1887 à 1899. Le monument n’est pas encore permanent, et sa couleur ne l’est pas davantage : la stabilité n’arrive qu’en 1907.
Cette année-là, quand la Tour devient permanente, Gustave Eiffel opte pour le jaune brun. La teinte est conservée pendant 47 ans, au fil des campagnes de 1907, 1917, 1924, 1932, 1939 et 1947. Six repeints successifs, donc, sans le moindre changement de couleur.
Le jaune brun a ainsi régné de 1907 à 1954.
Un jaune brun pour la pierre de Paris ? Une hypothèse
Reste une question : pourquoi ce choix ? Un architecte des monuments historiques avance une explication, selon laquelle Eiffel aurait voulu accorder la Tour à Paris, ville de pierre de taille et de calcaire. Le conditionnel s’impose, car aucune preuve directe ne vient la confirmer. L’idée séduit pourtant : un jaune brun chaud se rapproche des tons des façades haussmanniennes, là où un rouge sombre s’en détache nettement.
En 1954, la campagne marque un retour aux débuts de la Tour avec un rouge brun. Puis arrive en 1968 le « brun tour Eiffel », décliné en trois nuances, qui restera en place jusqu’en 2019.
Cette longévité explique l’idée reçue. À peu près 51 ans de brun, contre 47 ans de jaune brun : le brun a même tenu quatre ans de plus que la teinte d’Eiffel. Des générations de visiteurs n’ont donc connu que lui, et ont fini par croire que la Tour avait toujours été de cette couleur.
Le calendrier a joué en faveur du retour. Avant 1889, le monument était rouge lors de l’Exposition universelle, puis il a retrouvé le jaune brun voulu par Eiffel en 1907, et la teinte dorée était visible pendant les Jeux de Paris 2024. Elle résonnait avec l’éclat de la flamme olympique. Pour un monument que le monde entier regardait, la vitrine était idéale. L’effet est d’autant plus frappant que le brun précédent avait effacé de la mémoire collective les couleurs plus claires des débuts.
Un décapage inédit, mais limité à 10 % de la Tour
Cette 20e campagne n’a rien d’un simple coup de pinceau. Elle inclut pour la première fois le décapage d’une partie de la structure. Ce décapage reste limité : il concerne environ 10 % de la Tour, du sol au 1er étage, sur les façades sud-ouest et sud-est.
La Tour a donc été en partie décapée, pas en totalité.
Décaper, c’est retirer les anciennes couches avant d’en appliquer de nouvelles, alors qu’un repeint classique se contente d’en ajouter une. La zone traitée est aussi celle que les visiteurs côtoient de plus près, du pied de la Tour jusqu’au 1er étage. Les 90 % restants ont été repeints sans passer par cette étape.
Les chiffres donnent le vertige. Chaque campagne mobilise 60 t de peinture pour recouvrir 250 000 m², soit l’équivalent d’environ 35 terrains de football. Les 60 t pèsent à peu près autant que dix éléphants d’Afrique. Pourtant, entre deux campagnes, l’érosion emporte environ 15 t de cette peinture, soit un quart de la quantité appliquée.
La peinture constitue la protection principale de la Tour, ce qui explique le cycle d’environ 7 ans. En 136 ans, le monument a connu 20 campagnes de peinture.
Derrière la teinte, il y a surtout une mécanique : 250 000 m² à peindre, répartis sur 18 000 pièces reliées par 2,5 millions de rivets. Chaque campagne permet aussi de vérifier l’état de la structure et de réaliser d’éventuelles réparations. Le jaune brun de 1907 est donc revenu en même temps que l’inspection la plus minutieuse de ces dernières décennies.
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Sources : questionsdecouleur.wordpress.com | legroupejarnias.eu


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