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Le bruit des engins de chantier rythme le quotidien de la communauté scolaire d’Abram-Village. Le futur centre scolaire communautaire Évangéline prend forme jour après jour. Un symbole de résilience pour une région marquée par le passage de la tempête post-tropicale Fiona en 2022.
Bottes aux pieds et casque sur la tête, Ghislain Bernard, directeur général de la Commission scolaire de langue française (CSLF), observe l'effervescence du chantier du futur centre scolaire communautaire Évangéline. Entre le coulage des dalles de béton, le montage des murs et la pose des systèmes de géothermie, les ouvriers s'affairent dans un ballet continuel.
C’est vraiment le fun de voir que ça avance. On voit le concret qui commence à se présenter devant nous, lance Ghislain Bernard, le regard tourné vers les structures qui sortent de terre.
L'école Évangéline actuelle, construite dans les années 1960, montre des signes de fatigue. Un simple projet de rénovation et d'agrandissement était à l'étude lorsqu'en septembre 2022, la tempête post-tropicale Fiona a déferlé sur la région.
Les dégâts ont été catastrophiques. Une partie du toit s'est envolée, le gymnase a été endommagé, de même que la centrale technique qui alimentait le bâtiment en électricité et en chauffage, se remémore Dominique Morency, la directrice de l'école.
Dans les semaines suivant la tempête, les élèves de l’établissement scolaire ainsi que tout le personnel ont été relocalisés d'urgence dans l'aréna local.
Dominique Morency garde des souvenirs encore vifs de cette période : On était en mode action et survie, pour que les élèves se sentent bien.

La moitié de la bâtisse de l'actuelle école Évangéline est condamnée (à gauche). En face, les travaux de la nouvelle école avancent bon train.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
De la tempête au grand chantier
Cassidy Arsenault, enseignante qui a vécu le passage de Fiona dès sa première année en poste, se souvient également d’un temps non imaginable.
Ma classe n’avait plus de toit, c’était vraiment chaotique, il ne restait plus grand chose, raconte-t-elle.
Les élèves ont pu réintégrer les locaux réaménagés de l’école au début de l'année 2023. Mais la moitié de la bâtisse est restée condamnée : une quinzaine de classes, les locaux de la CSLF, la salle étudiante et la salle de musique sont restés inaccessibles.

Cassidy Arsenault a fait toute sa scolarité à l'école Évangéline avant d'y devenir enseignante.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Pour Cassidy Arsenault et ses élèves, l'espace est devenu la ressource la plus rare. On est vraiment coincés, résume-t-elle.
On fonctionne bien, mais en petit format, renchérit Dominique Morency, pour qui le quotidien est devenu un véritable casse-tête logistique.
Les élèves de la 2e à la 12e année doivent aujourd'hui cohabiter dans une seule aile autrefois réservée au secondaire. À l’extérieur, deux roulottes font désormais office de salles de musique, tandis que la bibliothèque publique a dû resserrer ses rayons dans un espace réduit.
Face à l'ampleur des dégâts, la décision s'est imposée : construire un établissement entièrement neuf.
Le coût du projet s'élève à 69 millions $, incluant une subvention fédérale de 12,9 millions $. Le futur bâtiment fera 119 000 pieds carrés, contre 92 000 pour l'ancienne école. Carboneutre, l’édifice répondra aux exigences écologiques actuelles, intégrant géothermie, ventilation haute efficacité et panneaux solaires.
Des espaces clairement définis
L'extérieur rendra un hommage à l'identité et à la culture acadiennes. La façade blanche arborera des touches de bleu, de rouge et de jaune, rappels subtils du drapeau acadien.
Pour Raymonde Arsenault-MacKenzie, qui supervise le chantier pour le ministère provincial des Transports et des Infrastructures, ce projet revêt une dimension personnelle.

