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Le chien comme miroir de l’histoire autochtone

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Ils étaient l’un des piliers de la survie des Autochtones. Mais entre l'abattage colonial et le racisme systémique, le lien sacré entre Autochtones et canidés a failli rompre. En Saskatchewan, Leah Arcand mène aujourd'hui une mission de réappropriation culturelle : soigner les « rez dogs » sans trahir leur liberté, pour guérir les blessures du passé.

Leah Arcand les présente comme ses deux premiers bébés : Cedar et Willow, deux rez dogs (chiens de réserve), qui, explique-t-elle, sont nés et ont grandi dans une communauté autochtone.

Quand j'étais enfant, dans la réserve, nous avions des chiens. Ma kokom [grand-mère, NDLR] avait des animaux, mes oncles avaient des chiens, mes tantes aussi. J’ai toujours été naturellement proche des animaux, raconte cette femme originaire de la communauté de Muskeg Lake, en Saskatchewan.

C’est d’ailleurs lorsqu’elle a animé un programme d’éducation à la nature pour jeunes filles qu’elle a commencé à expliquer aux jeunes les responsabilités qui incombent aux propriétaires de chiens.

Une femme porte un chien dans ses bras.

Leah Arcand est une grande amoureuse des animaux.

Photo : Facebook / Save rez dogs

Je suis devenue famille d'accueil pour d'autres chiens de la réserve et j'ai collecté des fonds pour les faire stériliser. C'était aussi un élément essentiel de mon enseignement : la santé d'un chien a un impact sur nous, surtout dans nos communautés, détaille-t-elle.

De fil en aiguille, l’organisme Save rez dogs est né en 2019. Principalement présente en ligne, notamment grâce à son site Internet et sa page Facebook, Leah Arcand souhaitait représenter les Autochtones dans le domaine du bien-être animal, sensibiliser et défendre les droits des membres des Premières Nations, explique-t-elle en entrevue.

Son initiative rejette l'approche des secours extérieurs, et privilégie plutôt la collaboration culturelle et l'éducation pour restaurer l'équilibre entre les humains et les canidés.

L'objectif n'est pas simplement de sauver des chiens, mais de bâtir la capacité des communautés autochtones à les gérer elles-mêmes.

Un chien qui porte un petit foulard au nom de l'association Save the rez dogs.

Le lien entre les chiens et les Autochtones a été grandement perturbé par la colinisation.

Photo : Facebook / Save rez dogs

Et à force d’observer les chiens dans les communautés, elle a peaufiné sa compréhension de leur comportement.

Si un chien est logé et nourri, il vit généralement heureux. Mais s'il est affamé ou en mode survie, cela affecte forcément son comportement. Il peut devenir plus timide, agressif ou simplement en mode survie. Il y a aussi les chiens errants qui vivent en quelque sorte à l'état sauvage, mais qui restent proches d'une communauté, par exemple pour fouiller dans les poubelles. C'est un comportement totalement différent de celui des chiens domestiques, précise-t-elle.

Des alliés dévoués

Si Leah Arcand tient cette cause à cœur, c'est parce qu'elle a pleinement conscience de l’impact de la colonisation sur les communautés. L’abattage des chiens, notamment chez les Inuit, a profondément marqué les Autochtones.

Avant le contact avec les Européens et le colonialisme, nous avions des liens très étroits avec nos chiens, car ils nous aidaient à survivre. D'où je viens, ici dans les Prairies, j'ai lu et entendu des histoires selon lesquelles on avait des chiens avant les chevaux, dit-elle.

Un chien assis dans la neige lèche sa patte.

Les chiens sont parfois nombreux dans les communautés autochtones. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Les chiens peuvent être perçus comme des ennemis à cause des problèmes structurels liés à la surpopulation canine, à la faim ou à l'agressivité. On perd alors de vue le lien spirituel qu’on avait avec eux. Le colonialisme nous a vraiment affectés. Il a influencé notre mode de vie et notre façon de penser, appuie-t-elle.

La militante rappelle que le rôle des chiens était alors très varié. Ils aidaient les Autochtones à voyager, à chasser ou à assurer leur sécurité du camp.

Avec l'arrivée des colons, nos bisons ont commencé à être massacrés et notre peuple a souffert de la faim. Nous avons dû manger nos chiens pour survivre, raconte-t-elle.

