Face à la multiplication des attaques d’ours, les autorités nippones ont autorisé des campagnes d’abattage. La stratégie est évidemment radicale car plus de 14 000 bêtes ont été éliminées. Néanmoins, la question de l’efficacité de cette mesure se pose, tout comme celle relative aux conséquences écologiques.
Réduire la population d’ours jusqu’à 67% de son niveau actuel
La crise des attaques d’ours au Japon a véritablement débuté en 2023 et après une courte période de calme, la situation s’est largement aggravée en 2025. Il y a peu, un article de la chaine CNN évoquait un bilan inquiétant entre avril 2025 et mars 2026. En effet, le pays a recensé pas moins de 50 000 signalements d’ours à proximité ou au sein des zones habitées, pour 238 attaques dont 13 décès. Or, sur la même période, le gouvernement japonais a autorisé des campagnes d’abattage ayant entrainé la disparition 14 601 bêtes, principalement des ours noirs d’Asie (Ursus thibetanus) mais également, des ours bruns.
Souvent, les villes utilisent des feux d’artifice afin d’effrayer les ours. Néanmoins, si cette mesure ne fonctionne pas, les autorités déploient la police ou l’armée. Si à l’origine, la préférence culturelle générale est pour la coexistence, la priorité est désormais d’assurer la sécurité publique immédiate et de répondre efficacement aux menaces. Le Japon a récemment publié un livre blanc présentant un plan dont l’objectif est de réduire la population d’ours jusqu’à 67% de son niveau actuel dans plusieurs préfectures, d’ici 2030.
Des alternatives aux campagnes d’abattage
Certains scientifiques ainsi que plusieurs ONG de défense des animaux – comme la Japan Bear and Forest Society – sont montées au créneau. Il est notamment question d’un risque d’extinction régionale concernant l’ours noir d’Asie. Si ce dernier est assez présent au Japon, à savoir plus de 40 000 individus selon les estimations, l’espèce reste classée vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pour les détracteurs, le rythme d’abattage actuel pourrait provoquer des extinctions locales irréversibles.
Paradoxalement, le gouvernement nippon a récemment lancé une grande étude nationale de trois ans. Le but ? Recenser précisément la population d’ours toutes espèces confondues. Ainsi, les ONG dénoncent les abatages alors que l’État lui-même ignore combien d’animaux sont réellement présents sur le territoire. De plus, ces campagnes sont confiées à des chasseurs récréatifs locaux, une population en déclin rendant cette « solution » peu viable sur le long terme.
Des alternatives existent pourtant, par exemple la méthode Picchio. Dans la préfecture de Nagano, l’association de recherche du même nom capture les ours s’approchant des villages et les équipent de colliers GPS. Ensuite, ils utilisent des chiens d’ours de Carélie afin de les effrayer et les repousser vers la forêt profonde. Certaines entreprises locales comme Ohta Seiki à Hokkaido déploient des robots solaires imitant les hurlements des loups afin d’effrayer les ours près des zones habitées (voir ci-dessous).
Crédit : Ohta Seiki
Pourquoi les ours menacent-ils la population ?
Si la situation préoccupe, il faut savoir que les scientifiques japonnais sont formels. En effet, il n’est pas question d’un comportement naturellement agressif de la part des ours mais plutôt, d’une rupture écologique majeure. Principalement, les animaux font face à une pénurie alimentaire en raison des canicules et les dérèglements climatiques. Or, ceci perturbe la présence de glands et de fruits du hêtre (faînes) qui constituent la base de leur alimentation avant la période d’hibernation.
Ainsi, les ours n’ont d’autre choix que de s’aventurer près des zones habitées pour chercher de la nourriture.
Par ailleurs, campagnes japonaises se dépeuplent massivement en raison du déclin démographique que le pays connait depuis longtemps. Les vergers et les terres agricoles progressivement abandonnées font office de « zone tampon floue » dans lesquelles les ours trouvent notamment des fruits facilement accessibles. Cette proximité fait que les animaux s’habituent petit à petit aux infrastructures humaines. Ceci inquiète d’ailleurs certaines spécialistes car avec le temps, de jeunes oursons mémorisent ces zones comme étant des sources de nourriture faciles, gommant progressivement leur peur innée de l’humain.


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