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Portrait d’un autodidacte passionné, entêté, qui a fui l’académisme pour puiser son inspiration dans l’Antiquité et le plus beau de la Renaissance.
Le Corbusier, c’est l’architecte fou de la Cité radieuse, « le paquebot » dont l’artiste français Xavier Veilhan, né en 1963 à Lyon, célèbre la singularité monumentale absolue, un monument classé à l’Unesco dont le toit est comme une plage ouverte sur les toits de Marseille, comme le pont d’un bateau ouvert sur la mer. L’artiste, qui a aligné les portraits en pied d’architectes pour l’exposition « Veilhan Versailles » en 2009, lui a consacré en 2013 une exposition et une sculpture facettée qui figure l’homme aux grosses lunettes rondes penché sur sa planche à dessin (« Architectones, Cité Radieuse, Xavier Veilhan »). « Le Corbusier dessine sur le sol son propre bâtiment déjà construit », explique Xavier Veilhan, qui n’occulte pas la face sombre de ce « personnage, double en bien des points, peintre le matin, architecte l’après-midi, dogmatique et humain ; il a inventé un métier qui est d’être Le Corbusier ». Son apparence toute géométrique jusqu’au nœud papillon est sa marque de fabrique, savamment construite.
La Cité radieuse à Marseille, la Villa Savoye à Poissy, la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp en Haute-Saône, au sud du parc naturel régional des Ballons des Vosges, son premier projet d’un bâtiment cultuel, sont des icônes qui font de Le Corbusier un synonyme pour le mot « architecture ». Bâtisseur et théoricien, il a fasciné, guidé ou irrité des générations d’architectes. Denis Valode, l’architecte qui a conçu les tours Saint-Gobain et Engie à la Défense et plusieurs gares du Grand Paris Express, gentilhomme qui a disparu le 9 décembre dernier à 79 ans, décrypte l’idéaliste qui voulait faire - et imposer - « le bonheur des gens dans sa cité idéale, son lieu idéal ». Prêt à raser des quartiers entiers de Paris au nom du bonheur de ses habitants, ce cartésien sans concessions a su séduire pour nourrir sa grande ambition. Toute sa vie, il cherchera - en vain - l’approbation de sa mère, Marie-Charlotte Amélie Perret épouse Jeanneret, pianiste et professeur de musique, à laquelle il écrit sans cesse et pour laquelle il inventera la villa Le Lac en 1923 à Corseaux, près de Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse.
Son monde à lui
Le Corbusier moderne, absolument moderne est un documentaire captivant de Nicolas Valode et Pauline Cathala, réalisé en 2014 par Yvan Demeulandre et présenté par Le Figaro TV (La Grande Expo n° 3). Dernier enfant d’une famille très soudée de petits-bourgeois protestants, dissipé quand son frère aîné Albert, violoniste surdoué, est parfait, Charles-Édouard Jeanneret, né en 1887 à La Chaux-de-Fonds, capitale de l’horlogerie près de Neuchâtel, a du mal à se fondre dans le moule. Il doit devenir graveur ciseleur de montres. Le dessin le sauve et lui insuffle « quelque chose de grand, d’abstrait, d’insaisissable ». Esprit rationnel et talent formel, voilà deux vertus pour devenir architecte. À 17 ans il devient étudiant en architecture, convainc assez vite un professeur de lui dessiner sa maison, chalet faussement classique qui annonce son futur style. À 20 ans, par « la rencontre d’un homme démuni de préjugés », il a trouvé sa voie et confiance en son talent.
Il quitte l’école, trop académique, sans attendre le diplôme. Il sera toute sa vie un architecte non certifié. Il apprendra par lui-même avec la voracité de l’autodidacte. Dessine, scrute et mesure les édifices illustres de Rome, Venise, Florence. Il se passionne pour d’autres formes d’habitat, d’Istanbul à l’Europe centrale, et surtout en Grèce, où l’Acropole lui procure une vraie acmé esthétique. Il l’étudie, jour après jour pendant deux semaines. Par ses croquis, ses aquarelles, ses photos, il se construit son monde à lui.


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