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L’établissement pénitentiaire situé dans l’Orne est dans le viseur de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Il abrite un quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO).
Par Maxime Dhuin avec AFP

JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Ce rapport sur les conditions de détention dans une prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) fait froid dans le dos. (photo d’illustration de l’établissement pénitentiaire prise en novembre 2025)
Les violences sont « systémiques » et doivent être examinées « en urgence » par le ministère de la Justice. La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) pointe du doigt ce jeudi 9 juillet des traitements brutaux, voire « inhumains », au sein de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne.
Cette dernière est dotée d’un quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), présenté comme ultra-sécurisé et lancé sous l’impulsion du ministre de la Justice, Gérald Darmanin. La « mise en place » du QLCO à Condé-sur-Sarthe « semble avoir donné un blanc-seing aux agents » qui ne respectent parfois pas « les obligations de probité », tance la CGLPL dans un passage de son rapport sévère cité par Ouest-France.
Les « recommandations en urgence » ont été transmises le 9 juin au ministre de la Justice, rapporte l’AFP. « Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention », estime la CGLPL.
Gérald Darmanin a répondu à Dominique Simonnot mercredi, dans une lettre dont l’AFP a eu connaissance. Il y répond point par point aux critiques émises par la Contrôleure des prisons, assurant du « respect des exigences légales, éthiques et sécuritaires » au sein du QLCO.
« Si tu peux parler, c’est que tu respires »
Après une visite en mai par des contrôleurs, la CGLPL décrit un système carcéral fait de brimades, violences, humiliations et abus de pouvoir, notamment au QLCO. Ses agents sont en permanence cagoulés, ce qui ne permet pas aux détenus « d’identifier les agents fautifs », créant ainsi un « sentiment d’impunité ». Il est aussi fait mention de fouilles « humiliantes ou brutales », qui « donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus ».
D’après un extrait cité par Ouest-France, les contrôleurs ont constaté l’inscription « Si tu peux parler, c’est que tu respires », accompagnée d’un smiley souriant et inscrite dans un bureau d’officiers. « Des propos qui seraient prononcés durant les fouilles musclées alors que des détenus se plaignaient de difficultés à respirer », rapporte le quotidien local.
Certaines pratiques de surveillants relèvent « d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir », pointe encore le rapport. « Dès 7 heures, la prise de service peut s’accompagner de cris dans les coursives, de coups portés dans les portes, d’interpellations agressives ou d’insultes », décrit-il. La nuit, certains contrôles à l’œilleton servent « de prétexte » à des réveils volontaires par « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».
Une enquête « en cours » après la plainte de six détenus
« Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme », relatif à l’interdiction de la torture. « Ils doivent cesser immédiatement », tance la CGLPL.
La Contrôleuse générale demande à l’administration pénitentiaire une inspection qui devra « clarifier les responsabilités de chacun dans les agissements constatés » et « prévenir leur réitération ». Une mission de contrôle interne et d’évaluation de la doctrine relative aux QLCO prévoit un déplacement à Condé-sur-Sarthe « dès l’été 2026 », a indiqué Gérald Darmanin dans son courrier.
Ces recommandations interviennent alors qu’une enquête est « en cours » pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique après la plainte de six détenus de Condé-sur-Sarthe. Ces détenus accusent la direction et les équipes de volontairement « humilier » et « déshumaniser » les personnes incarcérées au QLCO, afin de briser leur résistance, selon la plainte dont l’AFP a eu connaissance début juin.


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