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Les proclamations du gouvernement de Mark Carney en environnement se suivent… et se ressemblent trop. Elles vont même désormais jusqu’à se supplanter, la dernière en lice ayant valu au premier ministre d’être accusé de surpasser son prédécesseur conservateur Stephen Harper au palmarès des reculs climatiques. Le vernis de M. Carney ne cesse de s’effriter, pour révéler non pas celui d’un banquier vert mais de l’or noir.
En quasi catimini, par simple voie de communiqué un vendredi midi, le gouvernement annonçait la publication d’un document de travail proposant une profonde refonte des règles d’évaluation environnementale de grands projets, notamment d’exploitation énergétique. Laquelle, telle qu’elle est proposée, pourrait éviscérer manifestement le régime actuel.
La première réforme Carney — son projet de loi C-5 ayant précipitamment écourté à deux ans le délai d’approbation de projets déclarés d’intérêt national par son gouvernement — ne lui suffit plus. Au nom de l’urgence qu’il y a d’attirer de nouveaux investissements, celui-ci serait réduit à un an tout au plus. Et ce, pour tous les projets soumis à une évaluation environnementale fédérale.
Pour que cet objectif puisse être atteint, cette dernière pourrait être assouplie — en la confiant à la Régie de l’énergie, dont ce n’est pas l’expertise ; en permettant le démarrage préliminaire d’un projet avant que n’en soit terminée l’étude d’impact ; en autorisant le Conseil des ministres à modifier les conditions d’évaluation, à dispenser un promoteur de protéger des espèces menacées ou à désigner des « zones économiques » où les projets seraient préapprouvés.
Un vaste chantier que les troupes de M. Carney n’ont toujours pas pris le temps d’expliquer, ce qui n’apaise en rien les importantes inquiétudes soulevées.
Nul ne conteste que le complexe processus d’étude de projets puisse être allégé, en le coordonnant sous l’égide d’un seul ministère ou en menant simultanément l’évaluation d’impact et l’examen de permis, comme le suggère en outre le gouvernement. Octroyer au cabinet l’équivalent d’un chèque en blanc, en revanche, n’a rien de rassurant.
Que le premier ministre Carney profite du bénéfice du doute circonstanciel actuel ne signifie pas qu’il le conservera éternellement, ni qu’un gouvernement subséquent y aurait droit tout autant. Une fois ouvertes, de telles brèches discrétionnaires ne sont pas simples à colmater.
Bien que le gouvernement martèle qu’il sera à l’écoute au cours des 30 prochains jours de consultations, qu’il promette du même souffle « rapidement » le dépôt de ce projet de loi (vraisemblablement d’ici la relâche parlementaire du 20 juin) laisse craindre que celles-ci ne soient qu’une formalité.
Il reste à espérer que l’empressement légendaire de Mark Carney sera tempéré par le temps que lui octroie désormais sa nouvelle majorité parlementaire, et non qu’il répète l’étude précipitée de C-5 — adopté outrageusement en à peine trois semaines, alors que même Stephen Harper avait toléré deux mois de débats pour son projet de loi mammouth sabrant ce processus d’évaluation environnementale.
Encore là faudra-t-il s’en remettre à la bonne foi clamée par l’équipe Carney, puisque le gouvernement aura la voie libre au Parlement face à une opposition inexistante — les conservateurs étant ravis des reculs proposés — ou menottée — bloquistes, néodémocrates et la députée verte ayant perdu l’ascendant de la balance du pouvoir.
Quant à la mobilisation citoyenne, le contexte géopolitique et le conflit commercial l’ont essoufflée, les Canadiens étant aujourd’hui plus nombreux à privilégier la croissance économique (61 %) que la protection de l’environnement (39 %) en matière de politique énergétique — un glissement de 16 points de pourcentage par rapport à 2019, selon les données d’Angus Reid.
Ce qui n’a rien pour faire fléchir l’entêtement tout aussi notoire de Mark Carney. Or, puisque l’ex-ministre de l’Environnement Steven Guilbeault le compare aujourd’hui à Stephen Harper, le premier ministre libéral (faut-il le lui rappeler) gagnerait à tirer des leçons de son prédécesseur, dont de grands projets approuvés sous sa propre réforme des lois environnementales furent bloqués par les tribunaux, faute d’étude d’impact et de consultation autochtone adéquates.
« On utilise une massue là où on a besoin d’un scalpel », dénonce M. Guilbeault sur toutes les tribunes. L’élu libéral (pour l’instant) tente encore à l’interne de rectifier le cap de son gouvernement. Y compris en vue de la conclusion du protocole d’entente énergétique d’Ottawa avec l’Alberta, à propos duquel l’enthousiasme renouvelé de la première ministre Danielle Smith fait craindre une énième concession sous la forme d’un report de la hausse du prix du carbone industriel.
Les prochaines semaines révéleront si Mark Carney tend réellement l’oreille, ou s’il tolère simplement son député dissident pour s’arroger une caution morale quant à ses reculs climatiques successifs. Ce qui scellera l’avenir politique de Steven Guilbeault. De même que la couleur du vernis progressiste — ou ce qu’il en reste — des libéraux.


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