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Malgré la qualité du casting et de la réalisation, le télécrochet de TF1 produit par ITV Studios France a perdu les téléspectateurs durant son édition anniversaire diffusée cette année. Explications.
La saison 15 de « The Voice » s’est terminée samedi dernier avec la victoire de la Suissesse Lady O, préférée par le public à CJM’s, Hugo Derose et Tessa B durant la finale diffusée sur TF1. Une ultime soirée aux audiences historiquement basses pour le télécrochet produit par ITV Studios France dans un contexte où la victoire du PSG en Ligue des champions de football masculin n’a rien arrangé.
Jusqu’à 22h25, la première partie de cette finale de « The Voice » n’a rassemblé que 1.850.000 téléspectateurs en moyenne seulement (11% de PDA) selon Médiamétrie. Un score qui a relégué TF1 très loin derrière le téléfilm de France 3, Crimes à Cluny, et le débrief footballistique de M6 sur le sacre du Paris Saint-Germain. Au-delà des chiffres, c’est le fonctionnement de cette édition anniversaire du télécrochet qui pose question.
Des auditions à l’aveugle de « The Voice » trop longues et confuses
Sur quatorze soirées, neuf étaient consacrées aux auditions à l’aveugle. Au total, 110 artistes ont été mis en lumière en prime time sur TF1 et 69 ont été recrutés par Florent Pagny, Amel Bent, Lara Fabian et Tayc (entre 16 et 18 par équipe). C’est beaucoup trop. En comparaison, l’édition américaine de « The Voice » est parvenue à stabiliser l’érosion de ses audiences lors des deux dernières éditions diffusées en 2025 avec 57 artistes diffusés aux auditions à l’aveugle et douze qualifiés par équipe.
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En France, pour pimenter cette saison du 15e anniversaire, la production avait voulu rendre les auditions à l’aveugle plus incertaines en ajoutant de nouveaux éléments de jeu. Mais entre le buzzer rouge pour manifester son intérêt pour un candidat, le bouton pour bloquer un coach concurrent, celui pour donner une deuxième chance à un talent non retenu et l’arme secrète spécifique de chaque coach, nous avons frôlé l’indigestion.
« Tu as vu la console, j’ai l’impression d’être en Formule 1, il y a des boutons partout », avait fait remarquer Florent Pagny en démarrant les auditions à l’aveugle. Dès la deuxième prestation diffusée sur TF1 le 28 février, celle de Lady O, la future gagnante, ce dernier avait été bloqué par Lara Fabian avant qu’il utilise son « boomerang », une arme secrète qui lui permettait d’inverser les choses. Deux prestations plus tard, Lara Fabian bloquait Tayc face à Guilherme avant de demander à la production de le « débloquer ». Incompréhensible.
La très mauvaise idée des qualifications avant les battles de « The Voice »
En l’espace de deux épisodes de « The Voice », après le tunnel de deux mois des auditions à l’aveugle, les téléspectateurs ont vu les équipes se réduire de 75% avec une mécanique d’élimination inédite. Chaque coach devait opposer à huis clos ses talents par groupe de 4 ou 5 pour ensuite confronter les deux meilleurs sur une chanson commune lors d’une battle tournée en public. À l’antenne, les 69 prestations des qualifications ont été résumées en quelques bribes, provoquant la colère des téléspectateurs et des candidats.
Paradoxalement, des talents encensés, régalés de promesses et superlatifs élogieux durant les auditions à l’aveugle ont ainsi quitté la compétition par la petite porte, certains sans un au revoir diffusé. C’est le cas notamment de Samuela Johnson qui avait enthousiasmé Amel Bent avec sa reprise de What was I made for de Billie Eilish. La coach avait utilisé son arme secrète, le « mute », pour faire taire des concurrents et s’assurer du recrutement de la jeune chanteuse malgache.
« Tu es extraordinaire, je te veux dans mon équipe. Je t’aime, je veux travailler avec toi. J’aime tout ce que fait ta voix, de la première à la dernière note, lui avait déclaré Amel Bent. Tu es une des plus belles voix que j’ai entendue ces dix dernières années en France », avait-elle ajouté avant de lui promettre qu’elles allaient « gagner “The Voice” ensemble ». Samuela Johnson n’a finalement même pas eu l’opportunité de défendre ses chances aux battles. Tout ça pour ça...
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Des performances aux airs de battles et une demi-finale enregistrée
Autre étape inédite dans cette saison 15, les performances promettaient une carte blanche scénique pour chacun des seize artistes qualifiés. Il revenait ensuite à chaque coach de qualifier les deux meilleurs de son équipe. Alors qu’on s’attendait à découvrir ces prestations quatre par quatre avant chaque verdict, les talents se sont finalement opposés en duels. Seule Amel Bent, après l’abandon de dernière minute d’Alice, a pu trancher après avoir écouté ses trois talents restants.
