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Le Service de police de Winnipeg ajoute un outil de traduction basé sur l'intelligence artificielle aux caméras corporelles de ses agents. Ce programme, actuellement en phase de test, permettra aux agents de communiquer avec le public dans une cinquantaine de langues.
Si un agent rencontre une personne et ne reconnaît pas sa langue, il lui suffit d’appuyer sur un petit bouton pour que l’appareil écoute et reconnaisse cette langue, puis la traduise en anglais, a expliqué George Labossière, chef adjoint des opérations au sein du Service de police de Winnipeg. L’agent peut alors répondre en anglais — ou en français, s’il est francophone. Le système traduira sa réponse dans la langue de la personne à qui il s’adresse.
Le service de police n'a pas encore activé la fonctionnalité de traduction. Une quarantaine d'agents utilisent actuellement ces caméras dans le cadre d'un projet pilote et suivent une formation sur le nouveau programme de traduction. La police de Winnipeg espère le mettre en service d'ici le 28 aout.
George Labossière espère que cet outil contribuera à améliorer la communication avec le public.
Je pense que c’est important parce que, dans une situation d’urgence, les émotions sont vives. Il peut être difficile de formuler clairement ce que la personne veut dire et lui permettre de s’exprimer dans sa langue maternelle facilite grandement les choses.
Un outil de désescalade?
Michael Weinrath, professeur émérite au département de justice criminelle de l'Université de Winnipeg, a indiqué que cette technologie pourrait aider la police à la désescalade des tensions.
Elle pourrait permettre d'éviter des incidents graves, voire des décès dans certaines situations, a-t-il ajouté.
Michael Weinrath estime que la traduction par l'IA pourrait également faciliter les enquêtes policières, à condition que les informations soient soigneusement vérifiées.
Cela pourrait s’avérer particulièrement important dans les instants qui suivent immédiatement un incident, lorsque le souvenir des événements est plus précis, a-t-il ajouté.
Les tests effectués jusqu’à présent ont montré des taux de précision de traduction de 90 % ou plus, mais George Labossière a précisé que les agents devront tout de même vérifier les informations importantes. La police de Calgary a également lancé ce programme en début d’année.
Protéger la vie privée
Les critiques de l’utilisation de l’IA par la police affirment que le public a le droit de savoir quand ce type de technologie est utilisé.
Nous entrons dans une ère où la technologie et la surveillance prennent des formes que les législateurs, les tribunaux et d’autres acteurs n’avaient jamais envisagées, a affirmé Shakir Rahim, directeur du programme de justice pénale de l’Association canadienne des libertés civiles. Lorsque ces nouvelles technologies sont mises en place, il est essentiel de vérifier qu’elles respectent la charte, mais aussi que le public soit informé de ce qui se passe, afin qu’il puisse donner son avis sur leur déploiement.
Le Service de police de Winnipeg a mis sur pied un comité dédié à l’IA, qui est composé d’experts de l’Université du Manitoba. Ces derniers apportent leurs conseils et assurent un suivi, a affirmé George Labossière.
Par exemple, le service prend des mesures pour protéger les vidéos enregistrées par les caméras. Il utilise l’IA pour masquer automatiquement les informations sensibles capturées sur les écrans.
La même technologie permet aussi de masquer les informations affichées sur les ordinateurs et les tablettes. George Labossière estime que cette mesure est particulièrement importante lorsque les agents interviennent dans des hôpitaux, sur des lieux de travail ou dans d’autres environnements où des informations sensibles pourraient être visibles.
Les enregistrements vidéo sont sauvegardés en toute sécurité à travers la technologie infonuagique et leur accès est restreint, bien qu’ils puissent être communiqués au ministère public dans le cadre d’une procédure de divulgation.
Le projet pilote de caméras corporelles du service de police devrait se poursuivre jusqu’à fin décembre. Les habitants de Winnipeg auront l’occasion de donner leur avis sur ces caméras le mois prochain, lorsque le service de police lancera une enquête.
Avec les informations de Karen Pauls et d'Arturo Chang.


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