Adhésion à l’EEE refusée en 1992; accords bilatéraux I en 1999, accords bilatéraux II en 2004, accord-cadre retiré en 2021 – et aujourd’hui, un nouveau paquet d’accords, baptisé «bilatérales III» par ses partisans, actuellement sous la loupe du parlement, avant le verdict du peuple souverain, qui devrait tomber en 2028…
Evoquez la relation Suisse-UE et, souvent, les regards deviennent vagues, la conversation s’épuise: vous avez perdu votre interlocuteur (sauf lorsqu’il s’agit d’aller voter). Trente-cinq ans qu’on remet l’ouvrage sur le métier.
C’est un fait, dans le grand public europhile, nos liens avec l’UE sont considérés comme acquis, et la construction européenne est aussi présente qu’invisible dans nos activités quotidiennes – pas seulement à l’heure des vacances, quand il faut choisir entre mer Adriatique ou océan Atlantique. En face, ceux qui continuent à s’intéresser (et s’estomaquer) sont les adversaires d’une relation plus poussée, inquiets d’une perte de souveraineté à venir, de la bureaucratie, de l’immigration et du manque de démocratie du bloc européen, même si, il faut le redire, le paquet n’a rien à avoir avec une adhésion.
Ils ne sont plus les seuls à demander une clarification de nos rapports. On s’est bien fait peur avec la suspension des programmes Erasmus ou Horizon Europe; les exportateurs d’acier déplorent les contingents auxquels ils sont désormais soumis; et dans le domaine numérique, les entreprises doivent souvent attendre les décisions de Bruxelles pour se positionner.
Cinq personnalités à l’activité étroitement liée aux questions européennes et aux positionnements bien différents reviennent, cette semaine dans Le Temps, sur cette Europe qui nous porte autant qu’elle nous tourmente. L’UE est souvent «le cauchemar parfait où chacun – gauche, droite, souverainistes – projette ses peurs», disait ce lundi l’ancien secrétaire d’Etat Yves Rossier. Les partisans d’une vision plus favorable à l’UE, fondée sur ce qu’elle fait de bien à la Suisse, ne devraient-ils pas monter le son pour se faire mieux entendre, même quand on ne vote pas? L’ex-bâtonnière genevoise Sandrine Giroud le rappelle dans nos pages aujourd’hui, c’est la libre circulation signée avec l’UE à l’été 1999 qui a permis aux avocats suisses de pratiquer le barreau sur tout le territoire national, et plus seulement dans leur canton d’origine…
Sandrine Giroud: «La Cour européenne des droits de l’homme nous tire vers le haut»Au-delà des actes, pactes et paquets, la question européenne nous oblige à trouver des caps, à nous positionner dans le fracas du monde. Et à remettre des mots sur nos valeurs communes.


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