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Lait maternel, ces dons « d’or blanc » qui sauvent des vies

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Même s’il n’avait que 28 semaines, Théodore Dupuis a probablement traversé la plus grande épreuve de sa vie. Il est né au CHU de Sainte-Justine avec un important retard de croissance de cinq semaines. Son petit corps était développé comme celui d’un bébé de 23 semaines. Il pesait 650 g, soit l'équivalent d’une livre et demi de beurre.

Après la naissance, les bébés prématurés sont plus enclins à contracter l’entérocolite nécrosante, une complication gastro-intestinale majeure qui peut possiblement mener à la mort. Théodore l’a eue.

Un très grand prématuré qui, pourtant, n’avait pas dit son dernier mot.

Ce sont les intestins qui sont le plus souvent touchés, mais pas pour Théodore. Lui, ça a plutôt été son colon. À un point tel qu’il a dû subir une opération. L'entièreté de son colon lui a été enlevée tout comme 1/6 de son intestin grêle.

Tranquillement, il a remonté la pente, non pas sans quelques rechutes.

Au moment de notre visite, un après-midi de juillet, il se portait bien. Blotti dans les bras de son père, il nous rappelle sa présence par quelques gazouillis. De le voir aujourd’hui comme ça, nous confie sa mère, Tiffany Raymond, originaire de Saint-Boniface, il bat toutes les attentes qu’on avait, nos attentes et les attentes médicales.

Tiffany Raymond et Sébastien Dupuis, bébé dans les bras, regardent la caméra en souriant.

Tiffany Raymond et Sébastien Dupuis sont les parents de Théodore Dupuis. (Photo : Juillet 2026)

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Affectueusement, elle le surnomme son petit guerrier. Je n’ai jamais vu un bébé qui voulait autant se battre pour vivre, souffle-t-elle. Chaque semaine il grandit un peu plus. Tous les jours, on se dit qu’il a grandi, s’émeut son père, Sébastien Dupuis.

Le lait maternel, le meilleur des remèdes

Des petits guerriers comme Théodore, les six hôpitaux ayant une unité de soins intensifs néonatals au Québec en voient passer beaucoup. Ils sont nombreux à se battre pour vivre.

Dans ce genre de combat, la meilleure ressource se trouve dans le lait maternel. C’est l’alimentation de choix pour tous les bébés, mais pour les bébés prématurés, on le voit vraiment comme un médicament, explique l’infirmière consultante en lactation IBCLC, Mélissa Savaria.

Mélissa Savaria regade la caméra en souriant, elle tient dans sa main une seringue de lait maternel.

Mélissa Savaria est infirmière consultante en lactation IBCLC au CHU Sainte-Justine.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Dans le corridor de l’unité de néonatalogie, elle m’explique les bienfaits : meilleur développement du corps, du cerveau, meilleure croissance. Les études démontrent clairement que les bébés qui sont nourris au lait maternel sont mieux protégés en raison des nutriments qui s’y retrouvent.

C’est que le corps d’une mère produit un lait qui est adapté à son bébé. S’il manque de gras, de protéines, de nutriments, le corps de la mère le saura et en produira davantage. Le lait d’une maman qui accouche de manière prématurée est donc riche en anticorps, en protéines et en matières grasses pour permettre à son bébé de faire le plein d’un maximum de nutriments. Il permet également de diminuer de moitié les risques d’entérocolite nécrosante.

Éliminer le facteur stress, grâce aux dons

La première montée de lait est parfois difficile à avoir pour les mères qui accouchent de manière prématurée, pour plusieurs raisons. À l’opposé, sur le plan médical, les spécialistes expliquent qu’il est important de nourrir rapidement les bébés prématurés. C’est parfois beaucoup de pression et de stress pour une mère.

Mais une solution existe. Héma-Québec tient, depuis 2014, la Banque publique de lait maternel. Elle aide, annuellement, entre 500 et 1000 bébés prématurés comme Théodore. Plus de 800 donneuses y ont contribué entre 2024 et 2025.

Une glacière remplie de bouteilles de lait.

Pascale Lesieur a donné plus de 89 litres de son lait.

Photo : Photo de Pascale Lesieur

Pascale Lesieur était parmi ses donneuses. En tout, elle a exprimé 89 litres de lait, comme aime le mentionner Héma-Québec. Comme j’ai eu un cancer étant petit, je ne peux pas donner de sang, donc je me suis dit que si je peux au moins donner mon lait, je vais avoir contribué à quelque chose d’utile, confie-t-elle.

Quand on nous a dit que Théodore avait une autre option que moi…, raconte Tiffany Raymond. Ça enlève tellement de pression.

La Banque sert justement à ça, enlever la pression aux mères qui n’ont pas encore la capacité de fournir le lait à leur bébé. Seuls les prématurés de moins de 32 semaines peuvent en bénéficier, et ce, jusqu’à 34 semaines.

Pour nous, ce n’était pas une option, explique la mère de Théodore, Tiffany Raymond. On n’a pas eu de discussions, on a signé tout de suite pour pouvoir lui donner. Il a vraiment eu tout ce dont il avait besoin…, laisse-t-elle tomber.

Tiffany Raymond regarde son bébé.

Tiffany Raymond est devenue la maman de Théodore Dupuis mars 2026.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Plusieurs facteurs expliquent les raisons pour lesquelles Théodore a réussi son combat, mais la Banque y est probablement pour quelque chose. S’ils le pouvaient, Sébastien et Tiffany remercieraient ces femmes qui ont fait don de leur corps. Ça fait en sorte que notre petit a aujourd’hui une meilleure chance de grandir, mentionne Sébastien.

Si je les avais devant moi, je ne ferais probablement que pleurer, ajoute Tiffany.

Dons recueillis puis mélangés

La Banque publique de lait maternel d’Héma-Québec est un immense inventaire entre les murs du siège social de l’organisme à Montréal.

Tous les dons y sont acheminés dans de petites bouteilles congelées avec des couvercles mauves. Ils sont analysés afin d’assurer qu’il n’y ait pas de contamination quelconque. C’est ce qu’on appelle qualifier le lait. Tous les dons sont ensuite congelés.

Une femme analyse les bouteilles de lait maternel en entrant un code dans un ordinateur.

L'analyse des bouteilles de lait maternel se fait dans les laboratoires de Héma-Québec à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Éventuellement, les bouteilles seront décongelées puis mélangées dans un pool de 12 litres. Les dons de six à dix donneuses y sont regroupés. Le but est de maximiser les valeurs nutritives et les nutriments bioactifs qui vont aider à protéger les bébés contre les entérocolites nécrosantes, explique le directeur médical, microbiologiste et épidémiologiste chez Héma-Québec, Christian Renaud.

Des techniciennes en laboratoire placent le lait dans un réfrigérateur.

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Le lait de plusieurs donneuses est mélangé, puis pasteurisé avant d'être congelé. (Photo : Juillet 2026) Le reportage de Kassandra Lebel

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Une fois le mélange complété, le lait maternel est divisé en 115 petites bouteilles, cette fois au couvercle vert. Elles sont pasteurisées puis congelées à nouveau. Neuf pools de la sorte sont produits par semaine.

Les dons affluent. Le congélateur d’Héma-Québec est plein. Lors de notre visite, 8000 bouteilles d’une durée de vie d'un an y étaient entreposées.

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