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En 2008, le Canadien avait effacé un retard de cinq buts à partir du milieu du match pour l’emporter 6-5 sur les Rangers de New York. Ce match avait ensuite été intégré au coffret DVD des rencontres les plus mémorables dans l’histoire de l’équipe.
Eh bien, ce à quoi nous avons assisté mardi soir mérite de faire partie de l’anthologie des Jets de Winnipeg.
Il y a d’abord l’aspect historique de ce qu’ils ont accompli dans leur victoire de 5-4 en prolongation. Jamais, dans toute l’histoire de la LNH, une équipe n’avait effectué aussi tardivement une remontée de quatre buts.
Un retard de quatre buts avec 2 min 39 s à faire dans le match?
On pensait que le match était fini, a avoué un Cole Caufield au bord de l’implosion.
C’est bien là le problème.
Il y a aussi le contexte dans lequel les Jets ont réalisé cette poussée. Ils venaient de perdre leurs neuf derniers matchs, leur entraîneur-chef Scott Arniel est sur la corde raide, toute la saga Connor Hellebuyck semble avoir fait dérailler leur saison, et voilà qu’un autre gardien était sur le point de les envoyer à l’abattoir une fois de plus.
Ils avaient rencontré Jacob Fowler à la Classique Héritage, où il avait été fumant, et la recrue du Canadien s’est de nouveau imposée pendant 57 minutes. Ce furent 57 minutes durant lesquelles le centre étoile Mark Scheifele s’est demandé si ce jeune blanc-bec allait continuer longtemps à le hanter.
Puis, les vannes se sont ouvertes.
Certains diront qu’après neuf défaites des Jets, et avec le CH qui surfait sur une séquence de cinq victoires, c’est la loi de la moyenne qui a finalement prévalu en donnant à chaque équipe un juste retour du balancier. Mais non. C’est l’instinct de survie qui a prévalu.
C’est l’écart immense entre une formation qui se débat pour éviter la noyade et une autre qui croyait marcher sur l’eau même en l’absence de certains de ses meilleurs éléments.
Le jeune Owen Beck a donné l'avance au Tricolore tôt dans le match au terme d’une présence dominante. En temps normal, une équipe dans les câbles comme les Jets serait devenue encore plus vulnérable en accusant un retard aussi rapidement. Or, les visiteurs n’ont pas plié. C’était un premier signe.
Les Jets ont redoublé d’ardeur et ils ont dominé le jeu à forces égales dans une proportion rarement vue dans les 10 derniers matchs du Canadien.
Le CH a profité deux fois de son avantage numérique et il a aussi profité d’une incursion de Josh Anderson au centre de l’enclave à la suite d’une belle pression de Chris Kreider.
Pour le reste, cette avance de 4-0 n’existait qu’à cause de Fowler.
Il n’y a même pas une semaine, le Canadien a accordé 46 tirs aux Blues de St, Louis, mais Fowler les a tous repoussés. Ce n’est pas dans le bac de recyclage qu’il a trouvé son titre de recrue du mois dans la LNH ni celui – très prestigieux – de gagnant de la Coupe Molson pour octobre.
Fowler était en passe de réussir le même coup face aux Jets, ce qui donne à croire que le jeu collectif du Canadien, même s’il profitait du vernis d’une séquence de cinq victoires, était moins reluisant si l’on prenait la peine de gratter un peu.
Un gardien ne devrait pas avoir à se claquer deux performances du genre en l’espace de 10 jours.
Il y a des moments où l’on sentait qu’on aurait pu mieux jouer, mais on trouvait des façons de gagner, a indiqué le défenseur Kaiden Guhle. Ce soir, ça nous a rattrapés.
Trop de complaisance devant Fowler
C’est un dénouement qui frappe l’imaginaire, sans aucun doute, mais qui, en fin de compte, devrait plus servir les Jets que de nuire au Canadien.
Du moins, une équipe en processus de maturation devrait s’assurer que ce soit le cas.
