Qui tire à boulets rouges sur Pedro Sánchez? A peu près tout le monde. La «crise migratoire» de Ceuta, avec l’afflux de près de 60 000 migrants en provenance du Maroc, dont l’immense majorité est depuis retournée de l’autre côté de la frontière, a valu au premier ministre espagnol son lot de critiques. Les règlements de compte fusent. Il est notamment attaqué pour son vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé mi-avril, qui a engendré plus d’un million de demandes. Et est accusé de créer un appel d’air. La réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’UE et de l’espace Schengen qui a lieu ce mardi promet d’être tendue. Le conseiller fédéral Beat Jans y participera.
Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept ont eu une première discussion à propos des événements survenus à Ceuta. En fin de journée, ils ont cherché à faire passer le message suivant: les Etats membres assurent exprimer leur «forte solidarité» envers l’Espagne et saluent la «réaction rapide» des autorités espagnoles pour gérer la crise dans l’enclave. «Nous cherchons à faire passer un message d’unité après le chaos de ces derniers jours», glisse un diplomate européen.
Lire aussi: «Ce traumatisme va nous hanter encore longtemps»: dans l’enclave espagnole de Ceuta, les stigmates d’un drame migratoire sans précédentMais qu’on ne s’y trompe pas. Les ressentiments restent vifs. Dès les premières images de migrants arrivant à Ceuta, l’Italie a réclamé de «bannir» l’Espagne de l’espace Schengen, ce qui est techniquement impossible. D’autres lui ont emboîté le pas. Pourtant, les migrants qui ont pénétré l’enclave espagnole bordant le Maroc ne se trouvaient pas dans l’espace Schengen, contrairement à ce que certains ont voulu faire croire.
C’est bien sur sa politique de régularisation «de masse» que Pedro Sánchez essuie les critiques les plus virulentes. Cela lui a notamment valu de se retrouver au centre d’une lettre signée par 22 dirigeants, le 1er août. Une initiative des premières ministres italienne et danoise, Giorgia Meloni et Mette Frederiksen.
Lire aussi: A Ceuta, le grand détournementPrésents depuis plusieurs mois
Pedro Sánchez est accusé en substance de favoriser la perception selon laquelle une entrée illégale peut se transformer en séjour légal. En d’autres termes, d’encourager la migration irrégulière, alors que l’UE se dote d’instruments répressifs, du Pacte sur la migration et l’asile à la directive sur les retours qui consacre les controversés return hubs.
Quatre pays seulement, en plus de l’Espagne, ont refusé de signer la lettre adressée à Ursula von der Leyen et António Costa, la présidente de la Commission européenne et le président du Conseil européen: la France, le Portugal, l’Irlande et le Luxembourg.
Dans le flot de déclarations enflammées, il est utile de préciser que les sans-papiers qui bénéficieront d’une régularisation en Espagne obtiendront un titre de séjour espagnol et ne pourront pas circuler à leur guise au sein de l’UE, ni s’établir ou travailler dans un autre Etat membre. Surtout, le plan Sánchez ne concerne pas les nouveaux arrivants, mais environ 500 000 personnes arrivées dans le pays avant le 31 décembre 2025, sans casier judiciaire, et qui y résidaient depuis au moins cinq mois. Ce n’est donc pas une régularisation ouverte à tous les migrants.
Lire aussi: A Ceuta, des «images inacceptables» de migrants qui affluent et beaucoup d’instrumentalisationsReste que, comme il fallait s’y attendre, la mesure a été vivement critiquée par la droite dure espagnole. La Cour suprême espagnole a également évoqué la possibilité de saisir la Cour de justice de l’UE si elle estime qu’elle entre en conflit avec le droit communautaire.
Attitude «égoïste» et «impardonnable»
Pedro Sánchez a également reçu, lundi, une missive d’Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne y écrit que l’épisode de Ceuta «montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles». Et va jusqu’à évoquer des «barrières physiques» si cela s’avère nécessaire.
Elle a durci son discours, évoque des murs, alors que le socialiste Pedro Sánchez se distingue par sa politique d’accueil, une voix toujours plus isolée au sein de l’UE. C’est d’ailleurs lui qui a réclamé la réunion d’urgence, dénonçant l’attitude «égoïste» et «impardonnable» de dirigeants européens. Et avait envoyé une lettre à Ursula von der Leyen en ce sens.
Donald Trump n’a pas non plus manqué de critiquer Pedro Sánchez, avec lequel il entretient des relations en dents de scie. Notamment en raison du refus de l’Espagne, comme pays membre de l’OTAN, de suivre les consignes visant à augmenter les dépenses de défense. Ou parce qu’il a catégoriquement refusé de prêter ses bases militaires aux avions américains pour leurs frappes en Iran.
Des responsables de droite américains et israéliens font par ailleurs depuis des mois du lobbying auprès du Maroc pour qu’il agisse sur Ceuta en représailles au soutien du gouvernement Sánchez aux Palestiniens et à sa position sur la guerre en Iran. Alors que le roi Mohammed VI vient de remercier Donald Trump pour son soutien à propos du Sahara occidental en baptisant à son nom une autoroute qui relie le sud du pays au territoire disputé.
«Perpétuer sa tyrannie»
Ceuta cristallise toutes sortes de rancœurs et fait de Sánchez le souffre-douleur idéal. «Cet incident inacceptable est la conséquence directe des efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à permettre et à faciliter l’immigration clandestine massive vers l’Europe», affirme, sur X, le Département d’Etat américain.
Le président argentin Javier Milei y est aussi allé de ses coups de griffes. Dimanche, il a accusé Pedro Sánchez de vouloir «naturaliser» les migrants et de les faire voter pour lui, «pour perpétuer sa tyrannie».


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