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La lutte contre l’antisémitisme s’invite dans la campagne électorale à Toronto

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De nombreux incidents où des coups de feu ont été tirés sur des synagogues en Ontario relancent le débat de la lutte contre l'antisémitisme dans la course à la mairie de Toronto.

Au cours des prochaines semaines, Radio-Canada reviendra sur plusieurs enjeux qui touchent les Torontois en vue de cette course à la mairie. Les Torontois sont appelés aux urnes le 26 octobre prochain.

Des nombreux incidents antisémites à Toronto

En 2023, la police de Toronto rapporte une augmentation de 73,8 % des crimes haineux envers la communauté juive par rapport à l’année précédente. En 2024, la police rapporte une augmentation de 20,5 % par rapport à 2023. En 2025, la tendance revient toutefois à la baisse alors que 95 crimes haineux envers la communauté juive sont rapportés par la police.

Plusieurs cas ont d'ailleurs fait les manchettes récemment. En 2024, plusieurs coups de feu sont tirés vers une école juive, Bais Chaya Mushka, à North York. Une première fois en mai, une autre en octobre de la même année, et une troisième fois, quelques jours avant Hanoukka en décembre. Chaque fois, la mairesse Olivia Chow a condamné les gestes.

L'école juive Bais Chaya Mushka à North York.

En 2024, plusieurs coups de feu ont été tirés sur l'école juive Bais Chaya Mushka à North York. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yanick Lepage

En décembre dernier, une vingtaine de mézouzahs installées sur les portes de logements de personnes âgées d’un immeuble du quartier North York ont été volées. Olivia Chow a alors condamné les gestes antisémites.

Malgré cette tendance à la baisse, des incidents se produisent toujours, comme dans la nuit du 3 mars 2026 où, peu après un rassemblement célébrant la fête de Pourim, des coups de feu ont été tirés contre le bâtiment de la synagogue Temple Emanu-El.

La position d'Olivia Chow sur la lutte contre l'antisémitisme critiquée

En début de campagne, Olivia Chow a refusé de participer à un débat organisé par une association d’avocats juifs de Toronto. La mairesse sortante a alors indiqué qu'elle ne pouvait participer à cause d'un conflit d'horaire, ajoutant que son lancement de campagne officielle aurait lieu le lendemain.

Ses adversaires principaux, Brad Bradford et Chris Alexander, ont tous deux participé à ce débat, qui s'est déroulé sous forme d'entrevue. M. Bradford et M. Alexander ont vivement critiqué Mme Chow pour son absence.

Ce n'est pas la première fois qu'Olivia Chow fait faux bond à une organisation juive à Toronto. En mai 2024, quelques mois à peine après les attentats terroristes en Israël, Olivia Chow n'avait pas participé au lever du drapeau israélien à l'hôtel de ville. Mme Chow avait alors indiqué qu'elle ne participait que rarement au lever de drapeau de pays pour éviter les sujets qui divisent les Torontois.

La mairesse vu de côté lors d'un point de presse.

La mairesse sortante, Olivia Chow, dit avoir regretté la manière dont elle avait géré son absence lors d'une commémoration des attentats terroristes en Israël. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Quelques mois plus tard, en 2024, Olivia Chow a aussi été absente lors de la commémoration des attentats terroristes du 7 octobre. Mme Chow s'était alors excusée de son absence en laissant entendre que l'invitation faite par les organisateurs de l’événement s'était possiblement perdue et qu'un rassemblement contre le retrait des pistes cyclables à l'autre bout de la ville l'avait retenu jusqu'à tard en soirée.

Questionnée lors de cette campagne par Radio-Canada sur ses positions sur la question, Olivia Chow a indiqué qu'elle ne tolérerait pas la haine antisémite dans notre ville. Elle a répété à plusieurs reprises que nous avons tous la responsabilité de nous dresser contre la haine. Elle se tiendra toujours aux côtés de la communauté juive de Toronto contre le fléau de l'antisémitisme, ajoute son équipe de campagne.

Son équipe rappelle qu'en tant que mairesse, Olivia Chow a soutenu le travail du service de police de Toronto visant à établir des postes de commandement et à accroître la présence policière 24 heures sur 24 dans les quartiers juifs, à proximité des écoles, des lieux de culte et d'autres espaces communautaires.

Un véhicule de police devant la synagogue Village Shul.

La police de Toronto a renforcé la sécurité près des synagogues après des menaces envers la communauté juive. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jérémie Bergeron

Sur le plan opérationnel, l’équipe de Mme Chow rappelle avoir débloqué une enveloppe de 2,5 millions de dollars pour sécuriser les infrastructures confessionnelles et avoir appuyé l'instauration par le conseil municipal de zones d'accès sécurisées autour des établissements religieux. Elle rapporte également avoir mis en place des campagnes de sensibilisation, soutenu des initiatives d'intégration culturelle comme TOgether Through Arts et instauré des rencontres régulières entre la mairesse, le chef de police et les représentants de la communauté juive.

Et les électeurs dans tout ça?

