Chaque altitude lue sur un panneau de col, une carte IGN ou une borne de randonnée en France continentale part du même endroit. Cet endroit est un rivet de bronze coiffé de platine et d’iridium, scellé le 1er janvier 1897 dans une villa de la Corniche, à Marseille. Le mont Blanc lui-même est mesuré par rapport à ce niveau.
À retenir
- Le rivet de bronze est scellé le 1er janvier 1897 dans une villa de la Corniche, à Marseille.
- Il se trouve à 1,661 m au-dessus du niveau zéro de la mer, défini à partir d’observations faites entre 1885 et 1897.
- Près de 400 000 bornes altimétriques en France continentale sont calculées à partir de ce repère.
- La Suisse se rattache à ce zéro, tandis que la Corse dispose de son propre niveau de référence, établi à Ajaccio.
Sommaire
Un zéro d’eau, un rivet pour le toucher
Le rivet n’est pas le zéro : il le surplombe de 1,661 m.
Le zéro proprement dit est un niveau de mer. À partir du 3 février 1885, un flotteur de cuivre a pris la mesure de la Méditerranée dans l’anse Calvo, le long de la Corniche, pendant 12 ans. Le niveau zéro a été défini officiellement le 1er janvier 1897, mais il n’est gravé nulle part et reste difficile d’accès, au fond d’un puits. Le rivet joue donc le rôle de point matériel, celui que les géomètres peuvent viser et relier à tout le reste.
Ce zéro n’est pas une simple moyenne arithmétique. Charles Lallemand, devenu en 1891 directeur du Service du nivellement général de la France, et ses ingénieurs ont tracé la courbe du niveau moyen de la mer, une hyperbole. Ils ont retenu son asymptote horizontale, vers laquelle le niveau semblait tendre. Le résultat reste extrêmement proche de la moyenne des relevés effectués entre 1885 et 1897.
Le choix est conventionnel : un autre lieu ou une autre période aurait pu donner un résultat nettement différent. Ce zéro se place à 71 millimètres sous celui du nivellement Bourdalouë, un réseau antérieur. La cote de 1,661 m correspond au système actuel, le NGF-IGN69, dont le type d’altitude diffère de celui de Lallemand.
Une villa, un gardien, près de 400 000 bornes
Tout commence en juillet 1879, quand la Commission centrale du nivellement général, instituée en 1878, demande l’installation d’un marégraphe à Marseille. Le site comprend deux bâtiments : un solide refuge pour l’appareil et une maison d’habitation pour le gardien. Un gardien y a vécu jusqu’en 1988. Depuis 2002, l’ensemble est classé monument historique.
Sous le refuge, une chambre souterraine abrite le repère fondamental. Le rivet est scellé dans un bloc cylindrique de granit, lui-même incrusté dans le rocher du promontoire. L’IGN décrit ces conditions de stabilité et de conservation comme très favorables.
De cette base, les géomètres ont calculé toutes les altitudes de l’Hexagone, de proche en proche. Selon les chiffres de l’IGN rapportés par l’AFP en 2018, on compte près de 400 000 bornes, et 1 500 nouvelles s’ajoutent chaque année, soit environ 4 par jour.
Le public n’y entre presque jamais : 200 visiteurs, lors des Journées du patrimoine.
La Suisse s’y rattache, la Corse a son propre zéro
Un pays sans mer n’a pas de niveau marin à mesurer, et la Suisse s’est donc rattachée au zéro de Marseille. Les ingénieurs français espéraient sans doute, selon la fiche de l’IGN, que leur observatoire servirait un jour à établir un zéro unique pour l’Europe.
La Corse, elle, a son propre zéro, pris à Ajaccio.
Son système, le NGF-IGN78, s’appuie sur le marégraphe d’Ajaccio, alors que le NGF-IGN69 du continent s’appuie sur celui de Marseille. Le premier réseau continental, établi par Lallemand de 1884 à 1922, avait fixé son origine à partir des observations marseillaises.
Une mer qui monte, un zéro qui reste
Le marégraphe n’a pas cessé de travailler en 1897. Ses rouleaux d’enregistrement, longs de 9 mètres, couvraient chacun un mois, et douze par an partaient pour Paris, où ils ont tous été numérisés. Depuis 1998, les données transmises au service international qui centralise les niveaux marins viennent d’un marégraphe numérique. La série couvre plus de 135 ans, pratiquement sans interruption.
Alain Coulomb, ancien ingénieur de l’IGN et président de l’association des Amis du marégraphe, évoque une hausse de presque 20 centimètres depuis 1885. Le rythme serait passé d’environ 1,2 millimètre par an au siècle dernier à 3,5 à 4 millimètres par an ces dernières années, selon lui. D’autres estimations tournent autour de 16 à 18 centimètres, selon la période retenue.
Le zéro ne suit pas cette montée. Lors de la remise en état du réseau de base entre 1962 et 1969, l’IGN a conservé l’origine définie par Lallemand.
Le rivet n’a pas bougé non plus, et l’écart qui le sépare de la mer fond au rythme de la hausse : avec 16 à 20 centimètres gagnés depuis 1897, il serait aujourd’hui de l’ordre de 1,5 m. Le site dispose aussi d’une station GNSS permanente. Une altitude affichée sur un col ne se corrige pas parce que la Méditerranée a gagné quelques centimètres : le zéro de 1897 reste la référence.
Sources : dailymotion.com | actu-alt-plus.com


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