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Le Québec a mis fin à ses anciens programmes d’accès à la résidence permanente pour centraliser toutes les demandes dans le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Ce changement sans préavis ni clause de droits acquis est dénoncé tant par des personnes immigrantes que par des maires, des partis d’opposition à l’Assemblée nationale, des chambres de commerce et des syndicats.
Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) estime que le changement était nécessaire, car il lui permet de régionaliser l’immigration tout en lui offrant une marge de manœuvre pour répondre aux besoins du marché.
Mais pour plusieurs personnes immigrantes déjà installées au Québec, le nouveau modèle a un effet de bombe, surtout pour les personnes qui avaient l'attente de pouvoir déposer une demande sous le Programme de l'expérience québécoise [PEQ], explique le coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration, Yves Martineau, qui parle d’un bris de contrat.

Plusieurs personnes immigrantes qui ont répondu à des missions de recrutement du Québec affirment avoir choisi la province en raison de la prévisibilité offerte par le Programme de l'expérience québécoise. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Le PEQ, décrit comme un modèle premier arrivé, premier servi par le ministre, offrait une voie prévisible à la résidence permanente pour les personnes francisées qui travaillaient au Québec depuis deux ans. Plusieurs personnes immigrantes ont choisi le Québec en raison de l’existence de ce programme.
Comprendre la résidence permanente
Une personne qui souhaite obtenir sa résidence permanente au Québec doit obligatoirement obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ). Le PSTQ permet de délivrer un CSQ, mais pas la résidence permanente. C'est le Canada qui accorde la résidence permanente, selon les seuils établis par le Québec.
Le MIFI veut voir 45 000 personnes obtenir la résidence permanente par année d’ici 2029. Plus de 142 000 personnes détiennent un CSQ et sont toujours en attente de la résidence permanente, selon un bilan datant du mois d’août 2025.

Le PSTQ permet d'obtenir un Certificat de sélection du Québec, document nécessaire pour demander la résidence permanente à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Robert Short
L’immigration se divise essentiellement en deux catégories : économique et humanitaire. Les immigrants issus du premier groupe sont ceux qui viennent au Canada pour travailler ou pour étudier, tandis que les autres sont ceux qui, par exemple, demandent de s’installer au Canada, car leur vie est en danger dans leur pays.
À cela s'ajoutent les réunifications familiales : les personnes qui obtiennent la résidence permanente, car elles rejoignent une personne déjà installée au pays.
Le PSTQ touche uniquement l’immigration économique. L’immigration humanitaire est essentiellement du ressort du gouvernement fédéral.
À savoir
Une personne immigrante doit avoir eu son statut de résident permanent pendant 730 jours avant de pouvoir demander la citoyenneté canadienne.
Ce qui a changé dans les programmes
Avant l’automne 2024, les personnes à l'extérieur du pays souhaitant devenir résident permanent devaient passer par le Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ). Les personnes déjà au Québec pouvaient aussi poser leur candidature ou passer par le PEQ, qui se divisait en deux volets.
Le volet diplômés exigeait un diplôme québécois et un an d'expérience de travail après l'obtention dudit diplôme. Le volet travailleurs exigeait deux ans d'expérience de travail au Québec. Les deux volets nécessitaient également une connaissance du français.
En plus du PRTQ et du PEQ, trois programmes pilotes favorisaient l'accès à la résidence permanente pour des personnes employées dans le domaine agroalimentaire, des emplois en information et technologie et pour les préposés aux bénéficiaires. Ceux-ci ont atteint leur quota dans les mois précédant leur date butoir le 31 décembre 2025.
À partir de l’automne 2024, le gouvernement du Québec a fermé l'accès à tous les programmes et a redirigé toutes les personnes immigrantes vers le PSTQ, qui a été lancé au début du mois de juillet 2025. Les dossiers déposés dans les anciens programmes avant leur fermeture continuent à être traités.
Ce changement dans les programmes d’immigration est unique dans l’histoire [au Québec], estime Me Martineau.
La raison pour laquelle il y a tellement, tellement de personnes qui pleurent de chaudes larmes est parce que c'est une chose de couper l'immigration pour les personnes qui ont l'intention de venir au Québec, c’est une autre chose de la couper pour les personnes qui sont intégrées au Québec, qui ont étudié, qui ont travaillé, qui ont appris le français, ou qui le parlent déjà. C’est ça la grosse différence.
Maintenant… le PSTQ
Les personnes voulant obtenir leur résidence permanente doivent signifier leur intérêt en déposant leur candidature via le portail Arrima du gouvernement du Québec.
Les candidats postulent dans un des quatre volets du PSTQ, selon leur type d’emploi, et accumulent des points dans diverses catégories, dont l'âge, les diplômes, le niveau de français, l'expérience de travail et la région de résidence au Québec. Ensuite, les candidats attendent une invitation du Québec pour déposer leur dossier.

