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Nous publions ici «La marche vers la dictature et la radicalisation politique aux États-Unis», la deuxième des six résolutions adoptées à l'unanimité par le 9e Congrès national du Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste, États-Unis), qui s'est tenu du 2 au 7 août 2026. La résolution a été introduite par un rapport au Congrès, présenté par Joseph Kishore, secrétaire national du SEP.
1. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, l'administration Trump a mis en œuvre un plan systématique visant à instaurer une dictature présidentielle. Le caractère social de ce gouvernement a été défini dès le départ par le parti comme celui d'un gouvernement de l'oligarchie, par l'oligarchie et pour l'oligarchie. Le Congrès partage l'analyse du WSWS concernant la réélection de Trump en 2024, selon laquelle celle-ci représente un «réalignement violent de la superstructure politique américaine afin de correspondre aux rapports sociaux réels existant aux États-Unis», et ce qu'écrivait le WSWS le jour de sa seconde investiture: Trump «représente la quintessence de la classe dirigeante américaine. Ses caractéristiques personnelles expriment dans toute leur hideur les principaux traits de l'oligarchie des milliardaires, dont la richesse et le pouvoir ont atteint dans les quatre dernières décennies des dimensions sans précédent.»
2. En 18 mois, le régime Trump a transformé l'ICE en une force paramilitaire agissant en dehors de toute contrainte légale, qui a arrêté des centaines de milliers de travailleurs immigrés, construit un réseau national de camps de concentration, transféré des détenus sans inculpation ni audience vers des prisons étrangères en vertu de l'Alien Enemies Act de 1798 et tué des travailleurs dans la rue en toute impunité. Il a déployé des troupes de la Garde nationale contre Los Angeles, Washington et Memphis. À travers le Mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale n°7 – qui désigne «l'anti-américanisme, l'anticapitalisme et l'anti-christianisme» comme les «dénominateurs communs» du terrorisme intérieur – et la désignation d'«antifa» comme organisation terroriste, il retourne contre la gauche la machine de la «guerre contre le terrorisme». Les inculpations fédérales pour complot des Huit de l'Université du Michigan et des Quinze du Minnesota, poursuites menées avec la collaboration de responsables démocrates, sont les premières applications dans ce cadre. Le régime a instrumentalisé les agences fédérales contre ses opposants politiques et opère sous la protection d'une Cour suprême qui a placé le président au-dessus des lois.
3. À l'approche des élections de mi-mandat, le régime Trump fabrique des prétextes pour supprimer, truquer ou invalider le scrutin. Trump a ordonné aux agences de renseignement, au FBI et au ministère de la Justice de limoger les fonctionnaires accusés d'avoir dissimulé la fraude présumée et a exigé l'adoption du SAVE America Act, qui priverait de leurs droits civiques des millions d'électeurs issus de la classe ouvrière en imposant des justificatifs de citoyenneté, des pièces d'identité avec photo et en supprimant de facto le vote par correspondance. Le régime a déclaré qu'il n'accepterait pas la défaite, affirmant que le parti au pouvoir «ne perdra pas une élection en 100 ans».
4. Le SEP appelle les travailleurs à s'opposer au déploiement de troupes, d'agents de l'ICE et d'autres agents fédéraux aux abords des bureaux de vote et condamne les tentatives de Trump de saper la légitimité du scrutin. Cela implique l’absence de tout soutien politique au Parti démocrate, dont la complicité renforce la marche à la dictature de la Maison-Blanche et dont la réaction à une victoire électorale serait de faire pression pour satisfaire aux exigences de politique étrangère de ses «démocrates de la CIA» pour une intensification de la guerre.
5. L'ensemble du système politique est secoué par des crises extrêmes. La popularité de Trump a chuté à son plus bas niveau depuis le début de sa présidence. La guerre contre l'Iran n'a atteint aucun de ses objectifs, tandis que son escalade fait flamber les prix du pétrole et l'inflation, menace de provoquer l'effondrement de marchés financiers largement surévalués et fait exploser une dette nationale déjà insoutenable. Le pillage de la société par Trump, sa famille et ses complices présente toutes les caractéristiques d'une pègre au pouvoir.
