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Politique 08/07/2026 05:45 Actualisé le 08/07/2026 08:48
En refusant de prendre acte de sa condamnation et laisser Jordan Bardella prendre la suite, la leader du RN fait peser des risques conséquents sur son parti.

MUSTAFA YALCIN / Anadolu via AFP
Candidate quoi qu’il en coûte, le pari ultra-risqué de Marine Le Pen pour 2027 (illustration)
EN BREF • Condamnée en appel pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen est tout de même candidate à la présidentielle 2027.
• Son pourvoi en cassation a tout de même des allures de pari très périlleux car la décision ne sera pas connue avant plusieurs mois.
• Les adversaires du Rassemblement national auront quoi qu’il arrive un nouvel angle d’attaque pour la leader d’extrême droite.
Elle préfère l’épée de Damoclès au « plan B. » Marine Le Pen a indiqué ce mardi 7 juillet briguer le suffrage des Français en 2027, malgré sa nouvelle condamnation, quelques heures plus tôt, dans l’affaire des assistants parlementaires du FN. « Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle indiqué dans le 20 heures de TF1, assurant qu’elle ne « changerait pas d’avis ».
Qu’importe, si la Cour d’appel de Paris l’a reconnue coupable de détournement de fonds publics, comme les juges de première instance. Qu’importe, si les magistrats ont prononcé à son encontre une nouvelle peine d’inéligibilité (certes purgée à ce jour), ainsi qu’une peine de trois ans de prison, dont un ferme aménageable sous bracelet électronique. Qu’importe, si son image ressort abîmée de cette saga judiciaire interminable qui l’a dépeinte en délinquante coupable de faits « graves ». La voilà en piste pour un nouveau tour, son quatrième.
Un nouveau couperet dans l’année ?
« Comme j’ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation (...) et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt (de la Cour d’appel), je ferai donc campagne sans bracelet électronique », a ainsi expliqué Marine Le Pen, alors que des doutes subsistaient sur son attitude dans ce cas de figure précis. La députée du Pas-de-Calais avait effectivement expliqué qu’elle renoncerait à faire campagne si elle était entravée dans ses déplacements par une peine de prison aménagée.
Manifestement, le choix des juges de ne pas assortir cette sentence d’une mesure d’exécution immédiate a provoqué son changement de braquet. Contrairement à ce qu’elle a laissé entendre ces derniers mois, la dirigeante nationaliste a effectivement choisi de mettre son destin - et sa campagne - entre les mains de la plus haute juridiction française. Non sans risque.
Désormais, il revient aux juges de la Cour de cassation de se prononcer ; ils le feront sur le respect du droit et non le fond des dossiers. Ceux-ci pourraient être en mesure de rendre une décision fin 2026 ou début 2027, selon les indices émis par le premier président Christophe Soulard. Or, si la juridiction confirme à ce moment-là l’arrêt de la cour d’appel, celui-ci s’appliquera immédiatement, y compris la peine de prison. Alors, Marine Le Pen sera bien contrainte de mener ses derniers mois de campagne, les plus précieux, avec un bracelet électronique à la cheville. Et d’entrer ainsi à l’Élysée si les Français l’élisent… Périlleux ?
Et si la Cour de cassation lui donne raison…
Sans nul doute, en témoigne ce que disait la principale concernée en novembre 2025. Expliquant qu’elle ne pourrait « évidemment pas » se représenter une quatrième fois si elle écopait en appel des mêmes peines qu’en première instance, elle avait évacué l’hypothèse d’un suspense prolongé par un pourvoi en cassation. « On ne sait pas quand une telle décision serait rendue et on ne peut pas se lancer dans une campagne présidentielle au dernier moment », expliquait-elle au magazine ultra-conservateur Causeur, avec la volonté de « ne pas hypothéquer la candidature de Jordan Bardella dans le cas où il devrait y aller ».
Alors, que fera le Rassemblement national si la justice lui inflige un nouveau camouflet ? « Nous verrons bien », a répondu Marine Le Pen mardi soir à plusieurs reprises, sans autre précision, si ce n’est que « les Français seront juges ». Elle a toutefois glissé qu’il n’existait « plus de scénario » dans lequel elle pourrait ne pas se présenter en 2027. Une façon d’évacuer, semble-t-il, le potentiel recours, en urgence, au plan B Jordan Bardella.
Sauf qu’un flou juridique entoure ce pourvoi, notamment en cas de succès de celui-ci. Certains juristes affirment que toute la procédure ne serait pas annulée, seulement le dernier arrêt de la Cour d’appel. Conséquence, un retour aux peines de première instance et donc aux cinq ans d’inéligibilité qui lui interdisent de se présenter. « Ils se trompent », a tenté de se persuader Marine Le Pen ce mardi.
Le Pen et « la dimension morale »
Voilà pour le pari judiciaire au sens strict. Mais en annonçant sa candidature coûte que coûte, la cheffe de file d’extrême droite prend également un risque politique : celui de voir la campagne de son camp ternie par les critiques sur sa probité, après deux décisions de justice particulièrement accablantes. Un comble pour un parti qui a longtemps usé et abusé de la formule « mains propres, têtes hautes », pour mieux fustiger l’affairisme de ses concurrents. Mais ne pas se pourvoir en cassation aurait signifié reconnaissance de culpabilité.
Les réactions, ce mardi soir, disent beaucoup des attaques que Marine Le Pen et sa formation vont essuyer les prochains mois, quand bien même elle n’est pas définitivement condamnée. Invité du journal de TF1 juste après son adversaire, Gabriel Attal a pointé la « dimension morale » d’une candidate « condamnée à deux reprises » pour « détournement de fonds publics » et qui « a un casier judiciaire avec de la prison ferme ».
Elle devra « expliquer » ce « reniement » aux Français a pour sa part réagi Édouard Philippe au même moment sur France 2, quand les différents dirigeants de gauche rivalisent de propos acerbes. « Pour un parti qui prône l’impunité zéro contre les criminels, ils prennent vraiment les gens pour des imbéciles », a par exemple fustigé l’eurodéputée LFI Manon Aubry, sur les réseaux sociaux, mettant en exergue la ribambelle de déclarations critiques de la part d’élus d’extrême droite contre les logiques d’aménagement ou de réduction de peine.
Au final, reste une certitude. En se lançant ainsi dans la course à l’élection présidentielle, malgré les incertitudes à venir, Marine Le Pen se met dans les habits de la première responsable politique désireuse de s’installer à l’Élysée même avec un bracelet électronique au pied. Si elle remporte tous ses paris, elle pourrait alors s’auto-gracier. Ou l’avantage de jouer la montre.


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