Le ministre Jean-François Roberge a présenté le 30 janvier de nouveaux détails du Programme de sélection des travailleurs qualifiés. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Le MIFI filtre les candidats selon des critères de base, comme leur lieu de résidence au Québec, leur connaissance du français et la durée de leur expérience de travail.
Ensuite, le MIFI cible les candidats ayant un profil déterminé par le ministre, par exemple, un type d’emploi. Les candidats respectant les critères pour chaque profil recherché avec le plus fort pointage sont invités en premier.
Le ministre Jean-François Roberge affirme qu’il priorisera certains secteurs d’activité, tels que la santé, l’éducation, la petite enfance, la construction et le génie, tout en privilégiant les candidats à l'extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal.
Je travaille pour que ces personnes, qui parlent français, qui résident sur le territoire du Québec, puissent rester.
Le nouveau programme se défend du point de vue de la société québécoise qui souhaite contrôler au maximum son immigration en temps réel, estime Me Yves Martineau, mais du point de vue du candidat à l'immigration [...] pour la personne qui a l'espoir, le désir ou le projet d'immigrer de façon permanente, c'est extrêmement incertain.
C'est extrêmement, extrêmement discrétionnaire et ça pose une énorme incertitude. Il y a une très faible prévisibilité, explique-t-il.

Me Yves Martineau est coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Yves Martineau
Dans les six premiers mois suivant la création du PSTQ, 2908 invitations ont été envoyées. Au cours de la dernière semaine de janvier, le MIFI a invité 2500 personnes additionnelles. Jean-François Roberge promet d’envoyer 29 000 invitations par année d’ici 2029 et compte les poursuivre à un rythme comparable à janvier, chaque mois, pour le reste de l’année 2026.
En date du 20 janvier 2026, soit avant la dernière ronde d'invitations, 16 294 personnes déclaraient répondre aux critères de base, indique le MIFI.
Permis de travail
Une personne immigrante doit avoir un permis lui permettant de travailler pour occuper un emploi au Canada. Certains pays ont des ententes qui permettent à leurs citoyens de visiter et travailler ici pour quelques mois ou années en vertu du Permis Vacances-Travail (PVT).
Des personnes recrutées à l’étranger peuvent obtenir un permis fermé qui les lie à un employeur dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

Plusieurs postes spécialisés dans le domaine manufacturier sont occupés par des travailleurs étrangers temporaires. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marika Wheeler
À l'automne 2024, le gouvernement fédéral a abaissé de 20 % à 10 % la limite de travailleurs étrangers temporaires dits « à bas salaire » dans une entreprise, soit ceux gagnant moins de 34,62 $/h. La durée des permis a également été raccourcie, dans certains cas de trois ans à un an. Ce changement rend la prolongation du permis de travail plus difficile partout au Canada, explique Yves Martineau.
Pour les candidats, ils se sentent attaqués un peu des deux côtés parce qu'on les limite pour prolonger la période de travail et on les limite pour obtenir la résidence permanente.
Une personne ayant obtenu son CSQ ne compte plus dans les ratios des entreprises, précise-t-il.
Pour limiter les répercussions de la mesure fédérale sur les entreprises à l'extérieur de la grande région de Montréal, le Québec a réclamé, en juin 2025, soit plus de huit mois après le changement, une clause de droits acquis pour les travailleurs déjà au Québec. Malgré la demande de Québec, Ottawa garde le cap.


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