6. Le gouvernement Trump peut être qualifié de régime bonapartiste aux caractéristiques ouvertement fascistes. À mesure que le conflit s'intensifie entre les classes, on concentre un énorme pouvoir entre les mains d'un exécutif qui s'appuie de plus en plus directement sur le massif appareil militaro-policier et sur les forces de l'extrême droite. Comme l'expliquait Trotsky, de tels régimes émergent organiquement de conditions d’extrême polarisation sociale.
7. Dès la première élection de Trump en 2016, le SEP a rejeté toute tentative d'expliquer son ascension au pouvoir comme un accident, insistant sur le fait qu'il était le produit et l'aboutissement d'une crise qui se préparait depuis des décennies. Comme l'écrit David North dans la préface d' Oligarchy: Trump and the Breakdown of American Democracy, qui synthétise l'analyse faite par le parti au cours de la dernière décennie: «Il est impossible, à ce stade, de présenter Trump comme une aberration ou une intrusion accidentelle du serpent dans le jardin d'Éden démocratique de l’Amérique.» La domination exercée par Trump sur la vie politique américaine «témoigne d'un effondrement prolongé et stupéfiant de la démocratie américaine», un effondrement dont les racines les plus profondes se trouvent dans la transformation de l'économie américaine même.
8. L'extrême concentration des richesses aux États-Unis est indissociable de la financiarisation de son économie. Confrontée dès les années 1970 à l'érosion de sa domination industrielle, la classe dirigeante américaine a subordonné l'ensemble de l'économie à la finance. La richesse s'est progressivement dissociée de la production de valeur réelle et s'est accumulée par la spéculation, l'inflation des actifs, les rachats d'actions et le pillage pur et simple. Ce parasitisme a été cautionné par l'État, qui a sauvé les fortunes de l'oligarchie dans le renflouement des banques en 2008 et le plan de sauvetage de nombreux billions de dollars mis en place en 2020 durant la pandémie de COVID-19. Les fortunes de l'oligarchie sont des revendications sur la richesse sociale créée par la classe ouvrière et extorquées par le pillage de la société.
9. Cette accumulation parasitaire a engendré une concentration de richesses sans précédent dans l'histoire. Musk est devenu le premier trillionnaire au monde et possède une fortune équivalente à quelque 3 pour cent du PIB américain. Les 1 pour cent des ménages les plus riches contrôlent 31,7 pour cent de la richesse nationale, un record absolu, tandis que la moitié la plus pauvre de la population n'en détient que 2,5 pour cent. De tels niveaux d'inégalités extrêmes sont incompatibles avec des formes démocratiques de gouvernement. Trump – l’exploitant de casinos, l’insolvable en série et spéculateur sur les cryptomonnaies – incarne à lui seul ce mode d'enrichissement: une classe qui accumule des richesses par de telles méthodes produit, comme son représentant naturel, un gangster.
10. Le principal atout de l'administration Trump réside dans la nature de la prétendue opposition. Le Parti démocrate a étouffé l'affaire du coup d'État du 6 janvier 2021, et Biden a maintes fois insisté sur la nécessité d'un «Parti républicain fort». C'est l'administration Biden et les démocrates qui ont orchestré la répression des manifestations contre le génocide à Gaza sur les campus et les lieux de travail, jetant ainsi les bases de la persécution de la dissidence politique par Trump. À cet assaut lancé contre les droits démocratiques, les démocrates ont répondu par des appels au bipartisme et des accords budgétaires qui financent la machine de la répression.
11. La réaction du Parti démocrate est guidée par deux préoccupations. La première est d'empêcher l'émergence d'un mouvement indépendant de travailleurs et de jeunes d’en bas, qu'il redoute bien plus que Trump lui-même. La seconde est de pousser à intensifier la guerre, et avant tout à un engagement plus ferme dans le conflit contre la Russie en Ukraine. Ces deux préoccupations découlent de la nature même du parti, étroitement lié à Wall Street et à l'appareil militaro-industriel.
