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La santé mentale reste un sujet « tabou » auprès des communautés immigrantes

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La troisième édition de l'évènement Esprits résilients : dialogue communautaire, organisée par l'organisme Humanitarian Solidarity for Development and Empowerment Canada (HSDE), s'est tenue samedi au Musée canadien pour les droits de la personne. L’objectif, réunir les communautés noires et les fournisseurs de services pour lever les obstacles à des soins de santé mentale culturellement adaptés.

L'objectif n'a pas changé, mais nous sommes en train de voir les enjeux sous différents angles, souligne le directeur général de HSDE, Ambition Zihindula. Des dizaines de personnes des communautés noires et de nouveaux arrivants se sont rassemblés pour cette troisième édition.

L’évènement était destiné à tous les immigrants. M. Zihindula met en lumière un enjeu majeur pour cette communauté : la santé mentale. C'est quelque chose qui accompagne les autres problèmes sociaux, tels le logement, l'employabilité et d'autres questions, ajoute-t-il. Il y a beaucoup de stigmatisation, beaucoup de tabous. Les gens n'arrivent pas à en parler.

Des personnes debouts dans une salle.

La santé mentale reste un sujet tabou, selon les organisateurs.

Photo : Radio-Canada / Rachid Nahli

Des représentants du gouvernement du Manitoba ainsi que des organismes de services essentiels, qu'il s'agisse de logement, d'emploi ou d'éducation, ont également participé à l'activité. La santé mentale est la clé d'une intégration réussie, alors si on ne se focalise pas dessus, on aura beaucoup de difficultés à s'intégrer. On doit mettre ce sujet à table, d’en discuter ouvertement, indique Patrick Tshiovo, directeur général du centre RE/ACT Winnipeg. Son organisme vient notamment en aide aux personnes souffrant de dépendance.

Des défis encore existants

L’un des défis que Patrick Tshiovo soulève est la culture des nouveaux arrivants. Il appelle à inclure cet aspect dans les recherches faites sur la santé mentale. On ne se sent pas à l'aise de parler de ce sujet, car on ne connaît pas qu'est-ce qui se passe avec la santé mentale, estime-t-il.

L’un de ses combats est de faire reconnaître ces problèmes de santé auprès des jeunes nouveaux arrivants. Ils sont juste qualifiés comme délinquants. Ça pose un problème, car ils se font incarcérer alors qu’ils devraient avoir un suivi médical, explique Patrick Tshiovo.

L’un de ses plaidoyers concerne les statistiques gouvernementales. Lorsqu'il s'agit de communautés immigrantes, il [gouvernement] ne les garde pas. Lorsque nous avons des statistiques, c'est facile d’influencer les lois et les services. Ce genre de statistiques est utile aux organisations qui travaillent avec les nouveaux arrivants, soutient-il.

Le producteur de films et acteur social engagé, Patrick Mugosa, est un Canadien d’origine congolaise. Résident à Winnipeg depuis 15 ans, ses débuts dans la capitale manitobaine ont été difficiles. C'est inévitable. Je me suis retrouvé dans une ville où je devais reconstruire tout à zéro, se souvient-il.

Le producteur de films et résident à Winnipeg depuis 15 ans, Patrick Mugosa.

Le producteur de films et résident à Winnipeg depuis 15 ans, Patrick Mugosa, se souvient que ses débuts dans la province étaient difficiles.

Photo : Radio-Canada / Rachid Nahli

Pour lui, sans réseau social, sans connaître la langue, le parcours était parsemé d’embûches. On ne peut pas nier que la santé mentale n'a pas été affectée. On a traversé des turbulences assez graves, se souvient-il.

Des maux sans solutions

Des intervenants ont rappelé que la barrière de la langue et les longues attentes dans les hôpitaux demeurent un frein majeur à l’accès aux soins psychologiques. C'est sûr que nous vivons ces traumatismes tous les jours. On ne peut même pas les exprimer. Même chose pour nos enfants dans les écoles, raconte Zita Somakoko, présidente fondatrice de la Chambre de commerce noire du Manitoba.

On nous dit, on est résilients, on doit être flexibles.

Elle souligne que la communauté souffre d’une classification sociale. Quand on va rencontrer un docteur ou un psychologue pour des problèmes de santé mentale, on nous met dans les catégories les plus sévères avec des traitements plus sévères que d'autres populations, dit-elle.

Des personnes font des accolades.

À la demande des intervenants, quelques participants se sont pris dans les bras en signe d'affection et de solidarité.

Photo : Radio-Canada / Rachid Nahli

Dans sa présentation, elle parle de la résilience du peuple noir. Ce mot est une étiquette, comme une cible, qui nous est donnée en tant que communauté, explique-t-elle.

Selon elle, les problèmes qui touchent la communauté ont trop duré. On est en 2026, on est en train de parler des mêmes maux qu’on vit depuis plusieurs années. Avant, ils disaient qu'il n’y a pas de preuves, maintenant ils ont toutes les preuves, conclut-elle.

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