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Les Canadiens boudent l’Alaska

2 month_ago 22

         

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Depuis la guerre commerciale lancée par le président américain Donald Trump et des propos jugés offensants, de nombreux Canadiens tournent le dos aux États-Unis. Cette tendance n’échappe pas au Yukon : les quatre postes frontaliers entre le territoire et l’Alaska ont enregistré une baisse globale de 26 % d’automobilistes canadiens.

Selon Statistique Canada, seulement au poste frontalier Fraser, qui relie Skagway au territoire et compte la majorité des passages, les allers-retours d’automobilistes canadiens ont chuté de 34 % en 2025 par rapport à l’année précédente, comparativement à 31 % à l’échelle du pays.

Le nombre de passages est passé de 35 000 à 23 000.

Cette baisse se fait surtout sentir en hiver à Skagway, une petite communauté alaskienne de 1100 habitants qui vit du tourisme de croisière. De mai à septembre dernier, 1,6 million de passagers y ont débarqué, selon Jaime Bricker, directrice du tourisme de la Municipalité.

Hors saison, de nombreux propriétaires ferment ainsi leurs commerces. D’autres comptent toutefois sur les visiteurs arrivant par la seule route terrestre, depuis la Colombie-Britannique et le Yukon.

C’est le cas de John Hillis. Ça fait mal, confie celui qui a acheté le magasin de plein air Mountain Shop en octobre dernier.

L'intérieur d'une boutique de plein air.

John Hillis, nouveau propriétaire du Mountain Shop à Skagway, affirme offrir une large gamme de produits, dont certains choisis pour les Canadiens.

Photo : Fournie par John Hillis

Quand j’ai repris l’affaire, le déclin avait déjà commencé, dit-il, ajoutant que c’est pire que prévu. Pour garder la boutique ouverte et survivre, l’entrepreneur de 36 ans s’appuie sur son entreprise de nettoyage.

Le calme plat

John Hillis refuse de fermer boutique en hiver, mais s’inquiète du fait que d’autres baissent les bras.

Si on perd ceux qui nous font vivre en basse saison, Skagway risque de devenir juste une halte touristique et non plus un endroit où vivre, estime-t-il.

Il juge essentiel que l’économie reste active toute l’année. C’est vraiment difficile ici l’hiver quand rien n’est ouvert, dit le commerçant, qui y vit depuis 2020.

Des touristes dans la rue principale de Skagway en été. Au loin, un bateau de croisière est amarré au port.

Skagway prend vie en été avec l’afflux des croisiéristes. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

La femme d’affaires Elizabeth Smith observe aussi un déclin clair. Elle possède trois commerces à Skagway, l’hôtel Morning Wood et le restaurant Station Bar & Grill, ouverts toute l’année, et le bar saisonnier Happy Endings Saloon.

L’hiver, quand même, pas mal de Canadiens et de Yukonnais venaient. Ce n'est plus le cas.

Selon elle, même la populaire course Buckwheat, qui réunit des fondeurs d’Alaska et du Yukon, n’est plus ce qu’elle était.

L'événement se déroule en mars au parc Log Cabin, à 40 km de Skagway et 130 km de Whitehorse. La participation a baissé, dit Elizabeth Smith, et des Yukonnais, qui fêtaient la fin de la course à Skagway, rentrent maintenant à Whitehorse.

De nombreuses voitures sont stationnées le long de la route Klondike Sud, près du parc Log Cabin.

Log Cabin, dans la région du col White Pass entre Whitehorse et Skagway. (Photo d'archives)

Photo : Fournie par Minnie Clark

Mon hôtel était toujours complet et réservé longtemps à l’avance, et j’ouvrais le Happy Endings Saloon pour l’occasion, raconte Elizabeth Smith.

L’an dernier et cette année? Le calme plat, se désole l’entrepreneure, même si elle tire ses revenus de ses activités en été et dit comprendre le choix des Canadiens.

La façade d'un petit hôtel dans le village de Skagway.

La baisse de visiteurs canadiens « a nui au taux d'occupation tout au long de l'hiver », dit la propriétaire de l’hôtel Morning Wood, Elizabeth Smith.

Photo : Fournie par Elizabeth Smith (Elise Giordano)

C’est dur d’être décevant

C’est surtout comme résidente qu’Elizabeth Lavoie, gérante d’un saloon saisonnier, le Red Onion, éprouve la baisse.

