Des psychologues allemands et danois ont identifié un dénominateur commun à tous les traits sombres de la personnalité humaine : le facteur D. Mesuré sur plus de 2 500 participants, ce noyau central d’obscurité s’avère plus stable dans le temps que le narcissisme ou la psychopathie pris isolément. Et il varie aussi selon les sociétés.
Ce que vous allez apprendre
- Ce qu’est le facteur D et comment il unifie neuf traits sombres de la personnalité en un seul dénominateur mesurable
- Pourquoi ce facteur est le trait de personnalité le plus stable identifié à ce jour, plus que le narcissisme ou la psychopathie
- Comment l’environnement social d’un pays entier peut faire monter ou descendre le niveau collectif d’obscurité
Derrière le narcissisme et la psychopathie, un noyau commun
La psychologie connaît depuis longtemps la « triade noire » — psychopathie, narcissisme et machiavélisme. Mais des chercheurs de l’Université de Copenhague ont poussé l’analyse plus loin en 2018, en posant une question différente : ces traits sombres ont-ils un moteur commun ?
Leur réponse, publiée dans Psychological Review, est le facteur D — un concept calqué sur le facteur g de l’intelligence générale, théorisé il y a un siècle par le psychologue Charles Spearman. De même qu’un individu performant dans un type de test cognitif tend à performer dans d’autres, quelqu’un présentant un trait sombre élevé tend à en présenter plusieurs.
Le facteur D désigne cette disposition centrale, commune à tous.
Neuf traits, 2 500 participants, un seul dénominateur
Pour cartographier ce facteur, Ingo Zettler et son équipe ont conduit quatre études distinctes auprès de plus de 2 500 participants. Neuf traits de personnalité sombres ont été mesurés : égoïsme, machiavélisme, désengagement moral, narcissisme, sentiment de droit psychologique, psychopathie, sadisme, intérêt personnel et malveillance.
Les participants étaient invités à réagir à des affirmations comme « Je dirai n’importe quoi pour obtenir ce que je veux » ou « Faire du mal aux gens serait excitant ». L’analyse statistique a confirmé que ces neuf traits, bien que distincts, se chevauchent systématiquement — révélant ce noyau d commun qui se manifeste différemment selon les individus.
Chez l’un, il prendra la forme du narcissisme. Chez un autre, de la psychopathie. Mais la source est identique.
Le trait de personnalité le plus stable connu à ce jour
Une étude longitudinale publiée en 2021 dans Social Psychological and Personality Science, a suivi plus de 1 200 adultes pendant quatre ans. Résultat : le facteur D est la mesure de personnalité la plus constante dans le temps — plus stable que n’importe quel trait sombre individuel.
Ce que D mesure est profondément ancré. Il ne fluctue pas selon les humeurs ou les circonstances.
Une étude menée auprès de plus de 8 000 personnes en Allemagne, aux États-Unis et au Danemark a ajouté une dimension comportementale : les individus à score D élevé s’orientent significativement moins vers les professions d’aide — enseignement, soins infirmiers, thérapie — et expriment encore moins le souhait de le faire. Les personnalités les plus sombres évitent discrètement les métiers qui exigent de se soucier des autres.
Un facteur qui varie aussi entre les sociétés
La découverte la plus récente et peut-être la plus dérangeante vient d’un article de 2025 publié dans les Actes de l’Académie nationale des sciences. Le facteur D ne serait pas seulement une caractéristique individuelle stable — il varierait aussi à l’échelle des sociétés entières.
Les pays et États américains dont les conditions sociales sont les plus toxiques affichent des scores collectifs de personnalité sombre significativement plus élevés. La disposition est personnelle, mais l’environnement détermine jusqu’où elle s’exprime.
Zettler entrevoit des applications concrètes : évaluer la probabilité de récidive, mieux comprendre les comportements de tromperie dans les sphères publiques et privées, et affiner les outils thérapeutiques disponibles.


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