Cette configuration - où les tableaux étaient de qualité - apportait une certaine instabilité à cette nouvelle étape. Les résultats auraient-ils été les mêmes si l’opposition avait été intégrale dans chaque équipe au lieu de ces un contre un ? Pourquoi tel talent a-t-il été opposé à tel talent plutôt qu’un autre ? Quant à la demi-finale, contrairement aux éditions différentes où les téléspectateurs étaient les seuls à décider en direct grâce à leurs votes, elle a été enregistrée deux jours avant la diffusion sur TF1. Le sort des participants était confié à leurs coachs, très indécis et mal à l’aise.
Arguments étranges et contraintes contractuelles
« Dans “The Voice”, seule la voix compte. » En théorie. En pratique, c’est plus compliqué. Choisir, c’est renoncer et l’exercice d’élimination dans un programme aussi bienveillant que « The Voice » est un véritable crève-cœur pour chaque coach. Mais il est inhérent à n’importe quel concours. Les choix sont subjectifs mais les arguments exprimés doivent être compris aussi bien des principaux concernés que des téléspectateurs.
Chaque saison, des artistes aux univers musicaux très singuliers (comme Cissy et sa chanson originaire des Îles Féroé, Pilani Bubu et son chant sud-africain ou encore le groupe les Cocodettes avec ses sonorités bulgares) se heurtent quasi systématiquement aux auditions à l’aveugle parce que les coachs ne se projettent pas avec eux pour la suite de la compétition. Et ce, sans prendre en compte leur qualité vocale. Certes leur présence contribue à enrichir la palette musicale d’un programme qui leur offre une belle mise en avant. Mais quel intérêt pour le concours en lui-même ?
Durant les battles, Tayc a mis en avant sa « casquette de producteur » plutôt que celle de coach pour préférer Amadè à Juliette Laurent. « Derrière l’émission, qu’est-ce qu’on fait ? Cela me fait dire que c’est avec Amadè que j’ai envie de développer une histoire », a-t-il déclaré en donnant l’impression de recruter une artiste pour lui-même plutôt que de choisir la plus méritante pour le concours. L’étape suivante, il a proposé à Guilherme de rejoindre son label, sous-entendant son élimination de « The Voice ». Une subtilité que personne n’a comprise sur l’instant, pas même Mickaëlle Leslie qualifiée par défaut.
Une qualification en demi-finale implique un pré-engagement contractuel avec la maison de disques Universal. Et certains artistes n’en veulent pas. En 2021, durant la saison 11 de « The Voice », le chanteur Paul’O avait déclaré qu’il « ne voulait surtout pas aller en demi-finale » à cause de ce contrat d’exclusivité imposé. Certains choix des coachs sont ainsi motivés par ces refus exprimés dans l’ombre des coulisses qui les conduisent à justifier qu’untel n’a pas besoin de « The Voice » pour la suite de sa carrière. Un argument difficile à entendre pour les téléspectateurs qui ne se fient qu’aux prestations.
Vers une saison 16 de « The Voice » plus simple et lisible ?
De la minutieuse sélection des talents à la grande qualité de la réalisation, « The Voice » demeure un format musical de très haut niveau. Si les artistes en compétition n’ont rien à envier à ceux de « Star Academy », la mécanique gagnerait à être optimisée. Des bonnes idées et des bonnes choses, il y en a eu durant cette saison 15. Le quatuor des coachs a bien fonctionné et s’est montré très joueur dans l’opération de séduction des auditions à l’aveugle. Durant cette première phase, les surprises scéniques de Patrick Fiori et Nikos Aliagas - toujours impeccable à l’animation - étaient réussies.
Pour la prochaine édition attendue début 2027 sur TF1, le bon sens pour les équipes d’ITV Studios France serait de s’inspirer des Américains en resserrant fortement leur casting pour se focaliser davantage sur chaque talent. Cette réduction du nombre de candidats aux auditions à l’aveugle nécessitera une plus forte exigence en se focalisant sur des participants capables d’aller jusqu’au bout du concours et accord avec les conditions contractuelles de celui-ci.
Enfin, revenir à ce qui a fait la force de « The Voice » à ses débuts à savoir une mécanique originale, épurée et totalement lisible pour les téléspectateurs : des auditions à l’aveugle désencombrées des trop nombreuses « armes » des coachs. Un retour des battles en un contre un avec la possibilité pour les coachs de « voler » le talent éliminé d’une équipe adverse. Et un tableau final où les talents sont opposés équitablement et qualifiés sur la base d’un seul critère : leur qualité artistique.


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