L’hiver, raconte-t-elle, leurs voisins du Nord arrivaient en ville, les yeux brillants après des activités en montagne, pour manger, boire un verre le soir ou un café le matin.

Après 25 ans ici, ce que je ressens le plus, c’est cette absence d’énergie, dit-elle.

Des raquetteurs avancent au cœur de montagnes enneigées.

En hiver, de nombreux Canadiens se rendent à White Pass pour des sports d’hiver, mais ils sont moins nombreux à poursuivre jusqu’à Skagway.

Photo : Radio-Canada / Marie-Soleil Desautels

C’est dur d’être décevant pour un grand nombre d’entre nous, ajoute-t-elle.

John Hillis, du Mountain Shop, croit que la rhétorique peu constructive du président américain leur nuit.

C’est pathétique à dire, mais on est désolés, dit-il, précisant qu’il traverse souvent la frontière pour aller skier ou se rendre dans la capitale yukonnaise. Ce qui rend Skagway vivable pour moi, c’est d’avoir Whitehorse à proximité et l’accès à la route.

Pas juste l’hiver

Bien que les croisiéristes dominent l’été, les visiteurs canadiens comptent aussi.

Ils sont importants pour notre économie, car ils restent plus longtemps et s’immergent dans la communauté, dit la directrice du tourisme de Skagway, Jaime Bricker.

Une rue du centre-ville de Skagway déserte, malgré la présence d’un immense bateau de croisière amarré au port.

Skagway se vide le soir lorsque les croisiéristes regagnent les bateaux. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Soleil Desautels

Les parcs à roulottes en ont d’ailleurs pâti. Ç’a été une pilule difficile à avaler.

Jaime Bricker a aussi noté la baisse lors d’événements spéciaux, comme le tournoi de balle molle, le défilé du 4 Juillet sans les cornemuseurs de Whitehorse, ou le marathon de Skagway.

C’est un sujet très émotionnel pour Skagway, Carcross et Whitehorse, parce que la route Klondike Sud est comme une prolongation de nos maisons. On connaît des gens tout le long de ce corridor, on travaille avec eux et on les aime.

En attendant, affirme-t-elle, les habitants de la municipalité travaillent très fort pour s’assurer que les retombées du tourisme de croisière profitent au Yukon.

Plus d’Américains

Les Américains, eux, n’ont pas boudé le Yukon. Selon les données de Statistique Canada, plus de 48 200 automobilistes américains ont traversé la frontière à Fraser en 2025, un record en près de 10 ans et une augmentation d’un peu plus de 10 % par rapport à l’année précédente.

Tous transports confondus à Fraser, c’est 12 %, dit Eduardo Lafforgue, directeur du tourisme au gouvernement du Yukon. Le chemin de fer panoramique qui relie Skagway à Carcross et des autocars transportent aussi des milliers de croisiéristes au-delà de la frontière.

Nous avons une monnaie et un produit touristique très compétitifs, rappelle-t-il.

Un train passe entre des montagnes.

Chaque été, le White Pass & Yukon Route transporte des centaines de milliers de passagers, dont une partie jusqu’à Carcross. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Philippe Morin

La communauté de Carcross en profite.

On a eu notre saison la plus chargée depuis 2019 l’an dernier, se réjouit Bonnie O'Connor, copropriétaire du magasin général Matthew Watson, à Carcross, ouvert de mai à septembre.

Elle en a été surprise, ne tenant rien pour acquis avec le climat politique actuel.

Une femme sourit, les bras croisés, en regardant la caméra.

Bonnie O'Connor, copropriétaire du magasin général Matthew Watson à Carcross. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Cheryl Kawaja

La fondatrice du Caribou Crossing Coffee, Heike Graf, a aussi constaté une hausse du nombre de clients.

Ouvert tous les jours en haute saison et trois jours par semaine durant l'intersaison, son café, qui est dans sa 15ᵉ année, bénéficie également d’une clientèle fidèle de la région, affirme-t-elle. Même avec moins de Canadiens à Skagway, Carcross reste fréquenté. Au café, cela ne nous a pas affectés, dit-elle..

Heike Graf se soucie toutefois des commerçants de Skagway. Cela me rend très triste, car ce sont nos voisins, nos amis. On ne veut pas les voir souffrir.

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