Sur certains versants calcaires du sud-est de la France, le buis a disparu en l’espace de quelques années à peine. Ce n’est ni un champignon ni la sécheresse qui a eu raison de cet arbuste capable de vivre des siècles, mais un papillon nocturne venu d’Extrême-Orient. La Pyrale du buis, de son nom scientifique Cydalima perspectalis, est une espèce de lépidoptère originaire d’Extrême-Orient, introduite accidentellement en Europe dans les années 2000 via des végétaux importés d’Asie.
Son nom : la pyrale du buis.
En développant, dans les années 2000, le commerce international de buis d’ornement taillés en topiaires, pépiniéristes et jardineries européens ont littéralement fait entrer, avec leur marchandise vedette, l’insecte qui allait la dévorer. Cette pyrale aurait été introduite via le commerce de plantes d’ornements entre les pays européens et la Chine, tandis que le commerce au sein de l’Europe aurait facilité sa dispersion. Le papillon a été introduit en France en 2008 par le commerce de buis ornementaux, quelques mois seulement après ses premières observations en Allemagne.
À retenir
- La pyrale du buis, un papillon d’Extrême-Orient, a été introduite en France en 2008 via le commerce de plantes ornementales
- Les chenilles défoliatent complètement les buis en plusieurs générations par an, épuisant progressivement les arbres séculaires
- L’absence de couverture végétale provoque une érosion hydrique sévère sur les pentes calcaires, modifiant durablement la composition des sous-bois
Sommaire
Un ravageur voyageur, caché dans les buis eux-mêmes
Le cycle de la pyrale du buis est particulièrement dynamique : les femelles peuvent pondre jusqu’à 1200 œufs, et trois générations peuvent s’enchaîner sur l’année. L’insecte passe l’hiver au stade larvaire, et malgré des périodes de froid intense, les chenilles reprennent leur activité dès le milieu du mois de mars. Les analyses génétiques menées sur des populations venues de Chine, de Corée et de seize pays européens envahis suggèrent d’ailleurs plusieurs introductions distinctes, et non une unique vague de contamination. Un scénario cohérent avec la multiplication des échanges de plantes ornementales sur tout le continent.
Le ravageur a d’abord touché les buis des parcs et des jardins, avant de gagner les milieux naturels. En Auvergne-Rhône-Alpes, la pyrale du buis a été détectée en 2011 dans les parcs et jardins ; ce n’est qu’à partir de 2015 que les premiers dommages concernant le milieu naturel ont été enregistrés dans l’Isère.
Le papillon est aujourd’hui présent dans 70 départements français.
Des versants entiers qui changent de physionomie
Le buis se développe surtout en régions calcaires, dans des sous-bois bien exposés ou en fourrés denses sur des corniches et des pentes fortes, parfois en peuplements quasi exclusifs vieux de plusieurs siècles. Sur un versant des Corbières, un buis presque bicentenaire installé sur le rebord d’une falaise a été presque conduit à la mort après seulement deux années d’attaques de pyrales.
Les chenilles ne se contentent pas de dévorer les feuilles. Elles s’attaquent aussi aux écorces et aux bourgeons de la ramification fine, jusqu’aux branches et aux tiges, ce qui provoque des dépérissements marqués. Après une première attaque, les buis restent le plus souvent vivants, mais leur réaction par les rejets et les gourmands reste relativement faible, avec une masse foliaire réduite que les populations de pyrales finissent par consommer à nouveau. À force d’être défolié puis regarni, l’arbuste épuise peu à peu ses réserves.
Or un sol calcaire à nu, sur une pente forte, est précisément le terrain le plus exposé qui soit. Les phénomènes d’érosion hydrique des sols sont plus particulièrement sévères en cas de fortes pluies, de sols peu stables, de fortes pentes ou d’absence de couverture végétale protectrice. Là où le buis formait un tapis ligneux permanent sur les corniches, d’autres végétaux pionniers colonisent peu à peu les trouées, changeant durablement la composition des sous-bois calcaires.
Pourquoi personne ne pulvérise les forêts entières
Traiter chimiquement des milliers d’hectares de buxaies en milieu naturel n’a jamais été une option sérieuse. Un tel épandage toucherait sans distinction les insectes pollinisateurs, les auxiliaires du jardin et une faune bien plus large que la seule chenille visée. Un insecticide chimique ne serait pas plus efficace, et son impact sur l’environnement serait catastrophique, nuisant aux mésanges, aux moineaux et aux autres chenilles et papillons.
Les mésanges, elles, s’en régalent parfois.
Dans les jardins, la parade privilégiée reste une bactérie naturellement présente dans le sol, sélective des chenilles mais qu’il faut pulvériser à plusieurs reprises pour espérer un résultat durable. Elle n’est toutefois pas sélective de l’ensemble des lépidoptères, ce qui impose de ne pas traiter les plantes en fleurs à proximité des insectes pollinisateurs. En forêt, les gestionnaires ont plutôt misé sur la surveillance : un réseau de placettes suit, massif après massif, la capacité de résilience des buxaies plutôt que de chercher à éradiquer un insecte désormais installé sur tout le territoire.
Certains buis pourtant donnés pour perdus repartent, des années plus tard, de rejets à la base de leur tronc calciné par les attaques successives.
Sources : researchgate.net | biodiv.parc-oise-paysdefrance.fr


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