La responsable de la conception et de la construction des bâtiments pour le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard, Raymonde Arsenault-MacKenzie, explique le plan du futur centre scolaire communautaire.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Ancienne élève ayant fait toute sa scolarité à Évangéline, elle entretient un lien intime avec cet établissement qui a façonné sa vie et celle de plusieurs générations de sa famille.
Son grand-père fut l'un des fondateurs de la CSLF, son oncle en a été le directeur général, et sa tante a occupé le poste de directrice de l’école Évangéline.
C’est un projet formidable, proche de nos cœurs. Ça fait longtemps que l’école a besoin d’un peu de travail. Ce sera un phare pour la communauté.
L'une des forces du projet réside dans son organisation spatiale. Contrairement à l'ancienne école où les organismes s'étaient greffés au fil des décennies, la nouvelle structure est pensée d'origine comme un véritable centre scolaire communautaire.
Le bâtiment regroupera sous un même toit :
- L'école, dimensionnée pour 225 élèves ;
- Le centre de la petite enfance, dimensionné pour 56 enfants ;
- Les bureaux administratifs de la CSLF ;
- La bibliothèque publique.
Ça va être un centre de première classe, beaucoup plus axé sur la communauté au lieu d’être uniquement une école. C'est quelque chose que la région Évangéline n'avait pas, insiste Ghislain Bernard.

Les équipes provinciales du ministère des Infrastructures et l'équipe de la CSLF visitent le chantier de l'école Évangéline.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Centre d'excellence culturel unique
Dominique Morency estime de son côté qu'il s'agit d'une liberté retrouvée en termes d'espace et de fonctionnement. Les ailes seront plus modernes et mieux pensées, dit-elle.
Si le nouvel établissement a été conçu pour accueillir 225 élèves, les inscriptions ont toutefois tranquillement diminué depuis 10 ans, pour s'établir aujourd'hui à 179 élèves, reconnaît Dominique Morency.
Loin d'être perçue comme un surdimensionnement, cette capacité d'accueil renouvelée est vue comme un levier stratégique par la CSLF.
La communauté a vu une certaine diminution au fil des dernières années, mais on espère qu’avec la nouvelle école, on sera capable de renverser cette tendance-là.
Le centre scolaire communautaire abritera par ailleurs un tout nouveau centre d'excellence culturel, incluant une salle de spectacle boîte noire, des salles de pratique, et peut-être un studio d’enregistrement.
Pensé pour soutenir la forte tradition culturelle de la région Évangéline, cet espace ne fera pas concurrence aux acteurs de la scène culturelle locale, mais proposera des modules d'exploration et de formation : théâtre, improvisation, musique, éclairage, son.

À cet endroit se tiendra le futur centre d'excellence culturel, incluant une salle de spectacle, des salles de pratique, et peut-être un studio d’enregistrement.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cap sur septembre 2028
Géré par l'école durant la journée scolaire, le centre d'excellence ouvrira ses portes à la communauté le soir venu.
C'est un nouveau concept pour que la communauté puisse pleinement partager ses connaissances culturelles avec la jeunesse.
Ce qui est vraiment spécial à propos de cette école, [c'est] qu'il y aura toutes sortes d'opportunités pour des projets culturels, abonde dans le même sens Raymonde Arsenault-MacKenzie.

Le chantier de l'école Évangéline bat son plein en ce moment. Les ouvriers s'activent avant l'arrivée de l'hiver.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
En attendant, la curiosité monte chaque jour d'un cran dans les salles de classe.
Vu qu'on voit l'école à l'arrière, souvent les élèves sont en train de regarder par les fenêtres pour voir ce qui se passe, confirme Cassidy Arsenault, régulièrement assaillie par la même question : C'est quand qu'on va avoir la nouvelle école ?
Mireille Bernard, en 9e année, fait partie de ces élèves dont le regard s’échappe vers l’extérieur. C’est cool de regarder le processus. À tous les jours tu viens, puis tu vois un nouveau bout de la nouvelle école, sourit-elle.

« J'ai hâte à la nouvelle école, elle sera plus moderne, puis il y aura plus de place », partage Mireille Bernard, en 9e année à l'école Évangéline.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cet enthousiasme se fait également sentir au niveau de la communauté, rapporte Dominique Morency. C'est excitant parce que tu vois ça monter, c'est toujours différent d'une semaine à l'autre. Les gens questionnent : "Qu'est-ce qui va être où ?", dit-elle.
Selon le calendrier actuel, la livraison de la nouvelle bâtisse est attendue pour l'automne 2028. Une fois le déménagement complété, l'ancienne structure de 1960 sera démolie pour faire place aux nouveaux stationnements.


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