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Le prix Pascal, un premier prix de littérature par IA

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Le prix Pascal, premier concours littéraire français pour les œuvres coécrites avec l’intelligence artificielle (IA), vient de lancer sa première édition. Nommé en hommage à Blaise Pascal (1623-1662), à la fois mathématicien et auteur des éternelles Pensées, le prix veut surtout inviter à réfléchir, à critiquer et à débattre des usages de l’IA générative. Et voir si de nouvelles formes peuvent en émerger.

« Notre intention n’est pas de dire que l’IA, c’est génial et que ça va tout remplacer », explique d’emblée Albin Serviant, cofondateur du prix Pascal, en France.

« Notre intention, c’est vraiment de regarder pragmatiquement ce qui va sortir comme texte. Le prix, avant tout, prône la transparence. »

Suivant la pensée de Pascal, ce prix cherche à voir ce « que devient une œuvre quand celui qui veut et celui qui exécute ne sont plus le même ».

Le jury cherche non pas « ce que la machine sait déjà faire », mais plutôt à distinguer « ce qu’elle permet de faire pour la première fois », comme le précise le manifeste.

Lancé fin octobre, le prix a reçu une centaine de manuscrits en une seule semaine, précise Albin Serviant.

Les propositions viennent d’une douzaine de pays — Italie, Inde, Sénégal, Canada, Ukraine, Portugal, Kazakhstan, Russie, entre autres.

Ce prix Pascal sera-t-il lui-même victime de la rapidité de production de l’IA ? Risque-t-il d’y avoir trop de manuscrits candidats pour les capacités d’évaluation d’un jury humain ?

Albin Serviant opine : « Il est très possible qu’on dépasse les 200 à 300 contributions rapidement, et oui, on a déjà un enjeu logistique… »

Hasards et air du temps

L’idée mijotait depuis longtemps. « Ce n’est pas du tout opportuniste », poursuit M. Serviant, qui reconnaît que l’affaire C’était ça ou mourir offre un tremplin médiatique formidable.

Au printemps dernier, l’équipe du prix Pascal a approché le Goncourt. « On leur a tendu la main. » S’il y a un Goncourt des lycéens ou un Médicis de l’essai, pourquoi pas un Goncourt de l’IA ? L’Académie a refusé catégoriquement l’idée.

L’équipe du Pascal s’est tournée vers Hervé Le Tellier, lauréat du Goncourt 2020, pour lui proposer de présider son jury. La réponse a été tranchante. Dans sa lettre de refus, en juin, Hervé Le Tellier répliquait que « faire appel à l’IA pour trouver des idées, c’est déjà une défaite ».

« Rédiger un texte avec elle, c’est une reddition, enchaînait-il. Non par snobisme, mais parce que l’écriture n’est pas une addition de mots bien agencés : c’est la trace d’une conscience, d’une biographie, d’une douleur ou d’une jubilation singulières. Une IA n’a pas de biographie. Elle a des paramètres. »

À la fin août, le journal Les Échos a publié intégralement la lettre d’Hervé Le Tellier. « Un mois plus tard commençait l’affaire que vous connaissez bien », autour du roman C’était ça ou mourir, sourit M. Serviant.

Jury techno

Les manuscrits soumis sont tenus de faire environ 300 000 signes, soit de 100 à 120 pages. Le prompt — que le prix appelle « la graine » — doit aussi être déposé, et écrit sur 4000 caractères. Les candidats, renversement de la norme, doivent déclarer « sur l’honneur que l’œuvre a été produite avec assistance IA, qu’aucun texte humain préexistant n’a été inséré manuellement (sauf la graine) ».

« On veut comprendre comment les gens s’approprient l’outil pour écrire », ajoute M. Serviant. Le prix acceptera-t-il un fort travail de réécriture humaine sur le produit IA ? « Le jury sera souverain », et ses décisions en cette première édition forgeront les processus du prix.

« Ce qui va être très important pour nous, c’est la fiche technique », renchérit M. Serviant. Exigée avec tout manuscrit, elle doit recenser en deux pages les modèles utilisés, la méthode, l’architecture. « On veut créer du débat » et, pour ce faire, « savoir quel langage a été utilisé, et combien de tokens ».

Ce token (jeton) est l’unité de base de données que l’IA utilise pour lire, comprendre et générer du texte. Il représente « un coût en eau, en électricité, en impact sur le climat », que le jury prendra en considération.

Sous la présidence de Jacques Attali (Une brève histoire de l’avenir), le jury regroupe le directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique Alexandre Gefen, ainsi que Julie Jacob, avocate, spécialiste de la propriété intellectuelle et du droit du numérique, Loïc Hecht, journaliste des cultures numériques, et Etienne Grass, membre du Conseil de l’IA et du numérique français.

Un jury plus lourd en technologie qu’en littérature ? C’est que les littéraires sont moins enthousiastes à s’afficher au prix Pascal. Albin Serviant sent effectivement une réserve. « Et notre prix est une première édition en plus… Je comprends que ça prenne un petit peu plus de temps. »

Ce que devient l’écriture

Les fondateurs Philippe Rodriguez, Gilles Mentré et Albin Serviant espèrent, en cette ère IA, « construire une intelligence collective sur ce que devient l’écriture ».

Albin Serviant, de vive voix : « On s’interroge : est-ce que l’IA va nous aider à créer de nouveaux arcs narratifs, de nouveaux styles, de nouvelles histoires originales ? Est-ce qu’elle va permettre l’écriture à des gens qui ne la pratiquent pas par manque d’habitude, parce qu’ils sont peu allés à l’école, ou parce qu’ils croient que c’est réservé à un monde un petit peu à part », à un genre d’élite intellectuelle ?

« Est-ce qu’on va voir une nouvelle génération d’auteurs participer, prêts à prendre ce risque ? Est-ce que des auteurs connus vont candidater sous pseudonyme ? On n’est pas en train de dire que l’IA va remplacer la littérature. Mais on voit déjà des livres générés qui émeuvent, qui se vendent, qui intéressent. »

Le concours est ouvert jusqu’au 30 novembre. À suivre, donc.

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