Ces connaissances, elle les a acquises de par son expérience, mais aussi son parcours durant lequel elle a suivi une formation en justice sociale et en études autochtones.

Une femme qui pose avec un chandail faisant la promotion de son organisme.

Leah Arcand pense que le bien-être animal est intimement lié au bien être des communautés autochtones.

Photo : Facebook / Save rez dogs

La situation actuelle des chiens dans les communautés n’est pas le symptôme d’un échec de ces dernières, selon elle, mais plutôt celui d’un racisme systémique qui empêche les gens de prendre soin de leurs animaux.

Au quotidien, elle rappelle que les Autochtones doivent se battre parfois pour avoir un accès à l’eau potable, au logement ou aux soins de santé. Conséquence : les chiens ne sont plus une priorité.

Accompagner plutôt que diriger

Maintenant, Leah Arcand s’emploie à réexpliquer aux communautés cette relation autrefois si importante, à combler un vide de connaissances, grâce à des conférences ou encore des interventions. Son champ d’action ne se cantonne pas seulement à la Saskatchewan, il dépasse les frontières de la province et même du pays.

Et ce vide, c’est aux Autochtones eux-mêmes de le combler, croit-elle. Car la perception des chiens ainsi que leur éducation n’est pas la même dans les communautés que dans les villes non autochtones. Plusieurs s’étonnent encore que les chiens des communautés courent partout et vivent en liberté, rarement attachés.

Elle leur conseille de faire preuve d'ouverture et de se renseigner sur le passé des chiens et des Autochtones.

Des femmes s'occupent d'un chien.

Leah Arcand donne aussi des formations aux vétérinaires.

Photo : Facebook / Save rez dogs

Ce que j'essaie de faire maintenant, c'est de mettre l'accent sur la sécurité et la santé, parce qu'on ne peut pas laisser les chiens en liberté indéfiniment si leur bien-être n'est pas assuré et si leur santé n'est pas irréprochable, ajoute-t-elle.

Le plus souvent, ce sont les gens qui viennent demander conseil à Leah Arcand. Loin d’elle l’idée de s’imposer. Elle estime que cette façon de faire est plus efficace.

Cela montre qu'il y a un réel désir d'apprendre. C'est pourquoi je trouve que c'est plus fructueux quand les gens me contactent pour faire une présentation, une conférence ou autre, car je sais alors que l'intention est là et qu'elle est sincère.

Et son travail ne s’arrête pas aux communautés, puisqu’elle intervient aussi parfois auprès de vétérinaires. À ces occasions, Leah Arcand revient sur le contexte historique, culturel et social de la relation des Autochtones avec les chiens de réserve.

Je rappelle gentiment à notre peuple qui nous sommes.

Mais ce n’est pas toujours facile. Leah Arcand témoigne de certains récalcitrants. Quand j’ai commencé à parler des chiens de réserve, les gens se moquaient de moi. Ils ne prenaient pas ça au sérieux, tout simplement parce qu’on nous a appris à ne pas en parler, parce qu’on a tellement d’autres choses à gérer et que les chiens n’ont jamais été un sujet prioritaire. Moi, je prends la question très au sérieux, témoigne-t-elle, reconnaissant aussi que les choses changent tranquillement.

Une mère et sa fille devant deux chiens.

Leah Arcand est maman et a deux chiens.

Photo : Facebook / Save rez dogs

Mais cela prend du temps, surtout car les moyens manquent. Leah Arcand rappelle que le principal enjeu dans les communautés est la stérilisation des chiens, une opération très chère. L’offre de vétérinaires n’est pas suffisante non plus.

Pour répondre à ses besoins financiers, elle a lancé une ligne de vêtement qui lui permet parfois de faire des dons aux refuges de première ligne qui aident les communautés des Premières Nations.

Si une personne peut aider une chienne à se rendre dans une clinique pour la faire stériliser, je prends en charge les frais. Je suis particulièrement attentive aux chiennes errantes qui ont besoin d'être stérilisées, car ce sont elles qui, à mon avis, sont les plus vulnérables, précise-t-elle.

Le chemin est encore long et les moyens manquent, mais le regard sur les chiens de communauté change. Pour Leah Arcand, l'objectif ultime dépasse les soins vétérinaires : il s'agit de redonner aux Autochtones la pleine souveraineté sur leurs alliés les plus fidèles.

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