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La France a une piste de ski de 620 m enfermée sous un hall en Moselle : elle doit être réfrigérée même les jours où personne ne vient

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Impossible d’éteindre le froid, même le mardi après-midi où le parking est vide. Au SnowWorld d’Amnéville, en Moselle, la piste de ski couverte de 620 mètres doit rester à température négative en permanence, été comme hiver, jour et nuit, qu’il y ait cinquante skieurs ou personne du tout. C’est la contrainte physique qui a valu à cet équipement unique en France d’être dans le viseur de la Cour des comptes, laquelle a recommandé sa fermeture pure et simple.

À retenir

  • Une piste de ski enfermée sous un dôme consomme 50 000 € d’électricité par mois même quand elle est fermée
  • La Cour des comptes a recommandé sa fermeture, mais la ville a continué à chercher des repreneurs
  • Le réchauffement climatique transforme l’équipement en solution alternative aux stations de montagne

Sommaire

  1. Un chantier à 20 millions d’euros devenu la référence mondiale
  2. Le verdict sans appel de la Cour des comptes
  3. Changements d’exploitants, factures salées et rebond commercial

Un chantier à 20 millions d’euros devenu la référence mondiale

Le projet naît au début des années 2000 dans une commune qui a bâti son identité sur les loisirs, entre thermes, zoo et casino. La piste de ski couverte a été inaugurée en 2005 et a fait l’objet en 2008 de travaux d’extension pour qu’elle reste la piste couverte la plus longue du monde. Un pari architectural et financier assumé : le coût total des travaux est estimé à 20 M€ HT. Sur place, la piste principale s’étire sur 620 m de long avec une largeur de 35 m, complétée par une piste débutants et un snowpark. De quoi séduire les foules lorraines, à défaut de rivaliser avec les Alpes.

Le problème arrive vite, presque mécaniquement. Une piste de ski sous un hall fermé n’a pas de saison creuse : elle consomme de l’électricité pour produire du froid 365 jours par an, quelle que soit la fréquentation réelle. De 2009 à 2018, la régie municipale chargée de l’exploitation n’est pas en mesure de faire face à l’ensemble des charges. Un cercle qui se resserre lorsque, selon un rapport local, l’attractivité de la piste qui devait attirer 160 000 visiteurs par an s’est dégradée dès 2009. La régie, elle, se retrouve rapidement dans l’incapacité de payer ses factures courantes : la régie est dans l’impossibilité de payer l’ensemble des charges d’exploitation et le loyer dû à la commune.

Le verdict sans appel de la Cour des comptes

L’alerte vient d’abord de l’échelon régional. Selon la Chambre régionale des comptes, l’apurement de la dette (2,3 M€ de loyer et 1,7 M€ d’électricité), avec un loyer minoré, conduirait à la persistance d’un déficit d’exploitation de 700 000 € par an (400 000 € hors remboursement de la dette). Le message ne s’arrête pas là : selon son président interrogé à l’époque, « nous n’avons pas expertisé les chiffres, mais nous pensons que ce n’est pas possible. On ne sait pas par quel miracle la situation se serait arrangée ».

La sanction nationale tombe en 2016. Dans son rapport annuel 2016, la Cour des comptes préconise de cesser l’exploitation de cette piste de ski dans les plus brefs délais. Les magistrats financiers avancent deux arguments précis : elle ne croit pas au plan de relance du site pour éponger ses dettes (4 millions d’euros) et estime impossible pour la commune d’Amnéville, déjà lourdement endettée, de combler le déficit du Snowhall. Paradoxe frappant relevé sur place au moment même de la publication du rapport : pendant que la cour des comptes conclut à la fermeture du Snowhall, le site est envahi de vacanciers. le public plébiscite l’équipement pendant que les comptables publics en réclament l’arrêt. Amnéville n’a jamais suivi cette recommandation.

Changements d’exploitants, factures salées et rebond commercial

Plutôt que de fermer, la ville a multiplié les repreneurs. En 2018, la gestion passe à une société publique locale qui confie l’exploitation à un groupe vosgien. La crise sanitaire révèle alors crûment le poids du poste énergie : durant la fermeture forcée de 2020, l’exploitant ne parvenait plus à entretenir les lieux, fermés depuis mars 2020, et notamment à payer la facture d’électricité, 50 000 euros par mois. Cinquante mille euros mensuels pour une installation à l’arrêt, sans un seul skieur : la démonstration est éloquente sur le caractère incompressible de cette dépense. L’exploitant vosgien finit par jeter l’éponge après y avoir englouti, selon son dirigeant, « près de 600 000 euros » et en avoir perdu plus d’un million.

Depuis 2021, c’est un groupe néerlandais spécialisé dans les pistes indoor qui pilote le site, rebaptisé SnowWorld. Et la fréquentation, cette fois, repart franchement à la hausse. Son directeur général s’en félicite : « en 2022, lors de notre reprise du site, on avait 40 000 visiteurs. En 2024, c’est 80 000, donc on a réussi à doubler la fréquentation en trois saisons ». Le début d’année 2025 confirme la tendance, portée par des hivers de moins en moins fiables en montagne : la piste couverte du SnowWorld d’Amnéville attire de plus en plus de skieurs, une fréquentation en hausse de 10 % sur ce début d’année par rapport à 2024, l’incertitude de trouver suffisamment de neige à la montagne y est pour beaucoup. Une ironie qui ne trompe personne : plus le manteau neigeux naturel devient capricieux à cause du réchauffement climatique, plus la neige artificielle sous dôme réfrigéré séduit.

Ce rebond commercial ne change rien à la mécanique thermique du bâtiment. Que la piste affiche complet ou reste déserte un mardi de juin, les compresseurs tournent, les groupes froids fonctionnent, la facture court. C’est la nature même d’un hall climatisé à moins de zéro degré sous un toit fermé : contrairement à une station de montagne qui peut couper ses canons à neige, ici, l’arrêt du froid signifierait la fonte immédiate de la piste. Amnéville a choisi de vivre avec cette équation, quitte à ce que chaque nouvel exploitant redécouvre, tôt ou tard, le même mur énergétique que ses prédécesseurs.

Sources : ici.fr | tout-metz.com

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