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Depuis le printemps, le gouvernement canadien a resserré l'étau aux frontières pour contrer la propagation de la maladie à virus Ebola, bouleversant la vie de nombreux membres de la communauté congolaise.
L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) avait d'abord instauré des mesures frontalières temporaires à la fin mai, y compris une période d'isolement par excès de prudence.
Dans le même esprit, le Canada a suspendu la délivrance et le traitement des documents d'immigration ainsi que des demandes émanant de ressortissants étrangers de l'Ouganda, du Soudan du Sud et de la RDC, gelant ainsi de fait les nouveaux dossiers d'immigration en provenance de cette région.
Or, depuis le 20 juillet 2026, Ottawa interdit purement et simplement l'entrée au pays (nouvelle fenêtre) à tout ressortissant étranger qui a séjourné en République démocratique du Congo (RDC) au cours des 21 jours précédents.
S'appuyant sur la Loi sur l'aéronautique, un arrêté d'urgence oblige désormais les transporteurs aériens à bloquer l'embarquement de tout ressortissant étranger qui a visité la RDC récemment.
Bien que le virus ait traversé la frontière vers l'Ouganda, les ressortissants étrangers en provenance de ce pays, tout comme ceux du Soudan du Sud, demeurent autorisés à entrer au Canada.
Ils doivent cependant se soumettre à une quarantaine obligatoire de 21 jours à leur arrivée.
Les Canadiens et résidents permanents qui reviennent de ces trois pays conservent également leur droit d'entrée, mais ils doivent eux aussi s'isoler pendant trois semaines.
Des conséquences douloureuses
À Calgary, les cas de familles touchées par cette mesure se multiplient.
Pour Ruth Ngolaminga, une étudiante internationale de 26 ans récemment diplômée en informatique de l'Université Mount Royal, les conséquences de ces mesures sont particulièrement éprouvantes.
Arrivée au Canada à l'âge de 18 ans, elle n'a revu ni son père ni sa mère depuis lors. Ces derniers devaient initialement assister à sa cérémonie de collation des grades le 10 juin. Or, l'entrée en vigueur des premières mesures frontalières le 30 mai a fait dérailler ce plan.
Deux jours avant le voyage, nous avons reçu l'alerte du gouvernement disant que l'entrée au Canada était interdite aux personnes en provenance du Congo, raconte-t-elle, encore sous le choc.
Ça faisait huit ans que je me battais dans ce pays pour avoir ma qualification. C'était un moment que j'avais vraiment envie de partager avec mes parents.
À cause de cette absence forcée, la jeune femme était sur le point d'annuler toutes les festivités qu'elle avait prévues pour l'occasion, n'eussent été les encouragements de ses amis et de ses connaissances qui se trouvaient en ville.
Le parcours du combattant des citoyens
Des Canadiens d'origine congolaise font également face à des obstacles. Rose Ndumbi, une infirmière retraitée de Calgary qui se trouve actuellement à Kinshasa après des funérailles familiales, appréhende son retour, prévu en août.
Elle souligne l'impossibilité logistique de s'isoler chez elle de façon sécuritaire à son retour : À la maison, il y a des petits enfants. Si on me demande d'entrer en quarantaine, où est-ce qu'on va les mettre?
Un sentiment de discrimination
À Calgary, l'incompréhension se mue en colère. Josué Nsiamfumu, président par intérim de la communauté congolaise locale, soutient que l'épidémie est confinée à certaines provinces dans l'est du pays, à des milliers de kilomètres de la capitale, Kinshasa.
C'est choquant. [...] La maladie existe, mais ce n'est pas dans tout le Congo, s'indigne-t-il, insistant sur le fait que cette interdiction générale perturbe sévèrement les congés, les visites familiales et la venue d'étudiants internationaux.
Kelly Feruzi, une autre membre de la communauté, estime que le gouvernement fédéral manque cruellement de nuances. Le Canada a le droit de protéger ses citoyens, mais il n'a pas le droit de discriminer un pays à cause de sa nationalité, lance-t-elle, n'hésitant pas à parler d'un traitement discriminatoire.
Elle s'étonne que le Canada ferme complètement ses portes aux Congolais alors que les voyageurs venant d'Ouganda ou du Soudan du Sud ont droit à l'isolement.
Une abondance de prudence défendue par Ottawa
L'ASPC impose ces mesures frontalières exceptionnelles jusqu'au 29 août 2026 face à l'expansion fulgurante de la souche Bundibugyo de la maladie à virus Ebola.
Son porte-parole, Mark Johnson, précise que ces règles ne visent pas à éliminer tous les risques, mais à réduire la probabilité d'importation de cette maladie grave pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement.
Cette vigilance est d'autant plus nécessaire que l'insécurité et les conflits en République démocratique du Congo rendent le dépistage et le traçage des contacts extrêmement difficiles, explique-t-il.
Afin de rassurer les voyageurs canadiens, l'ASPC confirme que [s]'ils n'ont pas d'endroit où ils peuvent se mettre en quarantaine en toute sécurité, un lieu approprié leur sera fourni par l'Agence de la santé publique du Canada.


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