12. Sous les coups infligés par un coût de la vie insoutenable, des guerres sans fin, les meurtres commis par l'ICE, la destruction d'emplois et de l'instauration d'une dictature, des millions de personnes s'engagent en politique et vont à gauche. Des expériences exacerbées par une pandémie de COVID-19 qui a causé la mort de dizaines de millions de personnes dans le monde, la conséquence de la subordination de la santé publique au profit privé; une politique désormais étendue par l'administration Trump dans la destruction de toutes les infrastructures de santé publique restantes. La popularité du capitalisme auprès des jeunes a atteint son plus bas niveau historique, et une majorité d'entre eux considèrent le socialisme au moins aussi favorablement que le capitalisme. Cette politisation s'est traduite par les manifestations massives «No Kings» (Pas de rois) qui ont rassemblé des millions de personnes à travers les États-Unis, et par une vague de grèves qui affecte toutes les couches de la classe ouvrière.
13. À cela s'ajoute l'accélération de la catastrophe climatique, que le capitalisme est organiquement incapable de résoudre. Les vagues de chaleur record, les incendies de forêt et les inondations frappent avec une intensité croissante tandis que l'administration Trump démantèle la science du climat, vide de sa substance la réglementation environnementale et confie la politique énergétique à l'oligarchie. La fermeture du détroit d'Ormuz dans la guerre contre l'Iran a engendré une pénurie mondiale d'engrais qui se répercute désormais sur l'ensemble du système alimentaire mondial, aggravée par un phénomène El Niño en développement, lui-même intensifié par le changement climatique, menaçant les récoltes et de déclencher la famine tant dans les pays producteurs que les pays importateurs de denrées alimentaires. Une crise mondiale, par ses causes et ses conséquences, ne peut être résolue que par une réorganisation de la production coordonnée à l'échelle internationale et planifiée scientifiquement – autrement dit par le socialisme. La convergence de la guerre impérialiste, de la catastrophe climatique et de la crise alimentaire accélérera considérablement la radicalisation de la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde.
14. Dans son ouvrage «L’effondrement du capitalisme et la lutte pour le socialisme aux États-Unis» , le parti expliquait: «Tant que les États-Unis étaient une puissance économique montante […] perçue par ses citoyens comme le “pays des opportunités illimitées”[…] les travailleurs américains n’étaient pas convaincus de la nécessité d’une révolution socialiste.» Mais «l’évolution des conditions objectives», insistait-il, «amènerait les travailleurs américains à changer d’avis». Ce changement est en cours.
15. La vague de votes en faveur des candidats se réclamant du socialisme est la première manifestation électorale de cette politisation, comme en témoignent l'élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York, la victoire de candidats se déclarant socialistes à Seattle et aux primaires municipales de Washington D.C., et la défaite, au Colorado et à New York, de députés sortants bien implantés au Congrès face à des candidats se revendiquant socialistes. Des millions d'électeurs ne votent pas pour le bilan du Parti démocrate, mais contre le capitalisme, pour des candidats qu'ils perçoivent comme socialistes.
16. Les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) sont les premiers à bénéficier de cette radicalisation. Mais les DSA ne sont pas un parti socialiste. Il s'agit d'une faction du Parti Démocrate, dont le rôle principal est d'empêcher l'émergence d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, de capter le mouvement vers le socialisme et de l’enfermer dans le système bipartite capitaliste. Partout où ils exercent le pouvoir, cette fonction est manifeste. À New York, Mamdani gouverne en coordination avec l'establishment démocrate et la Maison-Blanche de Trump, imposant l'austérité aux travailleurs qui l'ont élu, tandis que des responsables alignés sur les DSA supervisent dans tout le pays la destruction de l'éducation publique et l'augmentation des budgets policiers.
17. L’affirmation centrale des Socialistes démocrates d’Amérique selon laquelle le Parti démocrate peut être transformé de l’intérieur en un instrument de changement progressiste est réfutée par toute l’expérience historique. Elle est également démentie par la réaction même du parti aux victoires électorales des DSA. L’aile «centriste» des Démocrates a publié un manifeste réaffirmant que ses membres sont «capitalistes» et lançant une nouvelle chasse aux sorcières contre la gauche du parti.
