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Le sol de la Scandinavie remonte de près d’un centimètre par an depuis la fin de la dernière glaciation

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le sol sous nos pieds ne bouge pas, pense-t-on. En Scandinavie, cette certitude s’effondre chaque année d’environ un centimètre. Dans le fond du golfe de Botnie, entre la Suède et la Finlande, la croûte terrestre remonte encore aujourd’hui, onze millénaires après la disparition de l’énorme calotte de glace qui l’écrasait. L’océan monte, mais dans certaines parties du nord de la Suède et de la Finlande, la terre monte plus vite encore, avec un maximum proche d’un centimètre par an autour du golfe de Botnie. Pas une image, pas une approximation : un mouvement mesuré, cartographié, daté au millimètre.

À retenir

  • Un continent entier bouge sous nos pieds, mais à une vitesse imperceptible
  • Des villes entières ont dû être déplacées à cause d’un mouvement géologique invisible
  • Pendant ce temps, d’autres régions d’Europe s’enfoncent progressivement sous l’océan

Sommaire

  1. Une calotte de 3 000 mètres qui a comprimé la roche
  2. Des ports médiévaux à sec, des îles qui apparaissent
  3. Le GPS qui traque le millimètre
  4. Quand le nord monte, le sud s’enfonce

Une calotte de 3 000 mètres qui a comprimé la roche

Il faut remonter au dernier maximum glaciaire pour comprendre l’ampleur du phénomène. Il y a environ 20 000 ans, durant le dernier maximum glaciaire, la mer Baltique se trouvait sous une couche de glace atteignant 3 000 mètres d’épaisseur, un poids qui a enfoncé le sol de plus de 500 mètres. Trois kilomètres de glace, c’est à peu près la hauteur de plusieurs fois la tour Eiffel empilées, posée en permanence sur un territoire grand comme plusieurs pays européens réunis. La croûte terrestre, sous cette masse colossale, s’est comportée comme un matelas qu’on presse au centre : elle s’est enfoncée dans le manteau visqueux qui la porte, l’asthénosphère.

Puis la glace a fondu, brutalement à l’échelle géologique. La déglaciation s’est jouée en quelques millénaires, et le sol, libéré de son fardeau, a commencé à remonter. Ce rééquilibrage n’est toujours pas terminé. Au centre de la Scandinavie, le relèvement déjà effectué est estimé à 800 mètres, et il reste encore environ 200 mètres de surrection à venir pour que l’équilibre soit atteint. quatre cinquièmes du chemin sont parcourus, un cinquième reste à faire, sur plusieurs milliers d’années. Le point culminant du phénomène se situe le long de la Haute Côte suédoise, où depuis le retrait final des glaces il y a 9 600 ans, le relèvement atteint environ 285 mètres, le rebond isostatique postglaciaire le plus important jamais observé.

Des ports médiévaux à sec, des îles qui apparaissent

Ce mouvement invisible à l’œil nu a des conséquences très concrètes, que les Suédois ont dû affronter dès le XVIIe siècle. Gammelstad, près de l’actuelle Luleå, en offre l’exemple le plus frappant : c’était le port principal du Norrbotten au Moyen Âge, jusqu’à ce que le soulèvement progressif des terres rende son port impraticable, obligeant la ville à être déplacée plus près de la côte en 1649. Le village-église d’origine, resté sur place, est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à dix kilomètres à l’intérieur des terres. Un port marchand devenu simple curiosité historique, séparé de la mer par une décision géologique plutôt qu’humaine.

Plus impressionnant encore : un campement de l’âge de pierre qui se trouvait autrefois au bord de l’eau se situe désormais à 200 kilomètres de la mer Baltique. Le rivage a littéralement fui vers le large au fil des siècles, laissant d’anciens fonds marins devenir pâturages. Ce processus continue de façonner la géographie en temps réel. Dans l’archipel de Kvarken, entre la Finlande et la Suède, environ 700 hectares de terre nouvelle émergent chaque année de la mer le long de la côte du golfe de Botnie, un phénomène particulièrement visible dans cet archipel finlandais. De nouvelles îles naissent, d’autres fusionnent avec la côte, et les frontières maritimes entre pays riverains doivent être régulièrement redéfinies pour suivre ce recul de la mer.

Le GPS qui traque le millimètre

Comment mesure-t-on un mouvement aussi lent ? Par géodésie de précision. Un réseau de stations GPS permanentes, complété par des relevés de gravimétrie absolue et par les marégraphes qui enregistrent le niveau de la mer depuis des décennies, permet de suivre le soulèvement quasiment en direct. Le nivellement de précision, les marégraphes et les stations GPS continues fournissent tous des informations sur le soulèvement postglaciaire en cours en Fennoscandie, avec une fiabilité généralement meilleure que 0,4 mm par an. Ces mesures convergent : les taux de soulèvement maximaux en Fennoscandie se situent dans la baie de Botnie, où les valeurs actuelles atteignent de l’ordre de 10 mm par an. Une lenteur remarquable, mais parfaitement quantifiable, qui confirme aussi que le rythme ralentit avec le temps : la moyenne était plus rapide il y a quelques millénaires qu’aujourd’hui.

Quand le nord monte, le sud s’enfonce

Ce qui rend l’histoire encore plus troublante, c’est son inverse. Le poids de la glace n’a pas seulement enfoncé son centre : il a fait gonfler la croûte tout autour, comme un matelas dont les bords se relèvent quand on presse le milieu. Aujourd’hui, ce bourrelet périphérique s’affaisse à son tour. En Grande-Bretagne, une étude de référence signée Sarah Bradley et ses collègues, publiée en 2009 dans le Geophysical Journal International, a mesuré ce mouvement grâce à un réseau de seize stations GPS : le soulèvement le plus marqué se situait en Écosse orientale, atteignant 1,07 millimètre par an à Édimbourg, tandis que la majeure partie de l’Angleterre s’enfonçait, avec un taux maximal de 1,20 millimètre par an à Lowestoft. Ce même bourrelet affaissé se situe dans la mer du Nord entre la Norvège et la Grande-Bretagne, et se prolonge par le nord-ouest des Pays-Bas et le nord de l’Allemagne. La Grande-Bretagne bascule littéralement comme une planche posée sur un point d’appui, l’Écosse qui remonte faisant plonger un peu plus l’Angleterre du sud, déjà exposée aux inondations côtières.

Ce basculement européen, du golfe de Botnie jusqu’aux Fens anglais, rappelle une chose simple : la glace disparue il y a dix millénaires écrit encore, chaque année, un nouveau centimètre de géographie. Les cartes maritimes du golfe de Botnie devront être redessinées plusieurs fois d’ici la fin du siècle, pendant que certaines côtes de la mer du Nord grignotent, elles, un peu de terrain sur la mer qui monte.

Sources : planet-terre.ens-lyon.fr | je-prepare-mon-voyage.fr

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