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Le Musée national de l’histoire du Québec sera désormais connu sous le nom simplifié de NAT. Cette contraction du mot nation vise notamment à rejoindre les nouvelles générations, comme l’a expliqué son directeur général, Maxime Pedneaud-Jobin, mardi.
En plus de sa signature visuelle, le musée d’État a dévoilé les grandes lignes de sa programmation inaugurale. À commencer par l’exposition Il était dix fois, des chapitres marquants du Québec. Cette dernière a l’ambition d’éclairer l’évolution du peuple québécois en dix tableaux. La question de l’identité sera également abordée sous l’angle sportif dans Sacré hockey ! Histoire d’un sport national.
« J’aime beaucoup répéter le fait qu’en 1997, le seul endroit en Amérique du Nord où le film Titanic n’était pas premier au palmarès, c’était au Québec parce que c’était l’été des Boys », a souligné Maxime Pedneaud-Jobin.
Le NAT devait être le musée « le plus numérique » au monde, pour reprendre la formule utilisée par le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe. Cette dématérialisation sera particulièrement présente dans Ça prend tout un village !, un parcours interactif destiné aux jeunes, dont le nom évoque le proverbe africain popularisé par Boucar Diouf.
Comme prévu, la chanson québécoise aura droit à son espace dans Une chance qu’on chante réalisé en coproduction avec la Maison de la chanson et de la musique du Québec.
« La beauté de ce musée, c’est de présenter une histoire très dynamique, j’oserais presque dire déconstipée du Québec », a illustré Jean-François Simard, le ministre de l’Emploi du gouvernement Fréchette.
Dialogue
Les visiteurs du NAT auront l’occasion de donner leurs avis sur les paramètres complexes du peuple québécois dans le laboratoire vivant intitulé Faire nation. Ils auront au préalable été exposés à Gens du pays, un répertoire interactif célébrant une centaine de figures marquantes du Québec, dont les visages seront affichés dans le hall du musée.
La programmation dévoilée mardi comprend un volet numérique qui doit permettre au NAT de rayonner au-delà de l’épaisse muraille de pierres de l’ancien Séminaire de Québec.
« Les musées sont aujourd’hui des médias de masse », a rappelé Maxime Pedneaud-Jobin. « On va avoir des productions originales, qui ne seront pas des prolongements des expositions. »
Le directeur du NAT a évoqué un magazine en ligne, des infolettres et même des « espaces éditoriaux » où le public pourra débattre. Une collaboration a été établie avec Savoir média pour la réalisation du balado Rêver le Québec et de la série vidéo Pas comme les autres. Cette dernière donnera la parole à des spécialistes qui devront vulgariser les éléments distinctifs du Québec moderne.
Par ailleurs, Maxime Pedneaud-Jobin est allé au-devant des questions en soulignant les pièges du récit national : « Comment inclure tout le monde sans verser dans l’anecdote, comment parler avec enthousiasme de notre grande aventure sans en occulter les zones d’ombre ? » a-t-il demandé en point de presse.
Chantier
L’ouverture de l’institution juchée au sommet des falaises du Cap-aux-Diamants avait d’abord été annoncée pour le printemps 2026. Elle est désormais reportée à l’automne, qui, comme chacun sait, se termine le 21 décembre.
« Notre tâche est très complexe, a reconnu le directeur du NAT. Au début, je disais qu’on construit l’avion en plein vol, mais là je dis qu’on construit la navette spatiale en plein vol parce que c’est compliqué. »
Les expositions vont se déployer sur 4000 m² répartis entre les murs du pavillon Camille-Roy. Le bâtiment érigé au milieu des années 1850 formait autrefois le cœur du Séminaire de Québec, établi sur les terres du premier colon de la Nouvelle-France, Louis Hébert.
La fenestration généreuse du pavillon offrira un point de vue exceptionnel sur le détroit de Québec et le bassin Louise. Des parois ont toutefois été apposées sur des dizaines de fenêtres pour protéger les œuvres à venir contre les rayons du soleil.
Si le bâtiment est vaste, il en va autrement des salles d’expositions arpentées par Le Devoir. Cette contrainte va ainsi priver les visiteurs du piano de Claude Léveillé qui devait y être présenté. Des démarches sont toutefois prévues pour emprunter l’une des robes de la chanteuse Pauline Julien.
Le budget de rénovation et de mise à niveau du bâtiment est passé de 92 à 105 millions de dollars en raison des imprévus et de l’inflation qui touche le milieu de la construction. La porte vitrée donnant accès au NAT par la cour intérieure du Séminaire est la modification la plus visible apportée à l’édifice de cinq étages surmonté d’une toiture mansardée étincelante.
Embauches
Maxime Pedneaud-Jobin a été passablement occupé depuis sa nomination par le gouvernement Legault en octobre 2024. Parti de zéro, le directeur général du NAT a recruté une soixantaine d’employés en près d’un an.
« Vous n’aviez même pas la boîte à crayons pour commander la première boîte à crayons », a souligné candidement le ministre Jean-François Simard.
L’identité de l’historienne principale de l’institution n’a été connue qu’en janvier : il s’agit de Mélanie Lanouette, qui était auparavant chargée de cours en archivistique et conseillère stratégique à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
La barre est haute pour le musée d’État, qui doit susciter un élan de fierté à ses visiteurs. C’est du moins ce qu’avait exigé l’ancien premier ministre François Legault il y a deux ans : « Qu’ils se disent : “eh que je suis fier d’être Québécois”, c’est ça qui est l’objectif visé. »
Le NAT est le dernier-né des musées nationaux québécois. Ce club sélect comprend le Musée national des beaux-arts du Québec ouvert sur les plaines d’Abraham en 1933, le Musée d’art contemporain de Montréal inauguré en 1964 et le Musée de la civilisation de Québec fondé en 1988, à moins de cent mètres de la nouvelle institution.
Ce musée d’État est un reliquat du réseau des Espaces bleu que le gouvernement caquiste avait prévu implanter dans chacune des 17 régions du Québec. Le pavillon Camille-Roy devait d’ailleurs être la maison-mère de ce projet ambitieux, abandonné en 2024 en raison de l’explosion des coûts anticipés.


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