Sous les pavés qui entourent la rue de Bièvre et le quartier des Gobelins, une rivière coule toujours. Elle mesure 34,6 km, naît à Guyancourt, dans les Yvelines, et traverse la banlieue sud avant d’atteindre Paris. Mais elle ne se jette plus dans la Seine : son eau termine sa course dans le collecteur principal des égouts de la capitale.
Dans Paris, personne ne la voit couler depuis 1912.
À retenir
- La Bièvre mesure 34,6 km et naît à Guyancourt, dans les Yvelines.
- Ses dernières sections parisiennes ont été recouvertes en 1912.
- Depuis 2022, 600 m de la rivière ont retrouvé l’air libre à Arcueil et Gentilly.
Sommaire
De Guyancourt à Austerlitz : un cours d’eau détourné
La source jaillit à Guyancourt, à 150 m d’altitude, au hameau des Bouviers. Pendant des siècles, la rivière achevait sa route dans la Seine, au niveau de l’actuelle gare d’Austerlitz, après environ 35 km de parcours. Elle était la deuxième rivière parisienne et courait à travers les 13e et 5e arrondissements.
Elle n’a pas toujours été un seul fil d’eau. Au XIIe siècle, elle se scinde en deux bras, l’un « vif », l’autre « mort ». À partir de 1840, ces bras sont progressivement recouverts dans Paris. Puis vient l’égout : en 1880, la Bièvre morte est admise dans le collecteur Bièvre, aussi appelé Égout Rond, et en 1886 la Bièvre vive est dirigée vers la galerie du collecteur Colonie, futur collecteur Pascal.
Les derniers biefs encore à l’air libre dans Paris intra-muros, Croulebarbe, Glacière et Valence, ont été recouverts en 1912, sous les rues qui portent ces noms. Depuis cette date, la rivière est entièrement couverte dans la capitale, et la plupart des biefs supprimés ont été remblayés.
En banlieue, le même sort est arrivé plus lentement. D’Antony à Gentilly, la rivière est recouverte depuis le milieu des années 1950, à l’exception de courtes sections remises au jour au XXIe siècle. Ses eaux sont aujourd’hui intégrées au réseau d’assainissement et dirigées vers des stations d’épuration, puis vers le collecteur principal des égouts de Paris.
Tanneries et teinturiers : la rivière payait l’addition
Le long des Gobelins, la Bièvre a longtemps été une rivière de travail. Tanneries et teinturiers y puisaient l’eau et y rejetaient leurs résidus, jusqu’à la transformer en égout à ciel ouvert.
Même le froid y trouvait un usage : dans le quartier de la Glacière, l’eau gelée de la rivière était stockée pour servir en été. Dès 1730, le lavage du linge dans la Bièvre est interdit, signe que ses eaux se dégradaient déjà. Ses crues, elles, pouvaient être dévastatrices.
L’insalubrité a fini par condamner le cours d’eau. Dès 1860, Haussmann et Belgrand jugent que la seule solution consiste à supprimer la rivière à l’air libre. Les travaux traînent : en 1902, il restait encore 540 m à ciel ouvert entre la rue Croulebarbe et le boulevard Arago. L’exploitation industrielle, elle, s’est poursuivie dans Paris jusqu’à la couverture de 1912, et en proche banlieue jusque dans les années 1930.
Fresnes, Arcueil, Gentilly : quelques mètres rendus au ciel
Premier tronçon rouvert : 140 m à Fresnes, en 2003.
140 m, c’est un peu plus qu’un terrain de football. Modeste, mais le geste comptait : il montrait qu’une rivière enfouie sous le béton pouvait retrouver la lumière. Les riverains attendaient ce signal depuis longtemps.
La patience a été de mise. Dans les années 1980, plusieurs collectifs locaux du Val-de-Marne se mobilisent pour libérer la Bièvre du béton. L’idée de réouverture se répand peu à peu dans les collectivités. Entre le chantier de Fresnes et le suivant, 19 ans s’écouleront.
En 2022, 600 m ont retrouvé l’air libre à Arcueil et Gentilly.
Depuis le 14 mars 2022, la rivière coule entre le pont de l’avenue Paul Doumer, à Arcueil, et la rue Gandillon, à Gentilly. Une nouvelle promenade accompagne son tracé.
Le trajet est simple pour qui veut voir de ses yeux. Le parc du Coteau de Bièvre, à Arcueil et Gentilly, accueille la rivière rouverte et sa promenade, et Fresnes conserve son tronçon de 140 m. À Paris, rien à regarder : la rivière se confond avec un collecteur d’égouts. Mais les rues Croulebarbe, de la Glacière ou de Valence dessinent encore son ancien parcours.
Ces deux tronçons cumulent 740 m, soit un peu plus de 2 % des 34,6 km. En 2001, une étude de l’APUR a évalué les conditions d’une renaissance de la rivière dans Paris. Elle envisageait de faire couler de nouveau 2 300 m à ciel ouvert sur trois secteurs : le parc Kellermann, le square René-Le-Gall et les abords du Muséum national d’Histoire naturelle.
Rouvrir la Bièvre dans la capitale supposerait de percer plusieurs mètres de terre ou de gravats, sous lesquels elle se mêle à un collecteur. Une conséquence administrative en découle : en rejoignant le réseau d’assainissement, la rivière avait perdu son statut de cours d’eau, qu’elle a retrouvé en 2007.
Sources : franceinfo.fr | prolog-ingenierie.com


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