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L'iconique Cabaret de la dernière chance de Rouyn-Noranda a servi ses derniers clients samedi soir, sur la 8e rue.
La fin du Cabaret avait été annoncée dans les jours précédents par les propriétaires, à court d’options.
La large porte de bois, grande ouverte, se voulait une invitation pour plusieurs nostalgiques après des années de soirées souvent mémorables.
En début de soirée, les clients se sont faits discrets. Près du bar, un couple s'est attablé et discute tranquillement. Ce sont des habitués de longue date.

Deux clients venus prendre un verre, pour la dernière soirée au Cabaret de la dernière chance
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
C’est un monument historique et artistique du milieu de la scène de Rouyn-Noranda. Là, sur les murs, il y a eu des expositions d’œuvres d’art et tellement d’artistes qui sont passés, se souvient l'homme, avant que la femme à ses côtés n’ajoute on y a tous vécu notre histoire.
Plus tard, au bar, un homme passe sa commande pour porter un toast aux souvenirs.

Deux verres posés sur le comptoir à la santé du Cabaret
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
Un shooter, parce que c’est un moment le fun et triste. Triste parce qu’on perd un monument, mais le fun parce que… parce que c’est le Cabaret! Je ne peux pas m'empêcher de faire un p’tit shot. On a tous vécu une histoire ici, raconte-t-il avant d’enfiler son verre.

Cinq jeunes femmes célèbrent le mariage à venir d'une amie au Cabaret de la dernière chance
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
Par petits groupes, des amis qui s’étaient donné rendez-vous sont arrivés, puis une femme affublée d’une écharpe avec l'inscription « future mariée » est entrée en trombe. Son cortège, venu de Val-d’Or, effectuait une tournée des bars en règle et le Cabaret figurait sur l’itinéraire.
Quelques mètres plus loin, un trio de complices discutaient de manière animée.
On est en train de se remémorer quand on a commencé à venir et qu’on n'avait pas l'âge de rentrer, une première déclaration qui déclenche les rires de part et d’autre de la table. Christine Allen poursuit : Il y a eu une époque où je venais rejoindre ma mère qui venait manger ici. J’ai aussi travaillé ici, en 2005. C’est aussi ici que j’ai rencontré le père de mes enfants, enchaîne-t-elle, coupée par un moi aussi, lancé par une amie, qui a également trouvé entre ses murs l’homme qui partage encore sa vie aujourd’hui.

Trois amies venues se rappeler des souvenirs et des moments inoubliables, grandioses ou tout simples, pour la dernière soirée du Cabaret de la dernière chance
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
L’enseigne emblématique subtilisée
Avant même la fermeture officielle, l’enseigne de bois, qui était suspendue au-dessus de la porte d’entrée avec l’inscription Le Cabaret de la dernière chance a été subtilisée dans la nuit de vendredi à samedi.
Les chaînes qui retenaient l’enseigne ballottaient au vent, tout comme la mystérieuse lettre laissée en place par les signataires autoproclamés Vos antihéros attachants.

La lettre explicative qui a été apposée à la place de l'enseigne de bois du Cabaret
Photo : Capture Facebook
Dans leur message, ils expliquent avoir posé un geste poétique dans une perspective de préservation du patrimoine et précisent que l’objet pourra être restitué si le Cabaret venait à reprendre du service.
On espère qu’il pourra renaître de ses cendres. C’est un souhait partagé par beaucoup de monde, mais personne n’a les moyens, et on ne se cachera pas que le bâtiment est magané. Néanmoins, c’est un lieu phare, qui a connu les premiers spectacles des Zybrides, plusieurs artistes, c’est lié à notre identité de Rouyn-Norandiens. Un lieu mythique connu bien au-delà de nos frontières, a insisté Rosalie Chartier-Lacombe.

Les Zybrides lors de la pose de l'affiche du Cabaret de la dernière chance.
Photo : Facebook/Les Zybrides 4.0
La direction générale du Petit théâtre de Rouyn-Noranda nage, elle aussi, en plein mystère quant aux auteurs du vol de l’enseigne.
Je n’ai aucune idée, j’ai tenté de joindre plein de gens, ce n'était pas eux, ajoute Rosalie Chartier-Lacombe, néanmoins curieuse.

La devanture du Cabaret de la dernière chance sans son enseigne de bois qui a été dérobée et revendiquée par un groupe nommé «Vos antihéros attachants»
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
L’immeuble au revêtement de briques de style boomtown n’a pas toujours été un lieu de spectacles et de diffusion culturelle. En 1934, le bâtiment était connu sous le nom de Princess Hotel. Plus tard, l’endroit a servi de lieu de finance et même de magasins de vélo.
C’est en 1982 que Le Cabaret de la dernière chance a connu sa flamboyante vocation de repère culturel. Un 15 décembre, dix fondateurs (Marcel-Yves Bégin, Carole Dallaire, Gérard Houle, Guy Dallaire, Barbara Poirier, Alice Pomerleau, Rachel Lortie, Lise Pichette, Francine Labrie et Nicole Perron) sont devenus les investisseurs de la première heure de ce projet.
Pendant plus de 40 ans, Le Cabaret de la dernière chance a permis de voir émerger différentes manifestations artistiques, en premier lieu le théâtre avec la troupe Les Zybrides.

Le Cabaret de la dernière chance est connu pour ses boiseries et son décor où se cachent de petits détails comme celui-ci, qui rappelle que l'endroit accueillait des musiciens.
Photo : Radio-Canada / Lise Millette


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