18. L'histoire des DSA confirme qu'ils n’ont jamais été une organisation socialiste. Son origine remonte à Max Shachtman, qui rompit avec le trotskysme en 1940, rejetant la défense de l'Union soviétique contre l'impérialisme, et qui suivit un parcours qui aboutit au soutien du débarquement de la Baie des Cochons et de la guerre du Vietnam, ainsi qu'à son engagement au service de la bureaucratie anticommuniste de l'AFL-CIO. Le protégé de Shachtman, Michael Harrington, fonda le Comité d'organisation socialiste démocrate (DSOC) en 1973 sur le programme du «réalignement»: les socialistes devaient constituer «l'aile gauche de ce qui est possible» au sein du Parti démocrate, renonçant par principe à toute politique ouvrière indépendante. Les DSA, formés en 1982 par la fusion de l'organisation de Harrington avec les vestiges des mouvements de protestation de la classe moyenne des années 1960, a adhéré à ce programme pendant plus de quatre décennies, se subordonnant à chaque étape au Parti démocrate, intégrant son personnel à la bureaucratie syndicale et servant de mécanisme pour récupérer l’une après l’autre toutes les vagues de radicalisation de la dernière décennie.
19. Les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) sont les représentants américains d'un phénomène international: la pseudo-gauche, ce courant politique issu des couches aisées de la classe moyenne qui se sert de phrases socialistes pour défendre le capitalisme. Syriza est arrivé au pouvoir en Grèce en 2015 en promettant de mettre fin à l'austérité. Quelques mois plus tard, bafouant le résultat de son propre référendum, le parti a imposé, telles que les dictaient les banques européennes, les mesures d'austérité les plus draconiennes de l'histoire moderne du pays. Podemos a intégré un gouvernement espagnol qui a augmenté les dépenses militaires et administré le régime frontalier de l'Union européenne. Le parti allemand Die Linke a gouverné des Lands et supervisé l’expulsion des immigrés et le mouvement Corbyn en Grande-Bretagne s'est soldé par une capitulation face à l'aile droite du Parti travailliste et l'abandon de ses propres sympathisants. Partout où la pseudo-gauche a été au pouvoir, elle a administré l'État capitaliste contre la classe ouvrière.
20. Le socialisme n'est pas une poignée de réformes greffées sur le capitalisme – des réformes que, face à la crise, la classe dirigeante ne peut ni ne veut concéder. La lutte pour les besoins urgents de la classe ouvrière est indissociable de la lutte pour le socialisme: l'abolition de la propriété privée des moyens de production et la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière. Cela signifie l'expropriation de l'oligarchie financière et la transformation des banques et des grandes entreprises en biens publics placés sous contrôle démocratique. Cela signifie l'égalité sociale, principe inscrit dans le nom du Socialist Equality Party, comme fondement organisateur de la vie économique. Et cette égalité doit être internationale. Le programme du SEP est le programme de la révolution socialiste mondiale.
21. La politisation de la classe ouvrière et de la jeunesse soulève avant tout les questions du programme, de la perspective et de la direction. Le Socialist Equality Party est la section américaine du Comité international de la Quatrième Internationale, et son programme repose sur les fondements théoriques et historiques de la lutte du mouvement trotskyste contre le stalinisme, la social-démocratie et la pseudo-gauche. Comme l'écrivait David North dans l'introduction à une nouvelle édition de Ma vie de Léon Trotsky, le nom de Trotsky «évoque la théorie (révolution permanente), la stratégie (révolution socialiste mondiale) et l'organisation (Quatrième Internationale) du marxisme en tant que mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière dans le monde contemporain. Le trotskysme est le marxisme du XXIe siècle.» C'est à ces fondements et au parti construit sur eux qu'il faut rallier les travailleurs et les jeunes qui entrent aujourd'hui dans la vie politique.
(Article paru en anglais le 18 août 2026)


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