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En l’expropriant pour un barrage qui ne l’a jamais noyé, l’État a littéralement laissé un château fort du XVe siècle sans défense face à ceux qui rôdaient autour

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Un château fort du XVe siècle, exproprié pour un lac qui ne l’a finalement jamais recouvert, laissé plusieurs années sans le moindre gardien. Résultat : des cambrioleurs vident les salles pendant que l’État regarde ailleurs. C’est l’histoire, aussi absurde que réelle, du château de Val, à Lanobre, dans le Cantal.

Tout commence avec un chantier titanesque : le barrage de Bort-les-Orgues, sur la Dordogne, dont la mise en eau s’étale sur un lac artificiel créé entre 1942 et 1952 grâce à la construction du barrage de Bort-les-Orgues sur le haut cours de la Dordogne. Pour noyer la vallée, il faut d’abord vider les villages qui s’y trouvent. Le château de Val, perché sur son promontoire depuis le XVe siècle, se retrouve sur la liste des biens à sacrifier.

À retenir

  • Le château de Val a été exproprié en 1946 pour laisser place au lac du barrage de Bort-les-Orgues qui ne l’a finalement jamais submergé.
  • Laissé sans gardien après l’expropriation, le château a été entièrement pillé par des cambrioleurs entre 1946 et 1951.
  • EDF l’a revendu pour un franc symbolique à la ville de Bort-les-Orgues en 1953, permettant sa restauration progressive et sa transformation en site touristique.

Sommaire

  1. Une expropriation pour rien, ou presque
  2. Le pillage, conséquence directe de l’abandon
  3. Un franc symbolique pour sauver l’édifice
  4. De la ruine oubliée au site touristique

Une expropriation pour rien, ou presque

En 1946, la famille d’Arcy est expropriée en vue de l’inondation de la vallée pour le barrage de Bort-les-Orgues. Les propriétaires quittent les lieux la mort dans l’âme, persuadés que leur demeure va disparaître sous les eaux. Les derniers propriétaires étant partis avec tout le mobilier lors de leur expropriation par EDF, ils laissent derrière eux des salles vides, dépouillées de tout ce qui faisait leur vie quotidienne depuis des générations.

La suite tient de l’ironie administrative. Finalement, la hauteur de l’engloutissement est revue à la baisse et le château ne sera pas englouti. Selon un témoignage recueilli par les archives départementales du Cantal, la cote du barrage avait même été révisée de vingt mètres à cause de la mauvaise qualité de la roche sur la rive droite. Le château, qui aurait dû reposer sous plusieurs mètres d’eau, se retrouve simplement au bord du lac, sur ce qui devient une presqu’île.

Un château sauvé. Mais déjà vidé.

Le pillage, conséquence directe de l’abandon

Propriété d’EDF depuis l’expropriation, le bâtiment n’intéresse alors personne. Aucun gardien, aucune surveillance, alors que la bâtisse reste accessible à qui veut y entrer. Laissé sans surveillance, il est pillé par des cambrioleurs en 1949. Ce qui avait échappé à la crue artificielle du barrage tombe entre les mains de voleurs profitant du vide juridique et matériel laissé par l’expropriation.

Il faut attendre deux ans pour qu’une réaction s’organise. Avant que le syndicat d’initiative de Bort-les-Orgues n’y installe un gardien en 1951, le château fort du XVe siècle est resté à la merci de quiconque souhaitait y pénétrer. Une comtesse d’Arcy reviendra bien plus tard sur les lieux, confiant selon un témoignage recueilli par les archives départementales du Cantal, avoir elle-même découpé le cuir de Cordoue qui tapissait le salon, faute d’avoir pu l’emporter intact.

Un franc symbolique pour sauver l’édifice

La sauvegarde du château tient finalement à l’obstination d’un seul homme. Devant l’insistance du président du syndicat d’initiative, Maurice Georges, EDF revend en 1953 le château pour un franc symbolique à la ville de Bort-les-Orgues, bien qu’il se situe sur la rive auvergnate du lac. Un montant dérisoire, à peine deux centimes d’euros actuels, pour un monument déjà classé depuis 1946.

La transaction crée une situation administrative pour le moins singulière. Le château est bâti à Lanobre, dans le Cantal, mais appartient depuis 1953 à une commune corrézienne. La commune de Val, sollicitée en premier lieu, avait refusé la charge, faute d’anticiper le potentiel touristique du site, quand celle de Bort-les-Orgues a fini par accepter, sur l’insistance de son syndicat d’initiative. Le château appartient à la ville de Bort-les-Orgues, en Corrèze, depuis sa revente par EDF en 1953, une bizarrerie administrative qui perdure encore aujourd’hui, plus de soixante-dix ans après.

EDF ne s’arrête pas à la cession du bâtiment. Pour permettre l’accès au château lorsque le niveau du lac monte, l’entreprise consentit à la construction d’une jetée permettant l’accès au château. Un geste qui transforme durablement le rapport entre l’édifice médiéval et le plan d’eau artificiel qui l’entoure désormais.

De la ruine oubliée au site touristique

Le syndicat d’initiative, puis la municipalité, entreprennent une restauration progressive des toitures, de la maçonnerie et du grand escalier. Le château accueille depuis les années 1950 des expositions d’art contemporain, avec des artistes comme Bernard Buffet ou Eugène Baboulène qui y ont exposé leurs œuvres. Sa silhouette, reflétée dans les eaux du lac, a également servi de décor de cinéma, notamment pour Le Capitan en 1960.

Le lac artificiel qui borde aujourd’hui l’édifice s’étend sur une surface d’eau de 1 100 hectares et une longueur de 18 km, faisant du site l’un des plus vastes plans d’eau créés par un barrage en France. Le château, lui, se visite désormais chaque année entre février et novembre, moyennant un tarif d’entrée modeste pour un monument classé.

Reste une question que peu de visiteurs se posent en admirant les tours coniques se refléter dans l’eau : combien d’autres bâtiments, jugés condamnés par des projets industriels, ont été abandonnés à leur sort avant même que le premier coup de pelle ne soit donné ? Le château de Val n’a pas coulé sous les flots. Il a simplement failli disparaître autrement, vidé par ceux qui savaient qu’aucune administration ne viendrait vérifier si les portes étaient bien fermées.

Sources : francearchives.gouv.fr | photosdesebastiencolpin.fr

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