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FIGAROVOX/CHRONIQUE - À écouter le président de la République et le leader de la France insoumise, il semblerait que le droit international doive être invoqué avec sévérité contre les démocraties, et avec plus d’indulgence envers la République islamique d’Iran, déplore Gilles-William Goldnadel.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Certaines réactions politiques intervenues au début d’un conflit qui oppose deux démocraties imparfaites à une dictature sanguinaire parfaite sont tristement symptomatiques. Nous pensons notamment à celles, identiques, d’Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon quant à un droit international qui aurait été violé par l’intervention américano-israélienne contre la République islamique. Nous opposerons fermement à cette affirmation une double objection, juridique et politique.
Tout d’abord, c’est aller un peu vite en besogne, pour ces deux personnalités qu’on ne savait pas grands juristes internationaux, que de juger péremptoirement que le droit ait été violé en la matière. N’ayant pas reçu d’explications juridiques complémentaires, nous imaginons que ces deux représentants de l’extrême gauche et de l’extrême centre reprochent aux deux alliés anti-mollahs de n’avoir pas songé à demander à l’Organisation des Nations unies, dont on sait la neutralité, l’autorisation préalable d’intervenir, au risque sans doute négligeable, à leur pur esprit, de gâcher cet effet de surprise auquel sont attachés les militaires un peu superstitieux.
On exige davantage d’une nation occidentale que d’une nation orientale preneuse d’otages. L’une doit se conformer à la morale et au droit, l’autre doit simplement ne pas se conduire en sauvage.
Mais il se trouve que, pour de nombreux spécialistes du droit international, la cause juridique n’est pas si entendue. Certes, le droit international applicable repose principalement sur la Charte des Nations unies (article 2 alinéa 4 et article 51) : l’emploi de la force non autorisé est interdit, sauf en cas de légitime défense face à une agression. Israël invoque précisément cette défense très légitime à l’égard d’une dictature qui a juré sa mort dès sa naissance. Depuis l’arrivée au pouvoir de Khomeyni en 1979, la République islamique d’Iran refuse obstinément l’existence d’un État juif et appelle à sa destruction. D’une certaine manière, pour l’Iran des mollahs, la disparition d’Israël est existentielle.
Mais il ne s’agit pas, pour cet État religieux, d’un vœu pieux : celui-ci pratique directement le terrorisme guerrier. Citons deux exemples, commis par l’Iran islamiste contre la communauté juive à Buenos Aires. Celui de 1992, contre l’ambassade d’Israël, fait 29 morts et 242 blessés. Celui en 1994, contre la mutuelle israélienne AMIA, fait 84 morts et 230 blessés. En avril 2024, la justice argentine a officiellement désigné l’Iran comme commanditaire et le Hezbollah comme son auteur. Les éclairages les plus récents autour de ces attentats montrent l’impunité juridique, morale, politique et médiatique dont jouissait l’Iran jusqu’à la semaine dernière. L’histoire et les suites de ces attaques mériteraient d’être relatées dans un livre romancé, nous nous contenterons ici d’en livrer la trame hallucinante qui tourne autour d’Ahmad Vahidi.
La justice argentine qualifiait officiellement en 2024 l’Iran islamiste d’«État terroriste». Il s’agissait de l’aboutissement fastidieux d’une longue histoire dramatique qui passa par le meurtre maquillé en suicide d’un procureur trop intègre qui voulait aller jusqu’au bout, Alberto Nisman, et de la déchéance morale de la présidente Kirchner, qui avait décidé de renoncer à punir l’Iran en contrepartie d’avantages économiques. Mais nous venons de découvrir que l’un des terroristes identifiés, Ahmad Vahidi, un temps impunément ministre de la Défense, vient cette semaine d’être nommé commandant en chef des Gardiens de la Révolution après la mort de son prédécesseur sous les frappes israéliennes !
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En France, la classe médiatique a traité cette affaire pourtant haute en couleur dramatique avec un souverain mépris idéologique. Il n’en est pas de même dans l’Argentine de Milei, qui a exigé, pour la forme, son extradition. Au moment où ces lignes sont écrites, Ahmad Vahidi est encore en vie. Des mandats d’arrêt internationaux avaient été émis contre lui et contre d’autres responsables identifiés. Et pourtant, la justice internationale est restée l’arme au pied, et l’Iran, qui a refusé de coopérer, n’a pas été accusé publiquement par le président de la République de «violer le droit international».
Mais certains esprits aiguisés pourraient parfaitement faire observer que la légitime défense, telle qu’exigée par les juristes pour justifier une attaque sans autorisation préalable onusienne, pourrait ne pas exister dans un attentat cinquantenaire. Il n’en est évidemment pas de même concernant le financement fièrement revendiqué des organisations classées officiellement terroristes, Hamas et Hezbollah. Sans la République islamique, il n’y aurait pas eu de pogrom le 7 octobre 2023. Le programme nucléaire iranien est également perçu par de nombreux juristes comme une «menace existentielle imminente» (doctrine Caroline : action autorisée quand le délai nécessaire pour agir rend l’action immédiate impossible). Nombre d’analystes (Forbes, Lieber Institute, Jewish News Syndicate ...) estiment que la «légitime défense anticipatoire » est admissible face à un risque nucléaire réel. Nous pourrions donner d’autres exemples et d’autres avis en faveur de notre thèse, mais il ne s’agit pas de livrer ici une longue consultation juridique aussi aride que fastidieuse.
Il s’agissait seulement de montrer que certains politiciens auraient pu faire l’économie de donner un avis juridique non autorisé. S’agissant du leader d’un parti d’extrême gauche ne se caractérisant pas par un philosémitisme excessif, on ne sera pas étonné qu’il fasse flèche de tout bois.
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Mais que le président de la République française puisse donner son avis juridique péremptoire et définitif pour affaiblir la légitimité morale du juste châtiment que mérite depuis un demi-siècle le gouvernement des ayatollahs, voilà qui devrait surprendre s’il ne nous avait accoutumés depuis longtemps à ne plus l’être. J’en viens ainsi à la principale source de mon agacement habituel : l’exigence de l’application du droit à géométrie invariable. Emmanuel Macron a-t-il jamais seulement songé à reprocher au gouvernement de la République islamique d’avoir financé des organisations officiellement classées terroristes, expressément en violation du droit international ?
À notre connaissance, jamais. Cela ne lui est jamais venu à l’esprit. À décharge pour lui, jamais l’Organisation des Nations unies n’a condamné non plus l’Iran pour cette raison. Et pour quelle autre raison ? Pour cette déraison folle que l’on exige davantage d’une nation occidentale que d’une nation orientale preneuse d’otages. L’une doit se conformer strictement à la morale et au droit. L’autre ne devrait simplement pas se conduire en sauvage. J’y vois depuis toujours une manière de racisme inconscient et sournois. Bien entendu, on retrouve ce racisme sournoisement anti-occidental et ce paternalisme pro-oriental au sein de la classe médiatique encore en majesté. Pour cela, lisez Le Monde ou écoutez l’audiovisuel public.
C’est ainsi que le personnel politique de la République islamique est étiqueté «ultraconservateur», mais certainement pas «suprémaciste» ou d’«extrême droite». De même, on a souvent aperçu des «faucons» sous les cieux de Washington ou de Tel-Aviv, mais jamais, au grand jamais, au-dessus de Téhéran. Un esprit critique acéré à sens inique s’oppose ainsi à une bienveillante indulgence systématique. Mais le peuple français, qui connaît dans sa chair les effets pervers de cette fausse morale invariable, s’en laisse moins conter.


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