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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le Sénat a adopté le 26 mai en première lecture le projet de loi Ripost, qui propose des mesures immédiates contre les troubles à l’ordre public, sept présidents d’associations de commerçants appellent à une action coordonnée pour lutter efficacement contre les marchés clandestins.
Longtemps minimisés, les marchés parallèles se sont aujourd’hui durablement installés dans le quotidien des Français. Alimentés par la hausse des prix, certaines interdictions ou des failles de contrôle, ils concernent désormais une large gamme de produits du quotidien.
Si les puffs ou les cigarettes de contrefaçon occupent régulièrement l’espace médiatique, ils ne sont que la partie visible d’un phénomène bien plus vaste. Partout sur le territoire, fleurs, fruits et légumes, produits carnés, biens alimentaires ou non alimentaires sont vendus à la sauvette ou via des circuits informels. Selon l’Union des fabricants, la contrefaçon représenterait à elle seule une perte de 38 000 emplois et près de 7 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année.
Le marché parallèle du tabac – et plus encore son développement exponentiel – illustre l’ampleur du phénomène. Une étude (TAFE) menée par les Douanes et la Mildeca en fin d’année 2025 estime le manque à gagner fiscal pour l’État à près de 6 milliards d’euros par an, soit 2 de plus qu’à la sortie du Covid. Dans le même temps, environ 120 bureaux de tabac baissent définitivement le rideau chaque année. Mais cette réalité ne doit pas masquer l’extension du phénomène à l’ensemble des commerces de proximité.
Dans les filières des fruits et légumes, des enquêtes ont mis en évidence des organisations structurées pouvant aller jusqu’à des situations reconnues de traite d’êtres humains. Ces trafics rapporteraient à eux seuls près de 5,5 millions d’euros de recettes rien qu’à Paris. Dans les secteurs de l’horticulture, de l’alimentaire ou des produits frais, ces circuits parallèles fragilisent directement les entreprises respectueuses des règles.
Ce phénomène, autrefois concentré dans les grandes métropoles, touche désormais 71 départements et concerne tous les types de villes, des centres urbains aux communes de taille moyenne. Il contribue à la fermeture de commerces de proximité, alimente le sentiment d’insécurité et accélère la vacance commerciale. À terme, c’est l’attractivité même des centres-villes qui se trouve fragilisée. D’autant plus que la vente à la sauvette s’accompagne de l’émergence de commerces servant parfois de façade à des activités illicites ou de blanchiment. Plusieurs travaux récents ont notamment documenté le rôle de certains établissements de type kebab dans l’intégration de flux financiers issus du trafic, dans un contexte de multiplication des points de vente sur le territoire.
Ces implantations déstabilisent durablement l’équilibre commercial et social des centres-villes.
Les maires et les préfets restent aujourd’hui insuffisamment outillés pour empêcher l’implantation de structures servant de support à ces trafics ou pour agir rapidement sur le terrain.
Face à un phénomène qui touche à la fois l’économie, l’ordre public et la sécurité, l’inaction n’est plus une option. Les maires et les préfets restent aujourd’hui insuffisamment outillés pour empêcher l’implantation de structures servant de support à ces trafics ou pour agir rapidement sur le terrain.
Le vote au Sénat du projet de loi Ripost a constitué une première avancée importante, avec notamment le recours à des techniques spéciales d’enquête pour des infractions relevant de la criminalité organisée, dans le cas d’exploitation de vente à la sauvette et le durcissement de certaines peines. Ces avancées devront toutefois être confirmées par l’Assemblée nationale.
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Mais elles ne pourront constituer qu’une étape. Il est indispensable de continuer à renforcer les moyens d’intervention à l’échelle locale, notamment par l’octroi de pouvoirs de saisie ou de confiscation aux polices municipales, absents du projet de loi relatif aux polices municipales et aux gardes champêtres, ainsi que par la création de brigades spécialisées dans les zones les plus exposées, un renforcement des contrôles sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et, enfin, un ciblage accru des grossistes complices et des organisations structurées, sanctionnées à la hauteur des profits générés.
La lutte contre les marchés parallèles suppose une action coordonnée sur les points de vente, les circuits d’approvisionnement et les réseaux. À défaut, ces trafics continueront de prospérer, fragilisant l’économie locale, dégradant l’espace public et pénalisant durablement les commerçants qui font vivre nos territoires.
Signataires :
Pierre Bosche, Président de la confédération des Commerçants De France (CDF)
Farell Legendre, Président de la Fédération Française des Artisans Fleuristes (FFAF)
Serdar Kaya, Président de la Confédération des Buralistes
Philippe Alauze, Président de la Fédération des Buralistes Paris IDF
Rémi Machard, Président du Syndicat National du commerce de l’antiquité, de l’occasion et des galeries d’art (SNCAO-GA)
Christel Teyssèdre, Présidente de Saveurs Commerce
Alexis Roux de Bézieux, Président des Épiciers de France.


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