Les électeurs qui font de la lutte contre l'antisémitisme la question de l'urne ont déjà fait leur choix, estime Dennis Pilon, professeur de sciences politiques à l'Université York.

L'idée selon laquelle la critique d'Israël constitue de l'antisémitisme s'adresse avant tout à un électorat conservateur. En un sens [les candidats conservateurs] ont déjà ces voix de leur côté, explique-t-il.

Est-ce que le fait qu'Olivia Chow ne s'y soit pas rendue va nuire à sa campagne? Je ne pense pas, car, selon moi, les personnes pour qui il s'agit de l'enjeu principal du scrutin penchaient probablement déjà en faveur de Brad [Bradford], conclut-il.

Ce que proposent les candidats :

Olivia Chow

L'équipe d’Olivia Chow met en avant un ensemble de mesures policières, financières et préventives pour lutter contre les crimes haineux et l'antisémitisme à Toronto, qui ont été mises de l'avant au cours des dernières années.

Sur le plan de la sécurité publique, Olivia Chow dit avoir financé une présence policière 24 heures sur 24 dans les quartiers juifs et déployé les unités spécialisées pour protéger les sites sensibles et encadrer les manifestations. Les effectifs de l'Unité des crimes haineux ont été augmentés, et un plan d'embauche pluriannuel de policiers de première ligne a été instauré.

Olivia Chow regarde les médias lors d'un point de presse.

L'équipe d'Olivia Chow dit vouloir mettre de l'avant un ensemble de mesures policières, financières et préventives pour lutter contre les crimes haineux et l'antisémitisme à Toronto si elle est réélue. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Sur les plans financier et réglementaire, une enveloppe de 2,5 millions de dollars protège les établissements confessionnels contre les attaques au véhicule bélier, et un règlement crée des zones d'accès sécurisées autour des lieux de culte.

En matière de prévention, Mme Chow a lancé le plan d'action Garder Toronto à l'abri de la haine, financé des campagnes de sensibilisation, soutenu le projet TOgether Through Arts et multiplié les rencontres avec les dirigeants communautaires. Enfin, alors qu'une inspection indépendante vise la culture organisationnelle de la police, la Ville rapporte une baisse de 46,7 % des crimes haineux entre 2024 et 2025. Elle entend poursuivre ses initiatives si elle est réélue.

Chris Alexander

Pour lutter contre l'antisémitisme, Chris Alexander a proposé, lors du débat organisé par une association d'avocats juifs de Toronto, la création d'un groupe de travail mené par le maire et doté d'un tableau de bord quotidien pour suivre les enquêtes, les manifestations à risque et les discours haineux. Il préconise une application stricte de la loi en poursuivant systématiquement les contrevenants au moyen du Code criminel, de la Loi sur l'immigration et des textes antiterroristes, tout en renforçant les moyens de l'unité des crimes haineux.

Chris Alexander.

Chris Alexandre dit vouloir mettre sur pied un groupe de travail pour lutter contre l'antisémitisme. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Sa stratégie repose aussi sur une concertation accrue entre les agences provinciales et fédérales (GRC, SCRS, Sécurité publique) et sur des partenariats internationaux, notamment avec Israël, pour neutraliser les réseaux criminels financés de l'étranger.

Sur le plan local, il suggère de créer une unité municipale spécialisée dans l'accompagnement des victimes et la documentation des incidents. Il prévoit des interventions directes du maire auprès des universités, des hôpitaux et des employeurs pour exiger la protection des résidents juifs. Enfin, il souhaite améliorer la formation des policiers pour qu'ils identifient plus efficacement la symbolique haineuse et l'incitation à la violence.

Brad Bradford

Brad Bradford a proposé, lors du débat organisé par une association d'avocats juifs de Toronto, que le maire siège personnellement à la Commission des services policiers de Toronto afin d'orienter directement les politiques, le budget de plus d'un milliard de dollars et les priorités opérationnelles des forces de l'ordre.

Le candidat à la mairie de Toronto, Brad Bradford, participe à un débat à Scarborough le mercredi 24 mai 2023.

Brad Bradford propose que le maire siège personnellement à la Commission des services policiers de Toronto afin de mieux se positionner dans la lutte contre l'antisémitisme. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Il prône un soutien sans réserve aux policiers de première ligne pour qu'ils appliquent fermement les lois en vigueur, effectuent des arrestations immédiates et déposent des accusations strictes lors des rassemblements qui dérivent. Sa stratégie s'appuie sur la mise en œuvre rigoureuse du règlement sur les zones tampons afin de protéger les abords des synagogues, des écoles confessionnelles et des centres communautaires contre l'intimidation.

M. Bradford préconise également le recours à des injonctions judiciaires préventives pour encadrer ou interdire les manifestations à haut risque d'incitation à la haine. À l'échelle institutionnelle, il compte utiliser la tribune du maire pour faire pression sur les gouvernements provincial et fédéral afin d'obtenir une réforme du système de cautionnement et des poursuites plus rigoureuses. Enfin, il souhaite organiser des rencontres directes entre le chef de police et les communautés ciblées.

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