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Le chef de l’opposition officielle de la province, John Hogan, a déposé une motion mercredi après-midi à la période de questions demandant au gouvernement de Tony Wakeham d’examiner l’adoption d’une loi visant à restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans.
Le débat s’inscrit dans une tendance mondiale. Au Canada, le gouvernement fédéral réfléchissait déjà au printemps dernier à l’imposition de limites d’âge pour l’accès aux plateformes sociales. Au Manitoba, le premier ministre néo-démocrate, Wab Kinew, a été l’un des premiers au pays à mettre de l’avant une telle initiative.
On a la responsabilité d’agir
Par cette motion, John Hogan souhaite que Terre-Neuve-et-Labrador emboîte le pas afin de mieux protéger les jeunes contre les effets néfastes des réseaux sociaux, comme les enjeux de santé mentale, de cyberintimidation, de troubles alimentaires, d'exposition à la violence, d'exploitation des données et les impacts sur le développement cognitif.
Des préoccupations largement documentées, selon Ariane Ollier-Malaterre, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la régulation du digital dans la vie professionnelle et personnelle.

Le chef du Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Entre le stress de toujours devoir répondre, la fatigue de faire quarante choses en même temps, le fait de ne plus jamais s’ennuyer ou rêvasser… et les tensions avec les parents et les enseignants qui demandent aux jeunes de décrocher de temps en temps, ça fait beaucoup pour un adolescent, explique-t-elle.
La province pourrait ainsi devenir la première au pays à bannir officiellement les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
Déjà, en 2025 , le gouvernement libéral provincial avait imposé des restrictions sur l’utilisation des appareils électroniques personnels dans les écoles. Selon plusieurs éducateurs, ces mesures auraient eu des effets positifs sur l’apprentissage et le climat scolaire.
La motion demande maintenant au gouvernement d’aller plus loin, notamment en collaborant avec les autres provinces et le gouvernement fédéral afin d’établir des normes nationales pour mieux protéger les enfants en ligne.
En citant plusieurs pédiatres, psychologues et experts du numérique, le chef de l’opposition s’est montré catégorique.
On sait que les réseaux sociaux sont nocifs pour nos enfants. On a la responsabilité d’agir.

Paul Dinn, le ministre de l'Éducation et du Développement de la petite enfance de Terre-Neuve-et-Labrador, devant la Chambre d'assemblée à Saint-Jean le 6 mai 2026.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Paul Dinn, partage lui aussi les préoccupations soulevées par la motion.
Selon lui, les réseaux sociaux représentent un défi majeur non seulement pour les jeunes, mais également pour les enseignants, les parents et les écoles.
C’est une problématique à laquelle nous devons répondre. Je suis convaincu que les élus de cette Assemblée veulent protéger la santé et la sécurité de nos enfants, affirme-t-il.
Le ministre reconnaît toutefois que la mise en place d’une telle mesure ne sera pas simple.
Il faudra y aller étape par étape, mais il faut commencer maintenant.
Quelques amendements ont d’ailleurs été proposés afin de permettre au gouvernement de recueillir davantage d’information et d’étudier les expériences d’autres juridictions avant d’aller de l’avant.
Le chef du NPD de Terre-Neuve-et-Labrador, Jim Dinn, appuie lui aussi la motion, tout en estimant qu’une loi seule ne suffira pas.
Pour que cette initiative réussisse, elle devra être appuyée par une solide éducation, une réglementation claire et une véritable reddition de comptes. Les parents, les enseignants et les communautés doivent disposer des outils nécessaires pour accompagner les jeunes dans cette transition, dit-il.
Selon lui, les gouvernements devront également empêcher les entreprises technologiques de contourner l’esprit de la loi.
Un projet qui se doit d'être collectif
Pour Ariane Ollier-Malaterre, un tel changement ne peut fonctionner que s’il est appliqué collectivement.
C'est le centre de leur vie sociale. Ce qui fait qu'un jeune tout seul, si tous ses amis sont sur les réseaux sociaux, il peut difficilement s'en priver.
Selon elle, l’approche doit être collective à l’échelle d’une école, d’une communauté ou d’une génération entière.
Un jeune seul ne peut pas se libérer des réseaux sociaux. La seule solution, c'est que l'ensemble d'une classe d'âge où il y a eu des initiatives, l'ensemble d'un village, l'ensemble d'une ville, l'ensemble d'un voisinage, l'ensemble d'une école, décide de le faire ensemble, de sorte que la vie sociale, on la tue pas simplement, elle se transfère ailleurs.
C'est important de le faire vite pour protéger ceux qui n'y sont pas encore, parce que c'est vraiment plus facile quand ils n'y sont pas.
Bien que mettre une interdiction en place peut s'avérer difficile, la spécialiste affirme que c'est possible et que de nombreux pays sont allés de l'avant, notamment l’Australie, en décembre, la France, la Grèce et l'Autriche.


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