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FIGAROVOX/TRIBUNE - Après la mobilisation des médecins libéraux, des annonces ont été faites par le gouvernement pour mettre fin à la crise. Pour Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé, ces mesures sont nécessaires mais il faut réformer structurellement notre système de santé.
Yannick Neuder est député LR de l’Isère et ancien ministre de la Santé.
En sincérité et en transparence : je salue les annonces de la ministre de la Santé formulées la semaine dernière, qui vont dans le bon sens et ouvrent la voie du dialogue avec les médecins. Ces annonces constituent des ajustements nécessaires, mais elles ne répondent pas, à elles seules, au besoin de réformes structurelles profondes de notre système de santé. On ne peut pas se contenter de corriger a posteriori des dispositifs mal conçus : il faut repenser la méthode et le cadre de financement.
Ce que j’observe, comme député, médecin mais aussi comme ancien ministre, c’est un État enfermé dans une logique récurrente : proposer des réformes brutales, sans anticiper suffisamment leur impact concret ni leur application sur le terrain, sans différenciation territoriale, sans prise en compte de la pluralité des contraintes des professionnels de santé. Puis reculer, parfois dans l’urgence, lorsqu’il apparaît trop tard que ces réformes sont inadaptées. L’exercice devient frustrant : pour le gouvernement, pour les professions de santé, pour la CNAM (Caisse nationale de l’assurance maladie), pour les parlementaires et en définitive pour les patients !
C’est une partie des conclusions que j’ai tirées en décidant de ne pas poursuivre comme ministre de la Santé au début de l’automne en plus de mes désaccords sur les orientations budgétaires, en particulier la trajectoire de l’ONDAM (Objectif national des dépenses d’assurance maladie) vraisemblablement dépouillée, entre autres, par les accords sur la suspension de la réforme des retraites. C’est la santé qui paye le reste, encore et toujours... Retenons au moins qu’en Allemagne le poids des retraites est de 10 % de PIB contre 14 en France quand le poids des dépenses de santé s’élève à 12,5% de ce même PIB en Allemagne contre 12 en France : cherchez l’erreur !
Il faut accepter de poser sur la table des sujets trop longtemps évités, qu’il s’agisse de la démographie médicale, du pilotage de notre système de santé et de sa pluriannualité tant de fois demandée.
Yannick NeuderC’est précisément pour sortir de cette impasse que j’ai proposé, lors d’une question au gouvernement, l’organisation d’un véritable « Duquesne de la santé » : un temps politique fort, qui rassemble l’ensemble des professions médicales et paramédicales, libérales comme hospitalières, pour remettre à plat notre système de santé sans faux-semblants. J’aurai aussi l’occasion de déposer deux textes de lois qui entament le virage préventif nécessaire à l’équilibre du système pour les générations qui arrivent et la prise en charge de nos aînés.
D’ici 2027, il y a du temps utile. Du temps pour ouvrir de vrais chantiers, comme j’ai pu le faire lorsque j’étais aux responsabilités ministérielles. Mais cela suppose du courage politique. Il y a des tabous à lever. Il y a des abcès à crever. Et il faut accepter de poser sur la table des sujets trop longtemps évités, qu’il s’agisse de l’organisation des soins, de la démographie médicale, du virage domiciliaire et préventif, de la place des professions, du pilotage de notre système de santé et de sa pluriannualité tant de fois demandée. Ces changements ne se feront pas avec le PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale) et je regrette que les annonces du gouvernement continuent d’en faire l’alpha et l’oméga des politiques de santé. Il faut en finir avec ce cadre budgétaire daté, à rebours des enjeux et du mur démographique qui arrive. Ce qu’on donne à la médecine de ville est pris à l’hôpital et inversement, ce qui rend l’exercice toujours plus insincère chaque année.
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Et je le dis et le crois profondément : la santé est une des rares compétences de l’État qui, lorsqu’elle est débattue au Parlement, peut très facilement trouver une majorité. Je l’ai constaté lorsque j’étais rapporteur général du budget de la sécurité sociale mais aussi comme ministre de la Santé. Nous pouvons amorcer ce changement de paradigme avec le Parlement et ce, dès maintenant !
Je l’ai rappelé récemment dans plusieurs interviews : notre système de santé ne peut plus être piloté uniquement par un cadre budgétaire annuel et des articles de loi paramétriques, par des mécanismes uniformes et technocratiques. Il a besoin de confiance, de stabilité, de visibilité, de pluriannualité et d’un dialogue réel avec celles et ceux qui soignent, dans toute la diversité de leurs pratiques et de leurs territoires.
Les annonces du gouvernement doivent donc être une étape, pas un aboutissement. La responsabilité politique est désormais d’engager des réformes structurelles, construites avec les professionnels, adaptées aux réalités locales, et pensées sur le long terme. C’est à cette condition que nous pourrons restaurer durablement la confiance et garantir l’accès aux soins partout en France.
Comme député j’ai pu écouter et dialoguer à l’Assemblée nationale autour des principales organisations représentatives des professions qui se sont mobilisées ces derniers jours. Il faut aussi que le Parlement puisse mieux comprendre ceux qui font tenir le système au quotidien, dans nos territoires et travailler avec eux à une nouvelle organisation des soins en France.
N’oublions pas que le système fonctionne sur deux jambes et que les premières portes du parcours de soins sont en ville mais aussi que plus de 80% du recours ambulatoire se fait avec les libéraux qui maillent le territoire ! Il faut que cette grève et cette colère aient servi à plus qu’un apaisement temporaire.


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