Si tu laisses cet échec dicter la suite des événements, tu dois faire preuve d’une plus grande force mentale que ça, a laissé tomber l'entraîneur-chef Martin St-Louis. Tu dois être honnête. Tu dois t’autoévaluer et être capable de te corriger. Mais, dans quoi que ce soit, tu ne peux pas laisser un seul incident dicter la suite des choses.
St-Louis a néanmoins reconnu qu’il n’avait jamais rien vu de tel au cours de sa longue carrière. Cet effondrement collectif a subjugué un peu tout le monde. Et, pour sa part, l’entraîneur a choisi d’en rire jaune.
L’humiliation sera passagère, mais elle était quand même bien réelle dans le vestiaire du Canadien.
Il ne devrait pas s’agir d’une gêne envers les Jets, qui avaient dominé le jeu en dépit de leur retard. Non, les joueurs devraient être gênés d’avoir laissé tomber Fowler, la seule raison pour laquelle ils voguaient aussi allègrement vers la victoire en fin de match.
À vrai dire, la complaisance dont ils ont fait preuve en gérant leur avance était assez culottée.
Une avance de quatre buts. Il n'y a aucune excuse à cela. C'est terrible.
Après le match, peut-être pour la première fois depuis qu’il joue à Montréal, Josh Anderson a livré ses impressions sur le match assis à son casier, et non pas debout. Il n’avait pas davantage à se reprocher qu’un autre, mais il voyait bien que ce fameux manque de maturité qui ressurgit de temps à autre a clignoté à grands feux dans les dernières minutes du match.
Et il aurait bien voulu l’empêcher.
Je pense que plusieurs gars doivent se regarder dans le miroir après ce qui s'est passé, moi y compris, a dit Anderson. C'est inacceptable.
Le seul qui a bien joué, c’est Fowler. C’est lui qui nous a tenus dans le match. Ça fait partie de mon travail d’être un meneur et de donner le ton pour l’équipe, et ce soir, je ne l’ai pas fait.

Arber Xhekaj (à gauche) et Tyrel Bauer (77) ont jeté les gants en troisième période, au Centre Bell.
Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis
Une défaite utile?
Plusieurs s’interrogent à savoir si le combat qu’a engagé Arber Xhekaj avec Tyrel Bauer n’a pas contribué à faire changer le vent de côté. Xhekaj l’a gagné de façon convaincante et cela a ajouté au sentiment d’allégresse qui enveloppait le Centre Bell.
Le combat a somme toute eu bien peu à voir avec le dénouement. En fait, c’est à leur sortie du cachot que les deux belligérants ont influé sur le cours des choses.
À son 10e match dans la LNH, Bauer s’est concocté en une seule période un tour du chapeau à la Gordie Howe. Il s’est battu, il a freiné la disette de 13 buts sans riposte que les Jets avaient accordés à leurs adversaires, puis il s’est fait complice du deuxième but des siens.
Sur ce deuxième but, Xhekaj s’est fait prendre à contrepied à la ligne bleue offensive, ce qui a ouvert la porte à une descente à deux contre un des visiteurs.
À partir de ce moment-là, les Jets pouvaient commencer à rêver. Ils ont retiré leur gardien et ils en ont retiré les bénéfices.
L’ironie lorsqu’on est victime de nonchalance, c’est qu’on est souvent coupable d’agir trop mollement, trop lentement, mais on peut en payer le prix à une vitesse fulgurante. Ainsi, c’est parce que ça se passait trop lentement sur la patinoire que les choses ont changé si vite au tableau.
Est-ce que c’est quelque chose dont on a besoin?, a demandé St-Louis de façon rhétorique. Tout va bien pour nous présentement. Après un match comme ça où Winnipeg méritait la game, on menait 4-0 et tout à coup, tu te fais taper dans les dents. Peut-être que c’est ça dont tu as besoin comme équipe. On va analyser ça, on va corriger et on va continuer.
Le Canadien arborait un curieux chandail rouge dévoilé dans le cadre de la campagne Hometown Remix. Ça ne lui a pas fait. Et comme dans le principal match qui se jouait mardi soir aux États-Unis, il n’a pas su résister à la vague bleue qui s’est abattue sur lui.
Mais lui repart en campagne dès jeudi.


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