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L'annonce du gouvernement ontarien d'un projet d'oléoduc de 3300 km reliant Hardisty, en Alberta, à Sarnia, en Ontario, a été accueillie avec enthousiasme par plusieurs élus et acteurs économiques du Sud-Ouest ontarien. Présenté comme un moyen de réduire la dépendance envers les infrastructures américaines et de stimuler l'économie locale, le projet soulève toutefois des questions quant à sa viabilité économique et à son processus de consultation avec les Premières Nations.
Une grande partie du pétrole de l’Ontario provient déjà de l’Ouest canadien, mais est acheminée par des pipelines qui traversent les États-Unis, notamment la ligne 5 d'Enbridge. L’oléoduc Northern Shield proposé serait entièrement situé sur le territoire canadien.
À Sarnia, l'annonce est perçue comme une victoire attendue depuis longtemps. C'est une journée historique pour la communauté, affirme le maire Mike Bradley dans un courriel adressé à Radio-Canada. Il dit avoir fait pression auprès des gouvernements provincial et fédéral pour qu'un futur oléoduc aboutisse à Sarnia.
Même optimisme du côté du Sarnia-Lambton Economic Partnership. Nous y voyons une véritable occasion d'assurer la sécurité énergétique du Canada, la sécurité d'approvisionnement de Sarnia-Lambton et la résilience de la chaîne d'approvisionnement de l'Ontario, soutient son directeur général, Matthew Slotwinski.
Dans un communiqué de presse, la Chambre de commerce de Sarnia-Lambton estime elle aussi que le projet pourrait créer des occasions pour les entreprises locales, les manufacturiers, les entreprises de construction et les travailleurs de la région, tout en renforçant les chaînes d'approvisionnement canadiennes.
La députée fédérale Marilyn Gladu, qui a quitté le Parti conservateur du Canada pour rejoindre le Parti libéral, au pouvoir, en avril, partage cet enthousiasme.
C’est le genre de projet de développement national que nous attendons depuis longtemps ici, à Sarnia. Cela signifie des emplois, une sécurité pour les raffineries locales et une protection contre les menaces auxquelles la ligne 5 a été confrontée.

La députée fédérale Marilyn Gladu soutient que le nouvel oléoduc pourrait créer des milliers d'emplois dans les métiers spécialisés. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Les bénéfices annoncés remis en question
Normand Mousseau, professeur de physique à l'Université de Montréal et directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier, à Polytechnique Montréal, juge que les retombées économiques promises sont loin d'être démontrées. Il rappelle que les raffineries de Sarnia reçoivent déjà le pétrole canadien dont elles ont besoin grâce à la ligne 5.

Normand Mousseau estime que l'annonce relève avant tout d'un enjeu de sécurité énergétique face aux États-Unis plutôt que de développement économique. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Selon lui, transporter le pétrole par un nouvel oléoduc entièrement canadien coûterait beaucoup plus cher que le trajet actuel, et il estime peu probable que des investisseurs privés acceptent de financer un projet d'une telle ampleur.
Si on avait présenté le projet comme une façon de se préparer à un éventuel blocage de la ligne 5, ce serait défendable. Mais tel que présenté, comme un moteur économique pour Sarnia, je n'y crois pas.
Allan McKeown, membre du mouvement environnemental Climate Action Sarnia-Lambton, reconnaît qu'un oléoduc entièrement canadien pourrait améliorer la sécurité énergétique. Il estime cependant que le projet est annoncé beaucoup trop tôt.
Il n'y a pas d'investisseur privé. Il n'y a pas de véritable plan. On crée des attentes inutilement.
Les consultations avec les Premières Nations au cœur des préoccupations
Les partisans du projet interrogés reconnaissent que les consultations avec les communautés autochtones constitueront une étape incontournable.
La cheffe de la Première Nation Aamjiwnaang, Janelle Nahmabin, affirme néanmoins qu’aucune consultation n'a encore eu lieu avec la Première Nation Aamjiwnaang.

Janelle Nahmabin déclare que sa communauté souhaite participer de manière constructive au projet, mais que le dialogue aurait dû débuter plus tôt. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / CHRIS ENSING/CBC
La cheffe rappelle également que la communauté est toujours touchée par une crise liée au benzène depuis 2024, ainsi que par les conséquences d'un déversement provenant d'un pipeline voisin survenu dans la rivière Sainte-Claire en mars dernier. Nous devons déjà composer avec ces problèmes avant d'envisager d'ajouter quoi que ce soit d'autre, insiste-t-elle.
Le gouvernement du Manitoba n'a pas participé à l’entente entre l'Ontario, l'Alberta et la Saskatchewan, signée l'an dernier, car différents groupes autochtones n’y étaient pas intégrés.
Pour l'instant, le projet demeure au stade de l'étude de faisabilité, dont les résultats sont attendus d'ici la fin de 2026.


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